Le faux messie veut tuer ses amis

Casablanca. En ce vendredi 22 mars 2002, vers 05h00 du matin, Youssef vient d’accomplir la prière d’As-Sobh à la mosquée des Carrières Thomas, au quartier Hay Mohammadi. Il rentre chez lui, s’étend sur son lit, lève les yeux au plafond de cette baraque, réfléchit quelques secondes avant de se décider : «Je vais les tuer ! Il faut que je les tue, tous les deux !». Il saute de son lit, se saisit d’un couteau, chausse ses sandales en cuir, arrange la taguia (toque) qui lui recouvre la tête et quitte la baraque familiale.
L’idée de tuer ses deux amis, Ali et Abderrahmane, lui hante l’esprit. Elle germe, depuis quatre mois, dans son esprit. Et ses lectures propres et sommaires des hadiths du prophète Sidna Mohamed le convainquent de passer à l’acte. Il ignore qu’en faisant cela, il porte atteinte au Prophète et à l’Islam, lui qui n’a jamais fait d’études ni sur l’Islam, ni en théologie. Des études qui auraient pu lui permettre de comprendre et d’expliquer la religion. Né en 1971, il est le cadet d’une famille de sept enfants habitant une baraque. Avec un père qui se débrouille tout seul pour nourrir toutes ces nombreuses bouches.
Au fil du temps, le père émigre vers la Libye, les laissant seuls avec leur mère. Youssef grandit, rejoint ses frères à l’école. Il ne dépasse pas le cap de la neuvième année d’enseignement fondamental (ex-4ème AS). Mais il ne reste pas les bras croisés et se débrouille pour gagner sa vie, en revendant des produits de contrebande. Six mois plus tard, il trouve un travail dans une société de literie à Aïn Sebaâ. Quatre mois plus tard, il est arrêté et condamné à une peine d’emprisonnement ferme pour coups et blessures. Il est libéré et se fait embaucher dans une société où il passera huit mois, avant d’aller rejoindre son père en Libye. Il y passera dix-sept mois et décide de retourner chez lui.
En 1999, il décide de changer sa vie. Il se marie. Une semaine plus tard, il brutalise sa femme et la répudie. Elle dépose plainte. Youssef est arrêté et condamné à deux mois de prison ferme. Il est libéré et il se remarie. Ces secondes noces dureront un peu plus que les premières. Il restera avec sa nouvelle femme jusqu’à ce qu’elle ait donné naissance à une petite fille âgeé actuellement de deux ans. Mais elle subit le sort de la première épouse, car elle voulait travailler. Plusieurs mois se passent et Youssef commence à changer, à accomplir sa prière, à lire des livres du Hadith Nabawi, des Tafsir. De même que sa manière de s’habiller, il change de comportement et de fréquentations. Il s’acoquine avec des individus qui pensent qu’il suffit de revêtir une barbe, une gandoura et de faire un peu de lecture de Hadith Nabawi et de Coran pour se permettre de distinguer (et de dicter) le licite et l’illicite.
Les jours passent et Youssef devient de plus en plus insupportable pour son entourage. Il affirme qu’il est ensorcelé et il s’adresse à des herboristes pour acheter des «antidotes». Il commence à avoir des croyances antéislamiques. Ses deux amis intimes, Ali,44 ans, commerçant, marié et père de cinq enfants et Abderrahmane, 38 ans, marié et père de deux enfants, mécanicien, lui conseillent de se calmer et de recourir aux services d’un exorciste, qui, en psalmodiant seulement des versets de Coran, parviendrait à le guérir. Ce fut chose vaine. Entre-temps, il se convainc qu’il est « Al Mahdi Al Mountadar », autrement dit le messie.
« Je suis Al mahdi Al Mountadar qui arrive à ce monde des jours avant la Résurrection…C’est moi ce Mahdi…’, affirme-t-il à ses deux amis.
Gênés par ce comportement, Ali et Abderrahman commencent à l’éviter. Ils ont décidé de ne plus discuter avec lui, de ne plus le rencontrer. Youssef fait donc cavalier seul. Tout le monde l’évite. Mais ce qui importe pour lui ce sont ses deux amis. Pourquoi l’évitent-ils? « Ce sont des hypocrites ! ». Il feuillette des livres et tombe sur un Hadith qui évoque la mort des hypocrites et la récompense par Dieu de celui qui les tue. Youssef est fasciné par ce hadith, dont il ne saisit ni la portée, ni la signification. Pour lui, l’équation est simple : ses deux amis sont des hypocrites et il doit les tuer en tant que tels. En espérant avoir, le jour de la Résurrection, la récompense qu’il mérite. En réalité Youssef était à des années lumière de l’Islam et plutôt aveuglé par la haine à l’égard des ses deux amis. Ali quitte, ce vendredi vers 07h du matin, sa baraque, se dirige vers son local à usage commercial. Youssef le guette, un couteau à la main. Il le surprend par un premier coup dans la poitrine, puis un second à l’ épaule. Blessé, Ali tombe à terre. Youssef rebrousse chemin vers sa baraque comme si de rien n’était. Lorsqu’il est arrêté par les éléments de la brigade mobile des services de la sûreté publique de Hay Mohammadi-Aïn Sebaâ, il leur dira : « je suis convaincu de la justesse de ce que j’ai fait… c’est dommage qu’il ne soit pas mort… ». Yousef est passé lundi 25 mars devant le juge d’instruction.

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