Le génie macabre de Zouita

Zouita avait commencé par tuer son propre cousin et ami au mois de mai 2002 avant de le découper en deux et de cacher la partie supérieure du corps. La partie inférieure fut découverte à la Place Ibn Tofail.
Dans un premier temps, les éléments de la police judiciaire croyaient que ce cousin disparu était la dernière victime, l’homme retrouvé la veille de l’Aïd al Adha, le 11 février 2003 à la rue Oussama Ben Zaid au quartier Maârif. Ce n’est qu’en se déplaçant au Douar Ait Imour chez la famille de Zouita que les choses allaient s’éclaircir. D’abord le père du tueur fit savoir aux enquêteurs qu’un membre de la famille lié de près à Zouita avait disparu depuis près d’un an et que le tueur les avait informés que le cousin en question avait immigré clandestinement en Europe.
Le déplacement du frère du cousin disparu à la morgue fut décisif. Il a formellement reconnu la partie inférieure du corps de son frère, et insistait sans broncher que les pieds, surtout, sont ceux de son frère. Il les reconnaîtrait entre des millions de pieds. D’autant plus que le blouson porté par Zouita lors de son suicide appartenait au cousin disparu ainsi qu’un pantalon trouvé dans la chambre du concierge-assassin. La partie supérieure du corps du malheureux cousin est toujours introuvable.
Un retour à la case départ pour les investigateurs en ce qui concerne la dernière victime. Mais, comment le lien a-t-il été établi avec l’homme retrouvé sans les bouts des doigts et sans une bonne partie du visage ? En d’autres termes, tout ce qui pourrait conduire la police à l’identification de la victime. Est-ce que Zouita défiait la police à l’instar des tueurs en série dans les pays développés ? Manifestement oui, répondent les enquêteurs.
L’argumentation avancée est imparable. D’abord lors de son premier meurtre, Zouita avait fait disparaître toute la partie supérieure du corps. Prenant encore plus d’assurances après l’équarrissage de sa deuxième victime, il ne fait disparaître que la tête de Saâdia Naderi, mettant le reste du corps dans des cartons qu’il abandonnerait au quartier la Gironde.
Il avait réussi à dérouter les enquêteurs et provoquer une véritable psychose à Casablanca. L’éventreur passe ensuite à la phase trois, la plus édifiante : le cadavre de sa troisième victime, l’homme de la rue Oussama ben Zaid, fut découvert presque intact, à part une partie du visage (dont les mâchoires) et les bouts des doigts. La trouvaille qui mettra la puce à l’oreille des enquêteurs est un journal régional trouvé dans la chambre du concierge. Ce journal parlait des crimes non élucidés et de la panique manifestée par les citoyens. Or, il s’est avéré que deux pages manquaient à ce numéro. La lettre trouvée sur le corps de la dernière victime était mise dans une enveloppe et le tout placé dans les deux pages manquantes !! Le tueur voulait peut-être protéger cette lettre des taches de sang, histoire d’être sûr que la police allait recevoir intact le message. Entre mai 2002, date de son premier crime, et février 2003 en passant par septembre 2002 et le dépeçage du corps de Sâadia Naderi, la procédure suivie par Zouita en vue de se débarrasser des cadavres de ses victimes a bien évolué dans le sens d’un parfait brouillage des pistes que pouvaient probablement suivre les investigateurs. S’ajoute à cela sa tentative de faire porter le chapeau au menuisier dénommé Aziz cité préalablement dans cette affaire. En effet, Zouita avait déclaré à la police que c’était le menuisier qui lui avait donné deux boîtes de carton. D’où la déduction du suicide volontaire de l’éventreur. Sur ce point, un bon nombre de questions a été soulevé par la presse et les citoyens doutant de la véracité du suicide. Mais les examens effectués à la morgue par le médecin-chef légiste sont formels : L’estomac de Zouita était plein d’un liquide empoisonnant, probablement un insecticide nocif. La bouteille qui le contenait, a d’ailleurs été trouvée aux côtés du cadavre du concierge. Plus encore. Le contenu de la lettre (testament) qu’il avait laissé, démontre que Zouita ressentait l’étau se resserer autour de lui et que son démasquage n’était plus qu’une question de temps.
Dans cette lettre, il ne parlait que de ses affaires qu’on devrait livrer à sa famille. Aucun remords, aucun mot à propos des crimes ou des victimes. Il convient de signaler par ailleurs que le tueur était épileptique d’après les confirmations de son propre père. Ce qui explique un peu son comportement souvent calme avec des dérapages imprévisibles, selon les témoins qui l’ont connu.
A présent, la reconstitution du visage de l’homme défiguré du quartier Mâarif, qui est sur le point de s’effectuer, constituera l’épilogue de ce macabre feuilleton.

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