Le gang du cuir

Deuxième semaine du mois de février 2002. Comme à l’accoutumée, les employés d’une société spécialisée dans l’industrie du cuir sise au quartier Bourgogne, Casablanca, viennent le matin reprendre leur travail. Mais cette fois-ci, ils ne peuvent accéder à l’entreprise. Et pour cause : les cadenas sont brisés et le rideau est levé. Le chef du personnel téléphone au patron. « Aucun employé ne peut entrer ce matin à la société, car nous l’avons trouvé ouverte … Quelqu’un y est entré de nuit par effraction… ».
Le propriétaire arrive sur les lieux. Ébahi, abasourdi, la surprise lui glace le visage. Presque toute la marchandise a disparu. Sa valeur est estimée à plus de 860.000 dirhams.
«Téléphone à la police, vite…vite», ordonne-t-il à son chef du personnel.
Celui-ci compose le 19.
-«Allo».
-«La police est à votre service. Qui est à l’appareil ?».
Le chef du personnel explique à son interlocuteur l’objet de son appel, lui dicte l’adresse.
Les services de la police judiciaire de la préfecture de police à Casablanca reçoivent l’information. Le commissaire, chef de la 4ème section de la police judiciaire, se charge de tirer l’affaire au clair.
«Mes amis, ne perdons pas de temps !, on a une bonne affaire à élucider», dit-il à ses éléments avec enthousiasme.
Quelques minutes plus tard, les policiers sont sur place, cherchent des indices et un (ou des) suspects. «Lorsque je suis rentré chez moi vers 3h du matin, j’ai entendu le bruit du moteur d’une voiture…Je n’ai rien vu, mais je suis sûr qu’elle s’est arrêtée à l’entrée de la société», déclare un voisin.
Ce témoignage est insuffisant. Le commissaire et ses éléments continuent leurs premiers constats d’usage et retournent à leur bureau au deuxième étage de la Préfecture de la police.
Le commissaire et ses éléments entament leurs investigations, alertent leurs indicateurs. Ce n’est pas la première fois qu’un tel cambriolage est perpétré à Casablanca de la même façon. Mais bel et bien la onzième ! Soixante téléphones portables et des cartes de recharge ont été volés d’une agence d’un opérateur téléphonique et des sociétés vendant des appareils électroménagers, des vêtements, des lustres… ont été cambriolées.
Une semaine se passe sans qu’un élément nouveau n’apparaisse. L’enquête paraît piétiner. Puis, tout à coup, le GSM du chef de la 4ème section judiciaire sonne :
-«Allo, monsieur le commissaire ? Oui, c’est moi… Je vous appelle pour vous informer que ces derniers temps, une personne se rend chez les bazaristes au boulevard Houphouët-Boigny, au centre ville et leur offre deux échantillons de cuir de haute qualité, et leur explique qu’il dispose d’une grande quantité qu’il veut liquider à un prix convenable ». On l’aura compris.
Les enquêteurs se dépêchent sur les lieux et arrêtent la personne. Il s’agit d’un commerçant ambulant qui a acheté une grande quantité de ce cuir chez une tierce personne. Il a emmené les policiers chez lui au quartier El Oulfa. S’agit-il de la marchandise disparue dans les locaux de la société du quartier Bourgogne ?
«Oui c’est bien elle!», assure le patron de la société.
Le commerçant leur donne des précisions sur la personne qui lui a vendu la marchandise. Il est arrêté et déclare l’avoir achetée « chez un jeune homme circulant à bord d’une Ford Transit de couleur bleue ». Sans autres précisions.
Dans la nuit du lundi 25 février. Le jeune commissaire et ses éléments effectuent, une ronde.
Quand soudain, au centre-ville, ils aperçoivent une Ford Transit de couleur bleue à bord de laquelle circulent des jeunes sans objectif précis. Et cela met la puce à l’oreille de chef de la section judiciaire, qui informe ses supérieurs avant de déclencher une filature. La Ford prend la direction de Mohammedia.
Les policiers doivent retourner au commissariat. Question de procédure. Le lendemain, mardi, les enquêteurs se déplacent vers Mohammedia, tournent à gauche et à droite, à la recherche de la Ford Transit de couleur bleue. La voilà stationnée à Derb Chabab.
«Elle appartient à un groupe de jeunes qui ne rentrent chez eux qu’à l’aube avec de grands sacs renfermant des marchandises», déclare un voisin.
Mercredi 27 février, vers 05h00 du matin. Les limiers de la 4ème section judiciaire débarquent chez les jeunes qui occupent une chambre de Derb Chabab à Mohammedia.
«Police, on ne bouge plus !»
Ils sont quatre jeunes dont l’âge varie entre vingt-quatre et trente et un ans. Leur chef, Rachid, trente ans, est sur le lit en compagnie de sa maîtresse. Il se lève, quitte le lit, ne tremble pas. Il semble qu’il se soit habitué à cette scène puisqu’il l’a vécue six fois… Il se rhabille, enfile ses chaussures. Le commissaire lui met les menottes aux poignets. Les policiers menottent les autres membres de la bande, alors que ceux qui perquisitionnent saisissent des téléviseurs, des lampes, des lustres, des marteaux, une scie, des couteaux…etc.
Ils sont conduits au commissariat.
-« Nous sommes huit personnes, déclare le chef de la bande, …On a commis également deux cambriolages à Berrechid et un autre à Settat… On a également « cassé » des conteneurs au port de Casablanca dont nous avons volé le contenu, sans attirer l’attention de quiconque ». « La Ford Transit vous appartient ? », lui demande le commissaire.
« Non, nous l’avons volée, ainsi que deux autres véhicules : une Fiat Uno et une Renault Express, qui sont encore en possession des membres de la bande encore en fuite… ». Samedi 02 mars au matin, le commissaire et ses éléments conduisent le quatuor et la maîtresse du chef de la bande, au siège de la Cour d’Appel de Casablanca et les remettent au procureur général. Mais la tâche n’est pas finie. Ils retournent dans leurs bureaux pour discuter de la tactique à adopter afin de mettre les autres membres du gang hors d’état de nuire.

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