Le droit à la primature

ALM : Comment s’annonce actuellement la situation au sein du Mouvement populaire unifié?
Brahim Zergdi : Bien avant les élections du 27 septembre 2002, les composantes de la Mouvance populaire entamaient des démarches pour leur réunification et surtout pour surmonter les problèmes d’ordre personnel qui éloignaient le secrétaire général du MNP (Mouvement national populaire), Mahjoubi Aherdane, de Mohand Laenser, secrétaire général du MP (Mouvement populaire) et de Bouazza Ikken, dirigeant de l’UD (Union démocratique).
Ces tentatives d’entente ont abouti et prouvé que M. Aherdane s’est assagi et qu’il voulait, probablement, finir sa carrière politique en beauté et voir cette image de l’Union avant la fin de sa carrière.
En ce qui concerne la situation politique, il y a lieu de rappeler le débat qui a suivi la nomination de Driss Jettou à la tête du gouvernement. Une nomination, qui a été considérée comme étant un retour en arrière par rapport au processus amorcé depuis 1998, mais qui a été justifiée par les tractations qui ont eu lieu après les élections du 27 septembre 2002, particulièrement entre l’USFP et l’Istiqlal. Car, en ayant 50 sièges au Parlement, les socialistes s’attendaient à une reconduction de leur ancien premier secrétaire au poste de Premier ministre, alors que l’Istiqlal, qui avait 48 députés dans la première Chambre, estimait que son temps est venu pour accéder à la Primature.
Ce problème est maintenant dépassé et la nomination de M. Jettou à la Primature est consommée.
Les dirigeants de votre coalition politique ont demandé récemment un remaniement ministériel qui donnera plus de poids à la présence de la mouvance populaire au gouvernement. Qu’en est-il maintenant de ces appels ?
Généralement, les élections constituent des moments privilégiés pour connaître le sens de l’histoire et mesurer l’évolution de l’opinion publique. D’un autre côté, elles permettent aux pays démocratiques de procéder à la mise à niveau de leur gouvernement conformément aux attentes politiques des citoyens. En termes plus clairs, ici et maintenant, il est du droit de la mouvance populaire, devenue à l’issue des élections communales et régionales et en vertu de l’unité de ses rangs, la première force politique du pays, d’aspirer à la Primature et à un rôle plus important au sein du gouvernement. Cette ambition est légitime, et ce, d’autant plus qu’après le départ de Abderrahman Youssoufi, elle constitue un retour à la normale.
Cet appel tire, également, sa légitimité de l’incompétence de certains responsables et de la succession constatée des incompétences à des porte feuilles ministériels, comme c’est le cas dans le secteur de la pêche, actuellement sinistré et pour lequel on ne préconise que des mesures anesthésiantes qui n’ont pour objectif que de faire baisser la tension.
Bien entendu, après les dernières élections, il est devenu nécessaire de rééquilibrer la structure du gouvernement en fonction de la nouvelle configuration politique. Car, il est injuste que notre mouvance, qui constitue la première force politique du pays, ne dispose que de 5 membres au gouvernement.
Mais, votre demande est déjà fragilisée par les divergences au sein de la majorité et les tractations qui ont eu lieu récemment au sein de la Chambre des représentants. Qu’en pensez-vous ?
Le problème du règlement intérieur auquel vous faites allusion est tranché. Le débat concernant cette question a buté sur celle du classement des partis. Certaines petites formations voulaient profiter des opportunités qui leur sont offertes au sein du Parlement pour élargir leurs rangs, et bénéficier par la suite des possibilités d’un positionnement privilégié dans le classement pour la prise de la parole au sein des séances plénières et bénéficier de bon nombre d’avantages.
Est-ce que vous ne voyez pas que ces susceptibilités ne font que traduire une sorte d’immobilisme politique ?
Je ne partage pas cet avis. La vie politique marocaine est en mutation et il faut l’appréhender dans son évolution. Aussi, il y a lieu de reconnaître que l’on s’achemine vers un Parlement de plus en plus représentatif.
Il y a quelques mois, les gens parlaient de l’analphabétisation des élus de la Nation, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, puisque ce phénomène est en voie d’extinction.
Cela dit, il y a lieu également de préciser qu’à la lumière de la polémique suscitée autour des indemnités des députés, l’on peut déduire que la société n’est pas encore prête à donner plus de moyens au Parlement, sachant que dans d’autres pays, les représentants de la Nation disposent de véritables moyens d’action et de mobilisation.

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