Le caïd fait sa loi

Les fonctionnaires du 62ème arrondissement urbain de Salmia, préfecture de Ben M’sik-Sidi Othman sont surpris, cet après-midi du jeudi 24 janvier. Leur caïd et le moqaddem du douar Ahmed Ben Lahcen étaient entourés par des hommes en civil suivis par Saâdia.
Ils montent dans un fourgon. Personne ne parle à l’autre. Au boulevard Brahim Roudani, devant l’ex-siège de la SPPJ de Casablanca, le fourgon s’arrête. C’est là où siège la brigade nationale de la PJ. Ils y accèdent, entrent dans un bureau.
Saâdia n’a jamais conçu être sur le même pied avec L’Makhzen. Mais en fin de compte, elle s’est conv-aincue que personne n’est au dessus de la loi.
Saâdia, veuve depuis une dizaine d’années, occupait deux chambres à Sbata avec ses quatorze enfants et petits-fils.
“La famille de Saâdia doit déménager“. Où va-t-elle aller? La loi, c’est la loi. En été 1998, un jugement d’évacuation a été rendu par la justice.
« Lorsqu’une porte se ferme une autre s’ouvre » dit-elle à ses enfants.
Elle dispose d’une baraque au Douar Ahmed Ben Lahcen à Salmia. Elle y déménage. Deux jours après, le moqaddem débarque chez elle : -Le caïd démolira ta baraque, l’informe-t-il. Elle se dépêche chez lui, l’implore, se jette devant ses pieds, essaie de les embrasser. Il la pousse violemment au point qu’elle a heurté la porte de son bureau. Elle a été arrêtée, poursuivie pour construction anarchique, condamnée à deux mois de prison avec sursis assortis d’une amende de cinq cents dirhams. Quel malheur ? S’interroge-t-elle avec amertume.
Saâdia et ses enfants sont exposés au vagabondage. Le caïd la menace de la mettre à la prison. Le mokaddem arrive chez elle et lui confie : – Tu dois comprendre le caïd pour qu’il te laisse en paix.
Rejoins-le cet après-midi, hein !
-D’accord, lui répond-t-elle.
L’après-midi, elle se rend chez le caïd.
-Je te délivre un reçu attestant que tu occupes cette baraque depuis longtemps et le moqaddem t’expliquera le reste. Ce dernier la rejoint, lui demande mille dirhams. Saâdia se débrouille, lui verse la somme. Deux ou trois mois plus tard, le moqaddem se rend chez elle, lui demande d’aller voir le caïd. “Tu peux construire avec des briques“, lui explique-t-il. Mais il faut de l’argent, où est-ce qu’elle en trouvera? Elle cède un lot de terrain à ses frères pour en avoir. Depuis, elle reste en paix. Les mois passent. Elle se rend à l’arrondissement pour avoir le certificat de résidence.
Le caïd refuse. Pire encore, il la chasse sans compassion. Et pourtant le moqaddem la rejoint d’une fois à l’autre, reçoit des pots-de-vin ; sept cents, cinq cents, deux cents, dirhams.
Un nouveau petit-fils est née dans la famille. Elle a besoin d’un acte de naissance. Pour en avoir, elle a payé deux cents dirhams.
Les convocations pleuvent chez elle. Le caïd ne cesse de lui envoyer le moqaddem. Elle se rend chez lui, l’implore de la laisser tranquille en lui promettant de se débrouiller pour avoir l’argent nécessaire. Il la menace de la mettre en prison. Elle lui demande de l’attendre. Elle retourne chez elle, désespérée, lassée. “Jusqu’à quand j’obtempèrerai aux besoins du caïd?” s’interroge-t-elle. Elle ne peut plus supporter ses menaces. Elle se révolte, décide de réagir, porte plainte devant le procureur général près la Cour d’appel de Casablanca. Des instructions ont été données. Les éléments de la brigade nationale de la police judiciaire ont convoqué Saïda. Elle a préparé les cinq mille dirhams. Les enquêteurs les ont photocopiés. Au 62ème arrondissement, elle rentre chez le caïd, se tient debout devant lui, lui livre l’enveloppe. Il l’empoche.
Les policiers entrent, déclinent leur identité, fouillent sa poche, ressortent l’enveloppe. Les billets portent les mêmes numéros de série que les photocopies qu’ils gardent.
Le vendredi 25 janvier, le caïd et son complice, le moqaddem ont été mis entre les mains du juge d’instruction de la 3ème chambre auprès la Cour d’Appel de Casablanca.

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