Le faux-procureur aimait les bijoux

Taza. Le matin du samedi 19 juillet. Une Fiat Siena blanche, immatriculée à Casablanca, se gare dans une ruelle donnant sur le quartier des bijouteries. Un homme élégant en descend. La quarantaine, il porte une grosse gourmette et une bague en or. Il s’est attablé à un café pour siroter un jus d’orange. Il s’est ensuite dirigé vers les bijouteries pour en inspecter les vitrines. Devant l’une d’elles, il s’arrête pour examiner les ceintures en or, bagues, boucles d’oreilles, bracelets et autres bijoux. Puis, il s’est arrêté au seuil d’une boutique. Le bijoutier l’accueille avec un large sourire l’incitant à entrer. L’homme lui rend son sourire et commence à scruter les autres bijoux en or rangés à l’intérieur. «Ma marchandise est de bonne qualité et à des prix raisonnables», lui lance le bijoutier. L’homme ne lui a pas répondu, il s’est contenté de continuer à regarder les bijoux comme s’il cherchait un article bien précis. «Je voudrais faire un cadeau à mon épouse…et je ne sais pas encore quoi lui acheter …», affirme l’homme élégant. Le bijoutier lui présente un bracelet très chic. L’homme l’examine minutieusement comme un expert avant de le lui rendre. «Je lui ai acheté le même l’année dernière, en France… », lui dit-il avant de lui indiquer une ceinture en or. Avec un grand sourire exprimant sa joie, le bijoutier la lui remise. L’homme élégant a commencé à l’examiner une fois encore minutieusement et il semble que la marchandise lui plait. Il en demande le prix . « 30.400 dirhams… », lui répond le bijoutier qui lui assure qu’il s’agit du meilleur bijou sur le souk des bijoux en or à Taza. L’homme semble être d’accord. Mais il veut payer à condition ? Il a voulu le payer par un chèque. Le bijoutier a refusé. « Tu as peur que je sois insolvable ? », lui demande-t-il avant de lui décliner son identité. «Je suis procureur du Roi à Casablanca… ». Le bijoutier lui a confirmé son refus et lui a demandé d’aller voir un autre bijoutier. En fait, il lui a mis la puce à l’oreille. Raison pour laquelle, il l’a suivi une fois sorti de chez lui. Sans se rendre compte de lui, l’homme élégant est rentré à la bijouterie qui se situe à quelques pas de la première. Il s’est présenté au deuxième bijoutier également comme procureur du Roi à Casablanca. Le bijoutier l’a cru. Il lui a étalé une dizaine de bijoux en or ; bracelets, boucles d’oreilles, gourmettes, ceinturons…etc. “Le procureur du Roi” a choisi un ceinturon qui coûte 25.000 dirhams. Le bijoutier le lui a emballé et reçu le chèque sans la moindre garantie. L’homme élégant a quitté la bijouterie et est monté dans sa voiture pour démarrer. Aussitôt, le premier bijoutier est rentré chez le deuxième, lui a expliqué qu’il doute que ce client soit un fonctionnaire. Une remarque qui a mis la puce à l’oreille du deuxième bijoutier, qui est resté bouche-bée avant de demander la solution. Le premier bijoutier lui a appris qu’il avait déjà noté le numéro d’immatriculation de sa voiture. Ils se sont dépêchés vers le centre des gendarmes. Ils les ont alertés en leur remettant le numéro d’immatriculation de la voiture de l’escroc. Tous les barrages des gendarmes ont été alertés. Seulement, il semble qu’il ait quitté le périphérique urbain de Taza. Heureusement, une heure plus tard, il a été arrêté à la route nationale, direction de Oued Imlil. Soumis aux interrogatoires, il s’est avéré être un escroc notoire qui a perpétré une dizaine d’opérations contre des bijoutiers à travers plusieurs villes du pays. Il s’agit de M.A, trente-neuf ans, marié et sans enfants, repris de justice. Il a été traduit devant la Chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Taza.

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