Le danger persiste

Le danger persiste

Les analyses biologiques effectuées à l’Institut national d’hygiène, sur les sérums des patients de la localité de Moussaoua (quelque 30 km de Meknès) hospitalisés, ont confirmé l’existence de la leptospirose ictéro-hémorragique. Une maladie causée par le rat gris, a annoncé vendredi le ministère de la Santé dans un communiqué. En fait, la leptospirose ictéro-hémorragique est une maladie infectieuse rare provoquée par une bactérie spiralée, selon la définition des spécialistes. La bactérie est hébergée par des animaux (rats, chiens etc) et excrétée dans leurs urines. L’homme se contamine en général dans les rivières, les étangs, les piscines par l’intermédiaire d’eaux souillées par les urines de rats. Il peut aussi être contaminé par les excrétions d’animaux domestiques, eux-mêmes infectés par les rongeurs.
Le virus pénètre la peau ou les conjonctives à la faveur d’une petite plaie ou excoriation. La contamination directe par morsure ou griffure de rongeurs infectés est rare. Dans la forme typique, après une incubation de 10 jours environ, la leptospirose débute brutalement par une fièvre élevée, des frissons, un malaise général, des douleurs musculaires, des symptômes méningés (maux de tête, vomissements), des saignements de nez, un herpès labial. Après 5 jours, l’ictère apparaît alors que la fièvre s’estompe et que les urines se foncent. La fièvre rechute après quelques jours et le patient reste fatigué longtemps. Bien souvent, les signes cliniques ne sont pas aussi nets et le diagnostic est alors difficile si le médecin n’est pas aidé par la notion d’épidémie ou de bain dans une eau souillée. Les portes d’entrée habituelles chez l’homme sont la peau abrasée et particulièrement des pieds, et les membranes et muqueuses exposées telles que conjonctive et muqueuses nasales et buccales.
Une équipe médicale avait été dépêchée à Moussaoua dans la région de Meknès, lorsque huit personnes présentant une symptomatologie faite de fièvre, de vomissements et d’ictère, étaient décédées. Le ministère de la Santé souligne toutefois que cette maladie ne se transmet pas d’homme à homme, et précise que toutes les mesures de prévention et de lutte contre les vecteurs ont été prises au niveau de la localité de Moussaoua. Les habitants sont examinés et les malades pris en charge à l’hôpital Mohammed V de Meknès.
Cependant, le communiqué « rassurant » du ministère de tutelle n’a été annoncé que vendredi. Durant près d’une semaine, une panique viscérale s’était emparée des quelques milliers d’habitants de Moussaoua qui voyaient leurs prochaines tomber comme des mouches, sans en comprendre la raison. La presse nationale y a consacré plusieurs manchettes, mais le ministère censé réagir immédiatement sachant que l’opinion publique nationale est rongée par les interrogations sur cette épidémie bizarre, a fait montre d’un calme (ou d’une nonchalance) impérial. Dans d’autres pays, les gouvernements se sont entièrement mobilisés, rien que pour la mort subite et suspecte de quelques vaches. Visiblement, le cas de Moussaoua est particulier : le ministre a bien mis en exergue le fait que ce n’est pas une maladie épidémique. Et puis, ce n’est pas la première fois que quelques pauvres gens crèvent sans une raison apparente. D’ailleurs le ministre a bien confirmé à la presse que des cas similaires se produisent à longueur d’année. Et si le communiqué de notre ministère de la Santé fait état d’une campagne de dératisation généralisé qui a été lancée en collaboration avec le bureau communal d’hygiène, de même qu’un aménagement de l’ensemble des sources d’eau a été assuré. Quand est-ce que cet aménagement a été assuré ? Le nombre d’habitants du douar en question dépasse les 4000, ont puisé l’eau dans les sources concernées avant que celles-ci ne soient aménagées ? Cela va sans compter les animaux domestiques infectés et qui continuent de constituer un danger. C’est dire combien les vérités douloureuses ne sont jamais dites qu’à moitié, même quand il s’agit de vies humaines.

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