Le faux envoyé de la Fondation Mohammed V

Une journée inoubliable, ce mardi du mois de juin, à Sidi Bennour, province d’El Jadida. Tout le monde, dans ce patelin du Chaouia, s’en souvient. Son héros n’était pas une personne ordinaire. C’est un jeune, sûr de lui-même, de ses qualités et de sa personnalité.
Lorsqu’il pensait à quelque chose, il fonçait sans hésiter. Seulement, il ne pensait qu’aux choses qui portaient atteinte à autrui, faisant sans cesse des victimes. Les mois qu’il avait passés sous les verrous, ne l’ont pas rééduqué. Il s’appelle Kamal. Il n’a jamais travaillé ou au moins cherché un emploi durant ses trente-neuf ans. Il est toujours célibataire et personne ne sait au juste s’il avait pensé un jour au mariage. Ce qui est juste, c’est qu’il a passé seulement six ans sur les bancs des écoles. Kamal s’est réveillé le matin de ce jour du mardi, s’est habillé de son costume bleu-noir, sa chemise bleu-ciel et sa cravate rayée et a mis des chaussures noires. Il n’a rien dit à ses parents quand il a quitté sa demeure. Ils se sont habitués à ses comportements d’étranger dans la maison. Il ne leur parlait que pour leur demander quelque chose. Ils se sont habitués également à son absence qui dure parfois une semaine avant qu’il ne retourne sans dire où il était. Il n’entretenait pas non plus des relations avec les jeunes de sa ville natale, El Jadida. Ses voisins de quartier ne connaissent pas ses préoccupations, ni la provenance de son argent. Kamal a pris sa place dans un bus pour regagner tôt Sidi Bennour. Il a essayé au départ de ne pas attirer l’attention. C’est une condition pour bien jouer son rôle.
Un délégué de la Fondation Mohammed V pour la solidarité doit avoir une voiture, au moins de service, pour circuler à travers le Maroc. Mais quelle relation entre Kamal et la Fondation Mohammed V pour la solidarité ?
Kamal a mis les pieds à Sidi Bennour. Sa première destination est le commandement de la Gendarmerie Royale.
«Où est le commandant ?», demande-t-il au gendarme qui était en poste, sans lui lancer un salamalec, et avec un ton sévère.
«Il est en mission et il sera là dans l’après-midi…A qui ai-je l’honneur ?», lui répond-il, avec un grand respect. «Un envoyé spécial de la Fondation Mohammed V pour la solidarité…», dit Kamal sur un ton ferme et qui n’encourage personne à engager une conversation ou à demander une explication. L’élément de la gendarmerie l’a rassuré, toujours avec le même respect, d’informer son supérieur. «Et où se trouve la direction régionale de l’Office régional de mise en valeur agricole (ORMVA) ?…» lui demande-t-il.
Le gendarme lui en a indiqué le siège avant de se rasseoir derrière son bureau. Kamal est arrivé au siège de l’ORMVA, s’adresse au directeur régional : «Je suis un envoyé de la Fondation Mohammed V pour la solidarité et je suis chargé de mettre entre les mains des coopératives de la production du lait deux camions-citernes et deux voitures, marque Kangoo», lui confie-t-il. Le directeur régional est arrivé à lui rassembler quelques responsables de coopératives de production du lait. Ayant vraiment l’air d’un fonctionnaire qui parle une langue arabe simple, Kamal est arrivé à convaincre ses auditeurs des dons octroyés par les Emirats Arabes Unis à la fondation Mohammed V pour la solidarité. Quand l’assemblée a pris fin, Kamal s’est isolé avec quelques membres des coopératives et leur a confié : «…On a d’autres véhicules et si quelqu’un d’entre vous ou l’une de vos coopératives a de l’argent, on peut l’aider à en avoir un». «Et comment ça se passe ?» lui demande l’un de ses interlocuteurs.
«C’est très simple, tu peux me rejoindre à cette adresse à El Jadida avec 20 mille dirhams pour un camion-citerne et 8 mille dirhams avec vos papiers…», lui explique-t-il. Quand arrive le soir, les responsables des coopératives ont presque tous appris l’information et ils ont commencé à se préparer pour rejoindre Kamal à El Jadida.
A ce moment le commandant régional de la Gendarmerie Royale a appelé les responsables de la Fondation pour leur demander des explications sur cet émissaire particulier qui tente de quitter Sidi Bennour. «Il n’y a personne qui a été envoyé par la Fondation Mohammed V pour la solidarité pour distribuer quoi que ce soit…» lui répond-on à l’autre bout du fil.
Le commandant et ses adjoints n’ont pas perdu la moindre seconde pour alpaguer Kamal sur le champ et le présenter devant la justice.

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