L’avenir de l’arboriculture en question

Le choix d’Azrou pour abriter les travaux de la journée d’étude tenue mercredi dernier et consacrée à l’arboriculture fruitière, sa situation actuelle et ses perspectives, ne relève pas du hasard.
Cette région (Tigrigra et Amghas) occupe en effet la place de leader national dans la production de plants de rosacées fruitières, plus de 3 millions de plants soit environ 65% de la production de notre pays. Le secteur de l’arboriculture joue également un rôle de première importance dans la vie socio-économique de la région : avec la forêt, l’arboriculture reste en effet l’un des grands chantiers pourvoyeurs d’emplois (680.000 journées de travail) et participe, à ce niveau de l’exploitation, à générer une manne financière de presque 90 millions de dirhams pour une production annuelle de 40.000 T dont 67 % sont des pommes, sur une superficie de l’ordre de 3620 ha.
C’est dire l’importance de ce secteur dont les vergers productifs risquent malheureusement de se transformer en des champs de ruine si la situation persiste en l’état actuel. Pour les intervenants au cours de cette journée d’étude organisée par la Direction provinciale d’agriculture et l’Association des arboriculteurs de la province d’Ifrane et qui a vu la participation d’une pléiade de chercheurs et de professionnels du secteur, l’absence de stratégie et de plan d’action pour le développement des rosacées fruitières donne raison d’affirmer que, face aux enjeux futurs de l’ouverture du marché mondial, le secteur de l’arboriculture est en mauvaise posture, dans une situation de fin de règne. Et les experts d’égrener un chapelet d’handicaps notamment la faible maîtrise des itinéraires techniques, les aléas climatiques, la mauvaise gestion des vergers, la désorganisation des arboriculteurs, l’anarchie dans les circuits de commercialisation…
Conséquence : le professeur K. Allali qui a présenté un exposé sur « la commercialisation et la valorisation de la production de l’arboriculture face à la mondialisation » a tiré la sonnette d’alarme et rappellé sans ambages que « de nombreux pays inondent déjà le marché marocain de fruits (la pomme notamment, 5 à 10 mille tonnes), à des prix concurrentiels avant même la suppression des barrières douanières ». Et d’ajouter « si la situation continue de la sorte, la production locale aura des difficultés à garder sa part du marché marocain ».
Selon une étude, seuls les producteurs, dans le cas de la pomme, pouvant atteindre un rendement de 30 t / ha, garderont espoir de rester dans la course de la compétition. Sur le terrain, la réalité, hélas, attise la montée des inquiétudes. Dans le cas de la province d’Ifrane, rares sont ceux qui dépassent 20 t/ha.
A ce constat se succède aujourd’hui une multitude de mauvaises nouvelles. Avec la sécheresse ,le potentiel hydrique de la région est sérieusement affecté : le déficit annuel atteint des fois 52% causant un rabattement de 12 à18m de la nappe phréatique. Pour un secteur demandeur d’assez d’eau, dont l’irrigation est toujours caractérisée par l’utilisation des moyens précaires et désuets, le chaos est à craindre. Encore pire, selon des sources de la DPA,l’année dernière le secteur vient de connaître des pertes sèches avoisinant 7 milliards. Acculés à subir le diktat des intermédiaires (70% des producteurs pratiquent encore la vente sur pied), les arboriculteurs se trouvent réduits à de simples « preneurs de prix»:De 40 à 60% de la plus-value de la valorisation est acquise par les intermédiaires.

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