Le mari septuagénaire assassiné pour son argent

Il est 10h00 en ce dimanche 1er juin. Saâdia, vingt-sept ans, vient d’introduire la clé dans la serrure pour ouvrir la porte de sa demeure située à Zaouiat Cheikh, à quatre kilomètres de Kasbat Tadla. Elle a passé la nuit au domicile de ses parents. Elle pousse doucement la porte et entre à pas feutrés comme si elle s’attendait à  surprendre un intrus. Elle s’avance jusqu’au seuil de la chambre à coucher, se fige sur place pendant quelques secondes, avant de pousser un cri strident et de s’effondrer. Que s’est-il passé ? Qu’a-t-elle découvert? Alertés par son hurlement, les voisins du quartier accourent vers la maison de Saâdia. Ils entrent chez elle, lui demandent des explications. Mais en vain. Elle se contente de leur indiquer la chambre. Ils jettent des regards. Perturbés, chacun d’eux se contente de tenir sa tête entre ses mains et de rester bouche-bée durant quelques secondes. Ils n’en croient pas leurs yeux. La scène les dépasse et ils ne peuvent rien faire d’autre que d’alerter les gendarmes. Car Ba Messaoud, comme ils l’appelaient, a été assassiné. Qui l’a tué et pourquoi ? Avait-il des ennemis ? S’ils ne trouvent pas de réponse à la première question, ils sont persuadés que l’humour du défunt et sa  bonhomie ne pouvaient lui valoir ne serait-ce qu’un seul ennemi. Quelques minutes plus tard, la jeep des enquêteurs arrive. Les gendarmes en descendent et entrent à l’intérieur de la maison, pour faire le premier constat d’usage. Sur le lit, le cadavre de Ba Messaoud, la tête fracassée, gisant dans une mare de sang. Le chef de la brigade avance vers Saâdia, lui demande: «Tu es sa fille ?». Et comme si elle était devenue sourde-muette, elle se contente de le regarder avec des yeux hagards. Une voisine intervient et lui explique que Saâdia est l’épouse du défunt. N’en croyant pas à ses oreilles, le chef de la brigade écarquille les yeux et lui répète la question.  Comme si elle se réveillait d’un profond sommeil, elle lui confirme qu’elle est effectivement la femme du défunt. Le gendarme n’est pas le premier à être surpris de cette union. Toutes les personnes qui apprennent que Saâdia est l’épouse de Ba Messaoud s’interrogent sur les raisons qui ont poussé une fille de vingt-sept printemps à épouser un vieillard de soixante-treize ans. C’est aberrant pour eux, mais c’est une réalité.
Ils étaient mariés depuis deux ans. Messaoud avait déjà une première femme avec qui il a eu sept enfants. Seulement, quand il a vu, pour la première fois, Saâdia, son cœur a battu la chamade comme celui d’un adolescent. Aussitôt, il l’a demandée en mariage. La famille de la jeune femme ne s’y est pas opposée. Le vieillard dispose de l’argent nécessaire pour entretenir deux foyers. Saâdia n’avait pas le choix devant la décision de ses parents. Elle a obtempéré et s’est jetée dans les bras du vieillard. Depuis, il n’hésitait pas à lui satisfaire le moindre besoin. Seulement, elle rêve d’une fortune. Elle ne veut pas perdre sa jeunesse avec un vieillard contre des caftans et des petits bijoux en or, pense-t-elle. Elle rêvait d’avoir d’importantes sommes d’argent entre les mains.
Deux ans plus tard. Elle n’arrive plus à le supporter. Elle souhaite se débarrasser de lui et refaire sa vie avec un jeune homme. Mais il lui faut de l’argent.
Vendredi 30 mai. Messaoud vient montrer à Saâdia, des liasses de billets de banque représentant dix millions de centimes, contrepartie d’une transaction commerciale. C’est la première fois qu’elle voit autant d’argent. Elle perd la tête. Bien qu’il lui ait promis monts et merveilles, elle n’a pu chasser l’image des liasses dans ses poches et un jeune homme à côté d’elle. Elle se dit qu’elle doit passer à l’action. Comment ? Ils étaient au lit, quand elle en est descendue pour se diriger vers la cuisine. Là, elle saisit un coutelas et, de retour dans la chambre, elle lui a asséné trois coups successifs à la tête. Il n’est pas arrivé à lancer un deuxième cri pour passer de vie à trépas. Le lendemain matin, Saâdia, qui a mis la main sur l’argent,  a pris le chemin du domicile de ses parents. Dimanche, elle est retournée au domicile conjugal pour faire semblant de découvrir l’assassinat de son mari et la disparition de l’argent. Seulement, le sixième sens des enquêteurs ne les a pas trompés et ils sont rapidement arrivés à la conclusion que Saâdia était bien l’auteur du crime. Elle a fini par avouer, soulignant qu’elle regrettait beaucoup son acte. Saâdia  a été déférée devant la Cour d’Appel de Beni Mellal, pour homicide volontaire avec préméditation guet-apens et vol qualifié.

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