Le Hamas : un mouvement national palestinien

Le Hamas : un mouvement national palestinien

Dans le quotidien «Haaretz», on peut lire en première page une interview du leader du Hamas, Ismaël Hanié, le 1er février 2006, donnée à l’envoyée spéciale à Gaza, Amira Hess.
Le Hamas s’opposera aux tentatives de transférer les compétences sur les forces de sécurité au président, nous a déclaré, écrit Amira Hess, le premier de liste du Hamas, Ismaël Hanié. Il a souligné que cette opposition se fera par «la voie du dialogue et de la compréhension». Samedi dernier, Abou Mazen avait informé les commandants des services des forces de sécurité. Le Hamas estime que cette situation ne peut être que provisoire jusqu’à la formation du gouvernement sous sa direction.
Ismaël Hanié rappelle qu’Abou Mazen avait démissionné, il y a deux ans et demi, de la tête du gouvernement. Justement, en raison de ses divergences de vues avec le Président Arafat sur le commandement de ces forces. «Je ne pense pas qu ‘Abou Mazen reniera ses positions du passé, selon lesquelles les forces de sécurité doivent dépendre du gouvernement et du ministre de l’Intérieur. S’il l’oublie, nous le lui rappellerons, naturellement, dans le dialogue et la logique», a dit Ismaël Hanié. En ajoutant, «Il est possible que dans le prochain gouvernement soient inclus des Palestiniens, des experts en tous genres et des hommes d’affaires habitant à l’étranger». Les contacts internes pour la formation du gouvernement se poursuivent: «A leur issue, nous rencontrerons Abou Mazen et cela prendra encore quelques jours», a précisé le leader du Hamas.
Ismaël Hanié, -comme les autres dirigeants du Hamas-, assure que les responsables des services de sécurité, même ceux identifiés avec le Fatah, ne perdront pas leur salaire après le changement de gouvernement : «Ce qui nous importe est leur fonctionnement et non les hommes. Nous voulons qu’ils fonctionnent d’un point de vue palestinien global, sans intervenir dans la vie quotidienne des gens. Nous voulons opérer des réformes, mais sans déplacer les responsables, sans limogeage. Peut-être que la victoire du Hamas a provoqué la colère de certains au Fatah, nous n’avons pas pris le pouvoir par la force, mais par les urnes». Amira Hess affirme qu’Ismaël Hanié a refusé de répondre à la question : «Quelles seront les premières mesures que va prendre le gouvernement?». Il a souligné qu’il s’occupera des questions internes qui exigent une solution: chômage, pauvreté, siège, sécurité. A la question au sujet du siège, selon Amira Hess, il a préféré répondre par des formules générales : «Notre peuple n’a pas peur du siège et nous investirons tous nos efforts sur le plan intérieur et arabe, pour alléger les souffrances de notre peuple. Nous voulons organiser une grande conférence nationale pour fixer les programmes détaillés de mobilisation des fonds nécessaires».
Voici des réponses précises à des questions directes :

« • Quelles seront les conséquences de la suspension de l’aide internationale ?
La suspension de l’aide compliquera la situation. Elle pourrait même déstabiliser la région. Nous ne permettrons pas que notre peuple souffre de la faim, nous avons des alternatives. Une bonne gestion nous apportera l’auto-suffisance. Ce ne sera pas une catastrophe, nous avons des alternatives. Il y a des forces dans le monde arabe et musulman, des partis qui nous ont contactés pour nous promettre leur aide. Nous ne céderons pas à la pression. La menace de suspension de l’aide ne réussira pas à nous faire changer d’opinion. Nous voulons les droits du peuple palestinien, et nous ne voulons pas de chaos dans la région.

Qui prend les décisions au Hamas ? Vous ou les Frères Musulmans ?
Le Hamas est un mouvement palestinien qui décide à travers ses instances.

Comment cela est-il compatible avec le secret de vos institutions ?
Nous sommes une organisation secrète à cause de l’occupation, mais sur le plan politique, nous agissons au grand jour, il n’y a rien de secret.

Que veut le peuple? La résistance armée ?
Le peuple veut améliorer sa situation, il veut un Etat indépendant, ses droits.

Et comment comptez-vous réaliser ces objectifs ?
Dans toutes les options existantes. Nous mobiliserons le soutien arabe et international. Nous sommes très optimistes. L’occupation s’est terminée à Gaza, et on parle de nouveaux retraits, ce sont là des pas vers la réalisation de nos droits.

Gaza est plus coupée que jamais de la Rive occidentale (la Cisjordanie). Elle-même coupée en cantons sans lien entre eux, la colonisation continue et la situation diplomatique d’Israël n’a jamais été meilleure. Sur quoi se base votre optimisme?
Nous ne sommes pas impuissants. Le peuple veut sentir un allègement, nous défendrons nos droits et nous œuvrerons pour la liaison entre Gaza et la Rive occidentale. Nous ne céderons pas. L’Intifada se poursuit depuis 5 ans sur la voie de la réalisation de nos droits.

La situation a-t-elle empiré ?
Non et même si c’était vrai, la situation en Israël est aussi difficile du point de vue de l’économie, de la scission du Likoud, du manque de sécurité. Tout cela grâce à la résistance de notre peuple et aux prix de l’occupation.

Dans les faits, la communauté internationale accepte les blocs de colonies et la position israélienne que les territoires «C» sont des territoires «contestés» et non occupés.
Depuis quand les Israéliens reconnaissent-ils nos droits? Que la Rive occidentale (Cisjordanie) est un territoire sous occupation? Nous savons que l’occupation existe, qu’il y a une barrière de séparation, nous n’accepterons pas cette situation.

C’est-à-dire que vous allez mettre fin à l’occupation par les Kassam ?
Je ne parle pas de Kassam mais des droits des Palestiniens si la trêve nous garantit nos droits, nous l’accepterons.

Arrêterez-vous des gens ou des groupes qui lanceront des attaques armées contre Israël ?
Nos relations avec les autres membres de notre peuple seront basées sur la compréhension et le dialogue.»
Il apparaît, donc, de manière très claire, que le leader du Hamas, Ismaël Hanié a des idées très précises et, surtout, pondérées sur les problèmes politiques. Il s’agit, donc, véritablement d’un politique, militant, mais déjà conscient des responsabilités de chef d’un mouvement islamique mais aussi, ayant un objectif national, pouvant dépasser certains slogans. Qui étaient, rappelons-le, ceux de l’OLP, devenus, disait feu le Président Yasser Arafat, «caducs». En fait, lsmaël Hanié est un chef du Mouvement palestinien…

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