L’autre visage de Madrid

Aucun signe d’apaisement dans les difficiles relations maroco-espagnoles. La tendance est plutôt à la radicalisation des problèmes entre les deux pays. Chacun accuse l’autre de jeter l’huile sur le feu et d’ajouter à la tension. L’avenir commun, que de part et d’autre on croyait prometteur, n’a jamais été aussi incertain. S’agit-il de malentendus ou de problèmes de fond?
Le dossier de la pêche ne constitue plus apparemment un point de conflit. Madrid aurait fini par comprendre la justesse de la revendication de Rabat de disposer pleinement de ses droits sur ses cotes.
Le Maroc aurait même aidé son voisin à se débarrasser d’un secteur qui vivait des subventions de l’union européenne sans grande valeur ajoutée pour l’économie espagnole. L’immigration clandestine par les frontières terrestres ou par voie maritime en direction de l’Espagne est un phénomène que les autorités marocaines sont en train de combattre depuis quelque temps après que l’Espagne eut accusé le Maroc de fermer les yeux…. Le trafic de drogue est un fléau que l’Espagne dans le cadre de l’Europe doit aider le Maroc à combattre par l’émergence de cultures de substitution sur place.
Rabat a consenti des efforts énormes sur ce dossier. En fait, c’est le double jeu de Madrid sur l’affaire du Sahara marocain qui a longtemps irrité Rabat. Un ras-le-bol qui a débouché sur le rappel pour « consultations“ de son ambassadeur à Madrid, Abdesslam Baraka. Était-il nécessaire d’en arriver là et se payer cette crise diplomatique ? s’interrogent certains observateurs. N’aurait-il pas fallu, ajoutent ces derniers, que la négociation et le dialogue politiques soient privilégiés pour régler tous les conflits ?
Or, voilà que le gouvernement de José Maria Aznar se prononce officiellement pour le plan de règlement, le référendum d’autodétermination. Ce faisant, il s’aligne clairement sur la position algérienne. En s’érigeant ouvertement en adversaire de l’intégrité territoriale du Maroc, Madrid a choisi son camp : l’axe Alger-Madrid au détriment de l’axe Rabat-Madrid. Une telle position étonne de la part d’un pays que l’on croyait soucieux des intérêts de son partenaire avec lequel il est lié par un traité d’amitié et de bon voisinage et par nombre d’accords de coopération économique.Et puis, le référendum, tout le monde le sait y compris l’ONU, est impraticable sur le terrain. Le Polisario avait cherché par tous les moyens à fixer le corps électoral à quelque 80.000 personnes, soit le recensement espagnol de 1974, alors que depuis cette date le nombre des sahraouis en âge de voter a dû certainement augmenter à moins de considérer que la procréation s’est arrêtée dans la région depuis le départ des Espagnols. C’est en raison des manoeuvres du Polisario que l’ONU a abandonné l’idée de la consultation référendaire.
Quel référendum défend donc Madrid au moment où la plupart des membres du conseil de sécurité, les Etats-Unis en tête, poussent vers la solution d’autonomie sous souveraineté marocaine. Une issue raisonnable dictée par la volonté internationale de sortir d’un conflit fabriqué qui dure depuis plus de 25 ans. En s’opposant à cette option, Madrid devient, après l’avoir longtemps caché, acteur dans le dossier du Sahara. Un acteur qui ne défend pas la la stabilité dans la région mais fait tout pour y maintenir la tension avec comme arrière-pensée : un Maroc politiquement et économiquement faible C’est, semble-t il, l’objectif non déclaré poursuivi par le pouvoir en place à Madrid.
Dans cette configuration, le Maroc est considéré moins comme un partenaire à part entière que comme un danger potentiel, un voisin à affaiblir par tous les moyens.

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