Le fil ténu entre l’amour et la haine

Nous sommes en 1976. À Derb Bouchentouf, préfecture de Derb Soltane-El Fida. Abderrahim a 15 ans; une période loin d’être banale dans sa vie, puisque c’est celle de la découverte de son corps, de ses premiers tourments amoureux. Lorsque Saâdia passe dans le quartier, son coeur s’arrache littéralement de sa place. Ses regards la suivent d’un pas à l’autre, ses idées sont perturbées. Lorsqu’il tente de se concentrer sur ses études, devant ses livres et cahiers, son image l’empêche…C’est l’Amour. “Tu es encore un petit garçon qui ignore l’amour…C’est un jeu d’enfants ce que tu as ressenti…“ lui dit un jeune de son quartier, qui ignore que l’amour n’a pas d’âge. Mais Abderrahim ne s’intéresse pas à ces paroles, il n’est attaché qu’à son coeur qui s’est dévié à 180° vers Saâdia, la voisine du quartier, qui est sa cadette d’un an.
“…Je t’aime Saâdia…Vraiment je t’aime follement au point que je ne dors plus…Tu es devant moi et dans mon esprit à n’importe quel moment et à n’importe quelle seconde…“ lui dit-il un jour lorsqu’il la croise au quartier. Il n’en croit pas ses oreilles lorsqu’il s’est entendu dire ces mots mielleux…Il ignorait que l’amour pouvait rendre poète…Saâdia retourne chez elle, n’en croit pas ses oreilles. “…Est-ce vrai que je suis arrivée au stade de séduire un jeune comme Abderrahim ?…“, s’interroge la toute jeune fille. A chaque fois qu’il la croise, il lui parle de son coeur qui bat la chamade, de son amour innocent et enfantin. D’un jour à l’autre, Saâdia s’est amourachée de lui, ne pense plus qu’à lui, à ses paroles, à ses regards. Les deux amoureux commencent à marcher main dans la main, allant au jardin de l’Ermitages ou de Murdoch, conversent. Ils fuient les regards des curieux, se cachent derrière un arbre pour s’embrasser, se chuchoter des mots doux à l’oreille…sans plus. Huit ans passent, en un clin d’oeil et leur amour discret devient un sujet de conversation pour les filles du quartier. Abderrahim a désormais, vingt-trois ans et Saâdia vingt-deux. Chacun d’eux se débrouille pour gagner sa vie. Ils veulent bâtir un foyer; c’est leur rêve depuis leur première rencontre. Tout s’est passé en une journée et le couple s’est retrouvé sous le même toit au quartier Bouchentouf, n°55.
Abderrahim et Saâdia entament une nouvelle vie, pleine de joie. Ils étaient plus proches et n’étaient séparés que par les heures de travail. Leur amour a continué de grandir d’un jour à l’autre. Leur premier enfant, Walid, est venu au monde en 1987. Il ajoute de la chaleur à leur foyer. Il est leur avenir, leur vie, leur espoir, leur rêve…Il a changé leur vie… Abdellatif devient chauffeur de taxi, il gagne mieux qu’auparavant…Seulement tout est changé deux ans plus tard, Comment ? Pourquoi ? Le couple, lui-même, n’a pas de réponse. Les dépenses quotidiennes s’alourdissent et les problèmes commencent à infiltrer leur foyer lentement, surtout avec la naissance de leur deuxième enfant, Zakaria. Les échanges d’invectives commencent, des insultes, des coups devant les yeux des deux enfants. Leur vie devient un fardeau pour chacun d’eux. Et les deux enfants subissent les conséquences sans pouvoir dire mot. Walid arrête ses études, rejoint le monde des corvées et Zakaria continue sa carrière sur les bancs de l’école. Les comportements des deux époux changent d’un jour à l’autre. Aucun ne respecte l’autre. Et si le respect disparait d’un foyer…c’est le début du calvaire, de l’enfer…il commence à la traiter de p…qui le trahit, qui se livre à d’autres personnes…et elle l’accuse de négligence, de ne plus prendre son foyer en charge…Elle quitte son domicile de temps à autre et parfois durant trois jours…Où va-t-elle ? Il n’en sait rien…mais ses soupçons commencent à grandir, à se développer…Au point qu’il décide de la tuer. Vendredi 22 mars. Vers dix-sept heures. Abderrahim retourne chez lui. Sa femme est là, toute seule. Les enfants sont encore dehors.
“…Prépare-moi le dîner…“ lui demande-t-il.
“Je ne prépare rien…je suis malade…“ lui répond-t-elle.
Hors de lui, il commence à l’insulter, à l’injurier. Il lui crache sur le visage. Cette fois-ci, elle perd patience, commençant à l’insulter. Il ne contrôle plus ses nerfs, se dirige vers la cuisine, saisit un couteau, lui assène un coup à la poitrine. Elle hurle. Dans un état hystérique, il l’égorge comme un mouton, regarde son corps qui baigne dans une mare de sang, puis se dirige vers la cuisine, prend la bonbonne de gaz, active le gaz, tentant de se suicider. Mais son fils Walid entre. Surpris, il sanglote, s’adresse à son père :“Père !, Pourquoi tu as fait ça ?…pourquoi tu l’as tuée ?…“. Walid appelle son oncle maternel, qui avise à son tour la police. Abderrahim était toujours près du cadavre et ses deux enfants assis près de l’assassin de leur mère.

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