Le banquier indélicat

Le banquier indélicat

Il est sorti de chez lui à Hay Hassani, ce matin de la première semaine de décembre 2004. Il a hélé à un petit taxi. Ce dernier s’est arrêté. « Hay Mohammadi », dit-il au chauffeur de taxi. C’est là ou se situe le local de l’agence bancaire où il travaille depuis une dizaine d’années. Quand il s’est réveillé tard, ce jour-là, il a pensé à ne pas y aller et rester chez lui ou s’attabler dans un café du quartier en pensant de prétendre être malade si l’un de ses collègues lui téléphone. Seulement, il a renoncé à son idée et a pris le petit taxi bien qu’il lui coûtera cher.
À bord même du taxi, il a pensé à maintes reprises de demander au chauffeur de s’arrêter pour descendre sans se rendre à son boulot. Il n’a pas su pourquoi il ne voulait pas y aller ce jour-là et pour quelle raison il a préféré rester chez lui. Et pourtant, il a continué son chemin à destination de Hay Mohammadi. Après avoir payé le chauffeur de taxi et avoir accédé au seuil de l’agence bancaire, le courtier lui a chuchoté dans l’oreille qu’une commission d’inspection est arrivée ce matin et que ses membres se trouvent déjà dans son bureau. Perturbé, il a gardé lé mutisme et s’est rendu rapidement à son bureau pour voir ce qui se passe. En regardant les membres de la commission qui fouillent les documents et examinent les livres de compte son visage est devenu pâle. Il s’est cloué sur place, sans dire mot. Il a même oublié de leur adresser les bonjours. Le directeur de l’agence qui était également à son bureau l’a regardé de haut en bas pour lui demander ensuite d’ouvrir aux membres de la commission le coffre-fort afin de prendre d’autres documents pour les examiner. Étant donné qu’il est le caissier, c’est lui seul qui détient le code de son ouverture. Il l’a décodé et l’a ouvert devant les yeux des membres de la commission d’inspection. Après quoi, il a tourné le dos et est sorti une fois encore de l’agence bancaire à destination d’un café. En sirotant son café noir, plusieurs questions ont commencé à hanter son esprit. La commission d’inspection met-elle sa main sur les malversations ? Si ses membres l’ont découverttes que doivent-ils faire ? Alerter la police ? Quoi, la police ? Frissonné en pensant à la prison. Il a pensé prendre la fuite. Mustapha s’est souvenu de ce jour du mois d’août, quand il a décidé de dérober le coffre-fort. Il a planifié son opération depuis quelques mois. Et le moment de l’exécution est arrivé en août 2004. Le matin de ce jour, il est rentré à l’agence bancaire avec un sac. De coutume, il ne porte jamais un sac à son emploi. Pourquoi cette fois-ci ? Ira-t-il, l’après-midi, à la salle d’entraînement, à la plage ou au bain maure ? Il n’ira l’après-midi de ce jour que chez lui. Mais le sac lui servira à autre chose. Laquelle ?
Avant l’arrivée de l’heure de sortie, il a saisi une occasion lors de laquelle personne ne se rend compte de lui, pour ouvrir le coffre, dérober l’argent en devises, l’équivalent de 2 millions 400 mille dirhams, qui s’y trouvent et les met dans son sac. Il est sorti ensuite sans adresser la parole à personne et retourne le lendemain comme si rien ne s’est passé. Le mois d’août s’est passé, puis arrive septembre. Personne n’a rien découvert. Mais il faut se sécuriser, se couvrir pour ne pas être dévoilé. Comment ? Les 23 et 24 septembre, il a inventé deux opérations pour faire disparaître le déséquilibre flagrant. Et il a repris son emploi comme si rien ne s’est passé.
Au fil du temps, la direction de l’agence bancaire a commencé à découverir quelques malversations entachant les comptes. Elle a alerté sa direction centrale qui a fini par envoyer une commission d’enquête. En rappelant ce film au café, Mustapha a décidé de ne plus retourner à l’agence bancaire, de disparaître sans donner signe de vie. Aussitôt, il s’est levé pour quitter le café et arriver chez lui à bord d’un petit taxi. En rentrant chez lui, il s’est dirigé vers sa chambre à coucher, a ouvert son armoire et a pris la moitié de la somme en devises, soit plus d’un million de dirhams. Sa destination? La gare routière pour monter un autocar allant à Tanger.
Dans cette ville de détroit, il a passé des nuits blanches, dans l’obscurité des boîtes de nuit et parmi les filles de joie, à éparpiller les billets d’argent sans compter. Après quoi, il s’est rendu vers Martil, puis Agadir. C’est là qu’il a rencontré Jihane, une belle fille qui était l’une de ses collègues à la faculté de Droit à Casablanca. Serveuse dans un café, elle lui a raconté qu’elle avait fui Casablanca et les mauvaises langues. Elle a été violée par son cousin, qui a refusé de se marier avec elle. Ne supportant plus la médisance de sa famille, elle a décidé de regagner Agadir et chercher un emploi. Elle en a trouvé un dans ce café d’Agadir.
À ce moment, Mustapha lui a expliqué qu’il l’aimait en silence et le moment est arrivé pour la demander au mariage. Jihane a accepté la proposition et Mustapha a décidé de retourner chez lui à Casablanca pour prendre les documents nécessaires pour établir un acte de mariage. Arrivant tard dans la nuit, il a attendu le lendemain matin des coups sur la porte de son domicile. Sa mère l’a ouverte. «Mustapha est là ?», lui demande l’un des éléments qui viennent se planter devant la porte. Elle leur répondu affirmativement avant de l’appeler. En se réveillant et sortant de sa chambre, il fut surpris par l’un d’eux qui se jette sur lui pour l’immobiliser et le conduire au commissariat de police.
Il a reconnu avoir mis la main sur la somme en devises disparue et avoir gardé plus d’un million de dirhams dans son armoire. Et le reliquat de toute la somme qui est de la valeur de plus d’un million 100 mille dirhams ? Il les a perdus en deux semaines dans les boîtes de nuit et les vêtements ? Mustapha a été traduit enfin devant la chambre correctionnelle près le tribunal de 1ère instance de Casablanca pour abus de confiance, faux et usage de faux.

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