Le fkih arnaqueur

Le fkih arnaqueur

Il s’appelle Erreddade, âgé de quarante et un ans. Il a passé son enfance et son adolescence à Sidi Bennour. N’ayant jamais mis les pieds à l’école, il a tenté à maintes reprises d’apprendre un métier ; il a rejoint un commerçant puis un réparateur de bicyclettes et vélomoteurs, un coiffeur, un tailleur. Mais en vain. Il n’a rien appris, sauf fumer cigarettes joints et s’enivrer. Bref, il est resté chez lui, auprès de ses parents qui n’hésitaient pas à lui verser de temps en temps des sommes dérisoires pour acheter des cigarettes. Entre-temps, il a rencontré un voisin de son douar, à Sidi Bennour. En engageant une conversation, ce dernier l’a convaincu qu’il est très facile d’avoir de l’argent sans trop d’effort.
La curiosité d’Erreddade s’est éveillée au point qu’il lui a demandé plus d’informations sur ce «métier-secret» qui rapporte gros, avec seulement de la ruse.
Effectivement, le voisin était très généreux avec lui. Il lui a expliqué tous les ingrédients susceptibles de mettre des gens, notamment les femmes, dans son panier. Erreddade est passé à l’action. D’abord, il a recouru à sa mère pour emprunter de l’argent. Il est arrivé à la convaincre qu’il la rembourserait. Une fois l’argent dans la main, il a regagné Casablanca. C’est le champ le plus favorable pour piéger des victimes, pense-t-il. Quelques jours plus tard, il est arrivé à faire la connaissance de quelques jeunes hommes dont Ahmed, Brahim et son épouse Rachida. Ces derniers étaient au chômage.
Leurs besoins en argent les a encouragés à accepter de participer avec Erreddade à arnaquer les gens. Le mauvais sort de Z’hour l’a mise entre les mains d’Erreddade et ses complices. Elle était à destination de chez elle au quartier Californie, à Casablanca, quand un jeune homme l’a croisée et lui a demandé si elle savait où se trouvait un hôpital d’enfants. Il était, à ce moment, accompagné d’une femme qui portait entre ses mains un nourrisson. Au moment où elle lui indiquait l’hôpital, il lui a demandé de se taire, de ne plus ajouter un seul mot. Surprise, Z’hour a reculé d’un pas. La femme qui était en compagnie du jeune homme lui a demandé de ne rien craindre, et lui a expliqué que c’est un f’kih et qu’il semble qu’il a remarqué quelque chose d’anormal. Laquelle? “Tu es ensorcelée“, lui a lancé le jeune homme avant de sortir de ses poches une petite pierre pour commencer à la regarder minutieusement. Il a expliqué à Z’hour qu’elle avait des ennemies surtout une femme qui est jalouse d’elle. C’est elle qui l’a ensorcelée, lui a-t-il expliqué. Comment ? Il lui a affirmé qu’elle lui a mis quelque chose dans les bijoux en or dont elle dispose. “Je m’appelle Erreddade et je suis capable de les exorciser gratuitement, c’est Dieu qui m’a emmené vers toi“, tente-t-il de la convaincre. Pour ce faire, il lui a demandé de lui apporter les bijoux d’or.
A bord d’un petit taxi, elle est arrivée chez elle pour retourner chez Erreddade qui l’attendait en compagnie de la femme et du nourrisson. Z’hour lui a remis un ceinturon, des bracelets, des bagues et des boucles en or, d’une valeur globale de 150 mille dirhams. Erreddade lui a remis une petite pierre et lui a demandé d’aller un peu plus loin. Il lui a demandé de ne pas se retourner jusqu’à ce qu’elle entende son appel. Seulement, Z’hour a avancé sans entendre d’appel. Quelques secondes plus tard, elle s’est retournée. Il n’y avait ni Erreddade, ni la femme, ni le nourrisson. Aussitôt, elle s’est adressée à la police de Hay Hassani-Aïn Chock pour déposer plainte. Cette dernière a entamé ses investigations. Quelques jours plus tard, Erraddade est arrêté dans un café situé au boulevard Driss Al Harti, près du quartier Lalla Mariem, par les éléments de la police judiciaire de Ben M’Sik-Sidi Othmane, qui étaient également à sa recherche.
L’enquête policière a conduit à l’arrestation de ses complices, Ahmed et Brahim ainsi que l’épouse de ce drenier, Rachida, et le bijoutier, Ismaïl, auquel il revendait le butin. Erreddade et ses complices ont été traduits devant la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Ben M’Sik-Sidi Othmane.

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