Le message de Belkhadem

La visite au Maroc, le week end dernier, du chef de la diplomatie algérienne, Abdelaziz Belkhadem, est-elle porteuse d’un espoir de normalisation définitive entre Rabat et Alger ? À défaut de gestes concrets dans ce sens pendant cette rencontre, celle-ci a eu au moins le mérite, à en juger par déclarations optimistes des responsables des deux côtés, de laisser croire cette fois-ci à une véritable éclaircie dans le ciel ombrageux des relations bilatérales.
Pour Mohamed Benaïssa, le déplacement de son homologue au Maroc “rentre dans le cadre de la politique des petits pas visant à sceller les retrouvailles“. Acte hautement symbolique : S.M. le Roi Mohammed VI a accordé une audience, vendredi 5 février, au ministre algérien des Affaires étrangères au cours de laquelle ce dernier a remis au Souverain un message de “fraternité“ du président Abdelaziz Bouteflika. Lors de cette audience, une décision concrète a été prise. Il s’agit de la suppression du visa retour pour les Algériens résidant au Maroc et pour les Marocains résidant en Algérie.
Le responsable algérien a évoqué, par ailleurs, une rencontre au sommet entre les deux chefs d’État, en marge du sommet France-Afrique prévu à Paris en mars prochain en vue de mettre à plat l’ensemble des contentieux opposant les deux pays. Ce n’est là qu’une rumeur. Un haut responsable de la diplomatie marocaine nous a précisé : “ S.M le Roi et Bouteflika vont se rencontrer à cette occasion, mais les modalités de la rencontre au sommet en question, le lieu et la date, seront arrêtés ultérieurement par les canaux diplomatiques des deux pays“. Notre interlocuteur a ajouté que ce sommet a pour objectif de décider de la méthodologie et du calendrier des dossiers à traiter.
Cette déclaration contredit l’annonce faite par M. Belkhadem selon laquelle des groupes de travail des deux côtés se retrouveront dès la semaine prochaine pour se pencher sur les problèmes en suspens. Les “problèmes en suspens“ ! Pour le Maroc, ces derniers ont un seul nom : l’affaire du Sahara. C’est la position hostile d’Alger sur ce dossier qui est à l’origine de tout le malentendu entre les deux parties. Si l’Algérie revient à de meilleurs sentiments à l’égard de l’intégrité territoriale du Maroc, les relations bilatérales de même que la coopération mutuelle sortiront de l’ornière où elles se trouvent enlisées depuis plus de 25 ans.
Dans cette vision, les autres problèmes, notamment la fermeture des frontières terrestres, ne sont que le produit des effets collatéraux nés de l’entêtement algérien à soutenir le Front Polisario contre les intérêts du Maroc. En un mot, Rabat pose le dossier du Sahara- qu’il considère comme “la base de la pyramide“ selon l’expression de Mohamed Benaïssa- comme préalable incontournable à tout processus de normalisation. L’Algérie, elle, ne voit pas les choses sous le même angle. M. Belkhadem est venu à Rabat pour convaincre les officiels marocains de la thèse d’Alger. Celle de commencer d’abord par la normalisation des relations bilatérales sur le plan économique et politique et discuter ensuite de l’affaire du Sahara dans une volonté manifeste de dissocier ce gros contentieux du reste des sujets d’intérêt commun.
Le chef de la diplomatie algérienne, qui est resté très vague sur la cause sacrée du Royaume, a même déclaré à ses interlocuteurs marocains que la “RASD dans un monde mondialisé ne gênerait pas le Maghreb puisque les frontières n’ont plus de sens“ ! Autrement dit, la RASD selon Alger est soluble dans la mondialisation !

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