Le faux rapt

Région de Drioueche, province de Nador. Mercredi 13 février 2002. Une heure du matin. La plupart des habitants dorment du sommeil du juste. Les autres regardent la télévision. Ahmed, lui aussi, dort. Non pas chez lui, mais chez son frère qui habite juste à côté de lui. Il possède une ferme dans la région. Personne ne sait pourquoi il passe, de temps à autre, la nuit chez son frère. Même sa femme ignore également pourquoi il la laisse à la maison avec leurs deux filles, Nadia et Samira.
«Mon frère, mon frère…c’est la voix de ma femme ?», demande-t-il à son frère qui dort dans la même chambre. Celui-ci lui répond par l’affirmative. Ahmed saute de son lit, s’habille en vitesse et sort en courant. Sa femme continue à crier et l’appeler :
«…A l’aide ! A l’aide ! …Ma fille a disparu… Si H’med, Nadia n’est plus à la maison !…».
Il entre par la porte arrière de la ferme, monte chez sa femme au deuxième étage. Elle hurle comme une folle, ses larmes coulent en cascade. Il tente de la calmer, pour qu’elle lui explique ce qui est arrivé au juste. «Ma fille Nadia a disparu…Quelqu’un l’a enlevée…je l’ai vu…je l’ai surpris aux toilettes…Tu dois la chercher, aviser la gendarmerie…», balbutie-t-elle en sanglots. Sa fille Samira se pointe près d’elle, bouche-bée, ne sait quoi faire ni quoi dire.
«Tu l’as reconnu ?», lui demande-t-il en criant. «Oui, je l’ai vu, c’est Ali Ould (…), mais Nadia n’était pas avec lui…», lui répond-elle tordue de convulsions «Comment cela ? Où est-elle ?»
«Lorsque je me suis penchée par la fenêtre pour voir, j’ai remarqué deux autres garçons qui couraient plus loin et l’emmenaient avec eux…», raconte-t-elle, toujours en larmes.
Ahmed sort de chez lui, son frère le soutient, cherche sa fille dans les environs. En vain. Il n’a pas fermé l’oeil cette nuit-là, ni sa femme, ni sa fille Samira, ni son frère. Le lendemain, il s’adresse à la Gendarmerie pour déposer plainte.
Vers quatorze heures, Nadia rentre chez elle. Elle se jette dans les bras de sa mère, les larmes aux yeux : «Ali m’a enlevée maman…Il m’a mise entre les mains de Driss…Ali est retourné à la maison…je ne sais pas ce qu’il voulait y faire… Ils m’ont obligée à avaler deux comprimés et j’ai perdu connaissance…Je ne sais pas ce qu’ils m’ont fait…»
Son père et sa mère l’accompagnent à la Gendarmerie. Elle explique : «je regardais la télévision lorsque Ali est entré par la fenêtre…Il m’a enlevée sans me laisser le temps de crier…».
«Non, non…Elle ment, Monsieur l’officier, !» intervient Ali lorsqu’il est arrêté, …Elle avait un rendez-vous avec Driss, son amant …Il m’a envoyé pour l’appeler et effectivement je me suis rendu à la ferme, j’ai escaladé le mur, j’y suis entré…Elle regardait la télévision. J’ai tapoté la glace de la fenêtre…Elle a ouvert et m’a accompagné de son plein gré…sans le moindre bruit ni résistance…».
Nadia continue à les accuser d’enlèvement. Ali rejette les accusations et précise : «elle a une liaison avec Driss depuis quelques mois et tous les jeunes de la région la connaissent… Elle le rencontre de temps en temps…
Sa soeur Samira est au courant de cette relation amoureuse…».
Les enquêteurs convoquent Samira: «Oui, ma soeur à une relation amoureuse avec Driss…». Un témoignage qui n’empêche pas les enquêteurs d’accuser Ali d’enlèvement et de diffuser une note de recherche contre Driss et une troisième personne qui accompagnait le duo.

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