Le meurtre, au nom de l’amour

Jeudi 24 octobre 2002. Quartier Ben Dabab, Fès. Abdelghafour vient juste près d’un café, se plante comme un arbre, ses yeux se fixent sur un client qui s’attable avec son frère. Une lueur de rancune brille dans ses yeux comme une flamme. Des idées sataniques hantent son esprit. Pourquoi?
Abdelghafour, vingt-six ans, est très sérieux, sympathique, gentil, paisible, souriant et généreux. Son parcours scolaire n’a pas dépassé l’enseignement préparatoire. Seulement le secteur de l’artisanat lui a ouvert chaleureusement les bras, ce qui lui a evité d’être jeté dans les ténèbres du chômage. «Salut, je veux te parler pour quelques secondes…»; Ce sont les premiers mots qu’il a lancés, il y a deux ans, dans les oreilles de Samira. Elle avait dix-sept ans.
Cette belle collégienne sait que les yeux d’Abdelghafour n’abandonnent pas son ombre quand elle passe au quartier. Ce ne sont pas seulement les siens qui suivent ses pas. Mais également les yeux des autres jeunes du quartier. Seulement quand elle fouille son coeur, elle y trouve Abdelghafour. C’est au moins ce qu’elle lui confiait quand ils ont entretenu une relation amoureuse. D’abord Abdelghafour ne l’a pas beaucoup racolée pour qu’elle lui parle et répond positivement à sa proposition. Ils commencent à sortir ensemble, à fréquenter des jardins, des cafés, à passer de temps en temps quelque moment sur le même lit. Les jours passent et leur relation se consolide au point que leurs voisins ne peuvent croiser l’un d’eux sans l’interroger sur l’autre. Cependant personne n’imaginait qu’une telle relation peut arriver à une discordance telle que Samira entretiendrait une nouvelle relation amoureuse. Comment cela est-il arrivé ? Personne n’a la réponse. «Je ne sais pas comment et pourquoi elle m’a abandonné pour se jeter dans les bras de l’autre…», confie Abdelghafour à l’un de ses amis intimes. Quant à elle, elle fait semblant qu’elle ne se souvient plus de lui, ni de leur relation.
«J’ai passé de bons moments avec lui et c’est fini, je ne suis pas son épouse…», se défend-elle contre les reproches des amis de son amant. La rancune commence à ronger le coeur d’Abdelghafour. «Je t’aime encore et encore…Pourquoi m’as-tu abandonné? Je t’en supplie…», lui balbutie-t-il une fois, quand il l’a croisée au quartier. Elle ne l’entend plus et ne veut plus qu’il la croise, qu’il lui parle. «C’est fini pour moi, il y a tant de filles que tu peux aimer…», lui répond-elle avec égoïsme. Il retourne chez lui. C’est Farid qui s’attable avec son frère en train de siroter des verres de thé. « Je vais l’éloigner de mon chemin», pense Abdelghafour qui se tient encore près du café.
Quelques minutes plus tard, Farid se lève, sort en dehors du café. Abdelghafour le suit des yeux. Farid se dirige vers le publiphone situé à l’autre côté de la rue. Abdelghafour le suit cette fois comme son ombre. Farid ne se rend pas compte de cela. Mais il reçoit un coup de couteau dans le dos. Il crie au secours en se retournant vers son agresseur. Dans un état second, ce dernier lui assène deux autres coups. Quand Farid s’affaisse, Abdelghafour a pris la poudre d’escampette.
Evacué vers les urgences, Farid a succombé à ses blessures. Les investigations ont permis l’arrestation de Abdelghafour, quatre jours plus tard. Et Samira ? Elle regrette sans doute ses comportements.

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