Le fléau de la mendicité à Khemisset

Les enfants issus de familles démunies restent les premières victimes exposées au phénomène de la mendicité qui est tout à fait en contradiction avec les aspirations de la société marocaine. Selon une étude de terrain entamée depuis 1998 par un psychologue chercheur sur la mendicité juvénile dans la province de Khemisset, celle-ci compte plus de 3.000 enfants mendiants âgés de 7 à 15 ans, dont 680 sont issus de familles dont le revenu varie entre 2.600 et 10.000 dh/mois. La mendicité n’est pas toujours liée à la pauvreté, vu que plusieurs personnes trouvent en cette « profession », une activité qui rapporte. En outre, les parents pratiquant la mendicité ouvrent la voie à leurs enfants qui se trouvent, par la force des choses, obligés de suivre leurs traces, voire de dévier du droit chemin.
L’étude, qui fait également part des souffrances morales et physiques de ces enfants et de leur état psychologique déstabilisé, souligne que près de 80% d’entre eux pleurent leur sort, ignorent leur identité et vivent au jour le jour. La province de Khemisset, dont le nombre d’enfants est estimé à 164.000, compte près de 73.000 enfants issus de familles pauvres, près de 13.000 enfants en situation précaire et près de 26.000 non scolarisés. Agressés par la société et exposés à toutes sortes de déviation, en raison notamment de la séparation des parents, de la disparition de la mère ou du père, du manque d’éducation et de formation, ces enfants sont hantés par des sentiments de frayeur, d’exclusion, de marginalisation et d’infériorité par rapport aux autres.
Quant à la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaer, elle compte 700.000 enfants dont près de 292.000 sont des enfants pauvres et passibles de mendicité, près de 51.000 sont en situation précaire et près de 102.000 sont des enfants non scolarisés.
Au niveau national, le nombre de pauvres a atteint 5,30 millions de personnes durant la dernière décennie du 20ème siècle, selon des chiffres officiels avancés par l’étude et qui datent de 1999, 44,2 % d’entre eux sont des enfants de moins de 15 ans, ce qui justifie le nombre élevé d’enfants mendiant ou exerçant de petits métiers (estimé à près de 2.400.000 enfants) ne leur permettant même pas de satisfaire leurs besoins les plus élémentaires. Des chiffres officiels révèlent également que sur l’ensemble des enfants marocains (13.000.000), près d’un million sont en situation précaire (près de la moitié sont des enfants abandonnés), soit 7,69 % de l’ensemble des enfants marocains, outre 2.000.000 d’enfants non scolarisés. Pour remédier à la prolifération de la mendicité, l’étude met l’accent sur la nécessité de la réinsertion socio-éducative des enfants mendiants, appelant à la prise de conscience quant à la gravité de ce fléau, en veillant à l’amélioration de leur éducation, à l’orientation de leurs familles et à la sensibilisation sur leur situation sociale.
De tels objectifs ne peuvent être atteints que par la conjugaison des efforts de toutes les composantes de la société, sachant que le coût élevé de la vie contraint des familles nécessiteuses à pousser leurs enfants, dès leur jeune âge, à exercer de « petits métiers ». Ils croient agir pour leur bien, mais sans se rendre compte qu’en reléguant au second plan leurs propres ambitions et le rôle important de l’enseignement et de l’éducation, ils ne font que détruire leur présent et leur avenir.

• Karim Naji (MAP)

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