Le culot du faux magistrat

«Bonjour, Driss Benrazzouk, président de la Cour d’Appel de Casablanca…». C’est ainsi que se présente ce jeune quadra bien éduqué, très élégant et soigné, aux éléments de la Gendarmerie Royale qui veillent, ce mercredi 27 février 2002 vers 10h, sur la sûreté publique et la circulation à la route régionale n°313, reliant Mohammédia à Beni Yakhlef, à Ben Slimane.
« … Messieurs, je vous demanderais de bien vouloir m’accompagner près de Souk Larbaâ pour retirer les permis de conduire et les cartes d’identité nationales de quelques automobilistes qui stationnent illégalement… ».
Les gendarmes le suivent sans s’assurer de son identité. Ils commencent à retirer les papiers des automobilistes et leurs cartes d’identités. « Allez, vite, vite ! Qu’est ce que vous attendez pour retirer ses papiers à celui-la? », crie-t-il.
Abdelilah vient chez lui en courant, lui baise la main. Le juge feint d’ignorer sa présence. Le connaît-t-il ?
Nous sommes le 15 août 2001. Un jour du souk hebdomadaire à Ben Slimane. Abderrazak arrive tard au Souk. La place où il gare sa charrette préparée pour la vente de jus d’orange est occupée par une Renault Espace immatriculée en France. Abderrazak s’énerve, attend l’automobiliste qui n’arrive que deux heures plus tard.
« Pourquoi as-tu garé ta voiture ici, emmène-la au parking… ».
« Je vais te mettre en prison si tu ne fermes pas ta gueule…Il faut savoir à qui tu parles, « Alhmar ! » « Et je parlerais à qui? à un être humain comme tous les êtres humains… ».
« Tu parles au président de la Cour d’Appel de Casablanca ».
Impressionné, Abderrazak présente ses excuses, tente de lui baiser la main.
« Ça suffit maintenant! il y a tellement d’ânes comme toi, qui ne respectent pas les gens… ».
Abderrazak demande pardon. Le magistrat se calme. Abderrazak ne veut pas rater cette rencontre imprévue, qui ne se répète pas pour lui, le marchand ambulant de jus d’orange.
« C’est pour moi une occasion de vous parler d’un problème qui concerne mon frère… ».
Le magistrat ne le laisse pas continuer. « Je suis pressé maintenant, voilà ma carte visite et appelle-moi sur mon portable… ».
Il lui tend une carte visite ou est inscrit : Benrazzouk Driss, juge à la Cour d’Assises des Vosges, Président de l’Association ouverture des Vosges, 16, avenue des provinces 88000, Epinal (Tel :…..France. GSM :…..Maroc).
Deux jours plus tard. Abderrazak lui téléphone. Il lui fixe rendez-vous près de la station des taxis à Mohammedia. Abderrazak arrive en compagnie de son frère Abdelilah. Il met les documents entre ses mains et lui explique :
« Les membres d’une même famille ont tabassé violemment mon frère Hicham et pourtant la justice les a acquittés…Ils sont retournés en France car ce sont des émigrés…“.
Le magistrat prend le dossier, les rassure des efforts qu’il va déployer pour leur rendre justice. Il ne leur demande rien en contrepartie dans un premier temps. Mais il explique qu’il faut de l’argent pour soudoyer des gens biens placés. Il reçoit 2.000, puis 10.000 dirhams. Et à chaque fois il explique : « L’affaire de ton frère arrivera, Incha Allah, à être réexaminée par la justice ….
Entre temps, le juge a fait la connaissance du beau-frère d’Abdelilah et Abderrazak. Il a un problème concernant un local commercial à Tanger. Il prend les documents et 10.000 dirhams pour « trouver une solution » à l’affaire.
« Je vais vous faciliter l’obtention de visas pour l’Espagne… », assure-t-il à ces deux filles qu’il a rencontrées dans un café. Il n’a pas raté l’occasion de profiter de leurs corps et de leur argent…
Ses ordres intempestifs, ce mercredi 27 février 2002, ont mis la puce à l’oreille à un élément de la brigade de la Gendarmerie Royale qui l’a accompagné au souk. « Si vous le permettez, Monsieur le juge, je voudrais voir votre carte professionnelle ou votre carte d’identité nationale ».
Sûr de lui, Driss lui décline sa carte de visite. « Non, je voudrais voir l’une des deux cartes que je vous ai demandées… ».
Il repart en compagnie du gendarme jusqu’à sa voiture qui est garée à une cinquantaine de mètres de là. Il ne sait plus quoi faire, car il est tombé dans le piège.
Il s’est avéré qu’il s’agit d’un escroc qui a arnaqué des dizaines de personnes en prétendant être magistrat.
Le Tribunal de Première Instance de Ben Slimane l’a condamné, jeudi dernier, à trois ans de prison ferme. Là, il aura tout le loisir d’approfondir ses connaissances en droit…

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