Le coût de la haine

La rue El Massaoudi, quartier Racine, préfecture de Casablanca-Anfa est presque déserte à une heure tardive ce mardi15 octobre. Tout à coup, un ton qui ressemble à celui d’un grand sachet plein d’ordures, jeté d’en haut attire l’intention d’un passant. Inquiet, il tourne la tête et accélère ses pas croyant à une éventuelle poursuite. Un autre passant qui le suivait se plante sur sa place, écarquille les yeux et reste bouche-bée. «Qu’est-ce que c’est?» s’interroge-t-il. Joint par l’autre passant, il frappe à la porte de l’immeuble devant lequel le petit se trouve inerte. Le concierge quitte son lit et ouvre la porte de l‘immeuble. «Un enfant vient de tomber, venez voir…» lui affirme-t-il.
Le concierge avance de deux pas, jette un regard sur le garçon et crie à haute voix : «C’est mon fils Nasser…». Il s’accroupit. «Nasser, Nasser, qu’est-ce que tu as?» demande-t-il au petit. Quelques passants s’attroupent autour de lui. Le concierge appelle sa femme qui est descendue à la hâte. Un des passants se dirige vers un téléphone public, appelle les éléments de la protection civile. Ils arrivent quelques minutes plus tard, suivis des éléments du 12ème arrondissement de police de Casablanca-Anfa qui assurait la permanence.
L’enfant, Nasser, a été évacué vers les urgences de l’hôpital Ibn Rochd. Son état de santé est critique. Il présente plusieurs fractures. Un policier se dirige vers le concierge, lui demande l’âge de l’enfant blessé. «Il a cinq ans…» lui répond-il les larmes aux yeux. Quant à sa mère, elle a perdu conscience. Le chef de la brigade policière interroge un témoin. «Il est tombé du haut…Je ne sais pas de quel étage…» lui répond-il. Le chef, épaulé de ses éléments, entame l’enquête. Il commence à interroger la mère du garçon. «Il a accompagné son frère Mohamed. H…» affirme-t-elle. Le lendemain, mercredi 16 octobre Nasser rendit l’âme.
Tous les indices sont contre Mohamed, l’accusant de fratricide. «Tu lui as demandé de t’accompagner à la terrasse et il s’avère qu’il ne pouvait pas escalader le mur…C’est quelqu’un qui l’a balancé et il n’y avait personne d’autre que toi avec lui…» lui dit le chef de la brigade. Mohamed, 19 ans, est le demi-frère de Nasser. Sa mère a été répudiée et elle l’a confié avec sa soeur de 17 ans à leur père. Ce dernier s’est remarié avec une deuxième femme qui lui a donné Nasser. Mohamed reste silencieux quelques minutes avant de fondre en larmes, puis il ouvre sa bouche : «Oui, je l’ai balancé de la terrasse de l’immeuble… pour me venger de ma belle-mère…».
Sa belle-mère les maltraitait, lui et sa soeur. Elle ne ratait pas la moindre occasion pour nourrir leur rancune contre elle. Mohamed ne peut plus supporter cette situation et décide de se venger. Avant de passer à l’acte, il a ingurgité quatre comprimés psychotropes. «Nasser, viens avec moi à la terrasse pour m’aider…»lui avait-il demandé.

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