Latifa Cherif : «Tournez-vous vers le soleil et l’ombre sera derrière vous!»

Latifa Cherif : «Tournez-vous vers le soleil et l’ombre sera derrière vous!»

Entretien avec Latifa Cherif, présidente de l’association Les amis du ruban rose

En ce mois d’octobre placé sous le signe de la sensibilisation au cancer du sein,  Latifa Cherif envoie des messages forts aux femmes atteintes. Retour sur les faits marquants d’une initiative ramenant au cœur de la bataille un fléau plus qu’actuel. 

ALM : Pourriez-vous déjà nous rappeler le contexte de la création de l’association Les amis du ruban rose, la vie après le cancer ?

Latifa Cherif : L’association «Les amis du ruban rose» a été créée suite à des rencontres entre femmes atteintes de cancer du sein. Nous étions d’abord de simples «amies» qui avaient vécu la même histoire, des femmes qui se battaient pour la vie et se soutenaient entre elles.

Quels sont les principaux objectifs de l’association?

Nous avons vite compris qu’il fallait continuer à vivre «normalement» malgré la maladie, que la seule manière de vaincre contre le «crabe» était de lui montrer que rien ne nous arrêterait de profiter de la vie. C’est ainsi que nous avons réfléchi à différentes activités qui aideraient à mieux vivre pendant et après un cancer. Concrètement, nous souhaitons offrir aux femmes différents ateliers tels que psycho-énergie, méditation, yoga, sport, relooking et bien-être. Des  groupes de parole et des séances personnalisées avec un psychologue ou psychiatre sont aussi programmés par notre association en fonction des femmes rencontrées. Nos objectifs sont aussi d’offrir à toutes celles qui le souhaitent des conseils en nutrition, un suivi dermatologique, des soin et des entretiens du corps; tout ceci assuré par des professionnels.  Enfin, l’objectif qui nous tient également à cœur est la sensibilisation au dépistage du cancer par des campagnes d’affichage.

Quelles sont pour vous les priorités détectées au fil du temps chez une femme atteinte soit en cours de traitement, soit en rémission ?

Au fil des années, nous avons retenu que les priorités diffèrent d’une femme à une autre, cela pourrait être «vivre pour voir grandir les enfants», se battre pour continuer un plan de carrière qui tient à cœur ou tout simplement se battre car le cancer est une bataille de plus dans toute une vie !

Avez-vous envisagé des partenariats étrangers de telle sorte à renforcer les actions et faire profiter les femmes atteintes de ce qui peut se faire en termes d’accompagnement après l’éventuelle chirurgie et les traitements effectués?

Nous sommes en contact permanent avec des associations à l’étranger avec lesquelles nous échangeons les idées et partageons nos expériences. Nous avons des associations «amies» en Algérie, en Jordanie, en Tunisie, en Egypte, en France et au Canada. En termes d’expertise en accompagnement aux personnes atteintes de cancer, j’ai été acceptée pour suivre la formation «Mission patient partenaire et référent en rétablissement» à la Faculté de médecine de Paris. Créée par le professeur Catherine Tourette-Turgis de l’Hôpital Sapetrière à Paris, cette formation donnant le statut de «Patiente experte» de l’université des patients me permettra d’accomplir au mieux ma tâche. Je serais en mesure de mieux conseiller et pourquoi pas de former des guerrières pour lesquelles tout s’est bien passé et leur passer le témoin. Mon souhait serait justement qu’il y ait des patientes expertes dans chaque région du pays.

Quels sont les moyens qui vous permettent de financer ces actions?

Nous arrivons à atteindre nos objectifs grâce à la mobilisation de nos membres d’abord et ensuite grâce à des bénévoles externes tels que médecins, spécialistes du bien moral et physique. Nous arrivons à récolter des fonds grâce aux évènements que nous organisons tels que soirées musicales, pièces de théâtre, compétitions sportives. Notre souhait serait bien sûr de recevoir des subventions de l’Etat ou des dons de bienfaiteurs… Nous n’en sommes qu’à nos premières années d’existence. Cela dit, il arrive fort heureusement qu’un laboratoire ou un centre d’oncologie participe au financement d’un évènement tel qu’une conférence ou une campagne de sensibilisation. Nous comptons également des agences de communication, de publicité et de digital comme partenaires.

Quel est pour vous, pour l’avoir vécu, la meilleure manière de combattre le crabe (ndr: le cancer) ?

La meilleure manière, à mon sens, de combattre le crabe, pour l’avoir vécu, est de s’armer de foi et d’avoir un bon mental. Car il est essentiel d’avoir envie de vivre, de gagner, d’avoir confiance en ses médecins… La médecine a très bien évolué même chez nous. D’une façon générale, il s’agit  de croire en la vie et de se dire que l’arrivée du cancer n’est qu’un message, une sorte d’avertissement pour nous rappeler que nous avons des choses à corriger, à cadrer. C’est un signal pour s’occuper de soi, de croquer la vie à pleines dents, de tracer son chemin sans perdre de temps, de servir ceux qui en ont besoin, d’aimer sans rien attendre en retour. Vous savez, si vous programmez les cellules de votre cerveau pour la victoire, celles de votre corps suivront.

Le mot de la fin… 

Très arbitrairement, je pense que 70% de la guérison est attribuable à la médecine et j’en profite pour remercier tout ce corps médical qui fait un travail formidable tous les jours. Ensuite 25% relève du moral, de l’entourage professionnel et personnel car une patiente bien entourée trouve des raisons de survivre. Elle devient ainsi actrice de sa vie face à cette épreuve. Et les 5% qui restent reviennent au facteur chance!!!!

Enfin, je voudrais sensibiliser tout le monde au dépistage du cancer du sein car plus tôt il est diagnostiqué mieux il se soigne.

Je souhaiterais ouvrir le débat sur le mauvais regard que porte la société sur une partie de nos guerrières, casser le tabou et arrêter de cacher son cancer par peur du qu’en dira-t-on. Ne jamais penser que cela n’arrive qu’aux autres.

Toute mon amitié, ma solidarité avec les guerrières qui se battent encore contre le crabe, ma compassion envers les familles qui ont perdu un être cher.

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