Le meurtre du camping de Ben Smime

Ben Smime, une belle région du Moyen Atlas, à quatre kilomètres au sud d’Ifrane et à dix kilomètres du nord d’Azrou. Le camping qui en porte le nom est très souvent fréquenté par les colonies de vacances notamment en été. Mercredi 13 mars 2002. Le soleil se lève sur les montagnes de cette région qui se prépare à accueillir le printemps. Le camping est très calme, tranquille. Il ne s’y trouve que la femme du gardien, qui sanglote depuis la veille, et ses deux petits enfants. Où est passé son mari ?. Il est sorti, depuis la veille vers vingt-deux heures et elle ne sait pas où le maître de la maison a passé la nuit. Ce gardien, fils de l’ex-gardien, ne laissait jamais sa femme et ses enfants seuls dans ce camping.
La femme sort de sa chambre dans un état de santé lamentable à cause d’une nuit blanche en proie à des tractations. Elle marche lentement, cherche dans le camping le coeur battant la chamade. Elle ouvre la porte de la cuisine afin de jeter un regard aux alentours …Soudain, son cri strident se répercute sur les sommets des montagnes qui entourent le camping au point que les oiseaux ont entendu son écho. Ses deux enfants la rejoignent et se mettent à pleurer. Leur mère est sans conscience, étendue par terre. Le gardien du camping, Hassan, trente-huit ans gisait raid mort sur le sol, baigné dans une mare de sang, présentant trois grandes blessures à la poitrine. Qui l’a poignardé rendant ses enfants orphelins et son épouse, en veuve ? De bouche à oreille, une seule rumeur circule dans la région : “Ce sont les f’kihs Soussis qui déterrent les trésors qui l’ont tué“. Une rumeur qui n’est pas due au hasard car en fait, la région est le plus souvent fréquentée par des charlatans notamment du Sousse, au sud du Maroc. Ils sont experts dans l’exhumation des trésors, gardés par les diables, comme ils disent.
L’exhumation des trésors devient très facile avec l’aide d’un “Zouhri » ; qui a des pupilles et des lignes de mains très particuliers, différents des autres personnes. Hassan a cette particularité et il a été souvent sollicité par les déterreurs des trésors. Les enquêteurs n’ont pas négligé cette piste. Car tout est possible pour eux en l’absence d’une piste solide. Jeudi 28 mars dans la matinée. Une femme accède au poste de la brigade de la gendarmerie Royale, s’assoit lentement, jette des regards autour d’elle.
“Oui Lalla, pouvons-nous faire quelque chose pour vous ?“ lui demande gentiment le chef de la brigade. Elle ne répond pas, les paroles cèdent la place aux larmes. Le chef de la brigade insiste et lui porte un verre d’eau. Elle le boit, essuie ses larmes qu’elle tente en vain de retenir. “Je vais parler Sidi…“, dit-elle au chef, n’arrivant pas à s‘exprimer correctement. “Mon fils Ilias…a…tué….le gardien du camping de Ben Smime….“. réussit-elle à balbutier avant de s’évanouir.
Le chef et ses adjoints l’ont maintenue, lui donnent un autre verre d’eau. Elle reprend conscience. “Comment sais-tu que c’est ton fils ?“ lui demande le chef. “C’est lui qui m’a avoué…et il m’a dit qu’il a perdu sa carte d’identité nationale sur les lieux…“. Les enquêteurs se sont dépêchés sur le domicile parental d’Ilias pour l’arrêter et le conduire aux locaux de la brigade. “Ce n’est pas moi qui ai tué Hassan…“ tente-t-il de nier. “Mais on a trouvé ta carte d’identité nationale à la cuisine où Hassan a été tué, que dis-tu ?“ le surprend le chef de la brigade.
Ilias, baisse la tête. Les larmes commencent à couler de ses yeux. Les enquêteurs l’apaisent, le calment : “Ne pleure pas…dis simplement la vérité et tu laveras ta conscience…dit la vérité … on sait que tu es l’auteur de ce crime…“ l’encourage le chef. “Je voulais fuire la misère de notre village …“ entame-t-il ses aveux. Il a décidé de quitter son village à destination de Fès. Il voulait travailler, gagner sa vie, aider sa mère. Il n’a rien à faire dans son misérable village. Il en est sorti le matin, emprunte le chemin à pied sans le moindre sou. Une journée de marche, pour arriver vers vingt heures au camping Ben Smime. Il frappe à une porte.
Une femme lui ouvre. Il lui demande un morceau du pain qu’elle va lui donner et ferme la porte. Le gardien du camping, Hassan, arrive quelques minutes plus tard et surprend sa femme en train de parler au visiteur. Il sort de sa chambre pour aller le chercher. Il le trouve à la cuisine et lui demande de quitter le lieux. Ilias refuse.“Je n’ai pas où aller…Tu me laisses au moins cette nuit…“ lui demande-t-il. Hassan ne veut rien entendre tandis qu’Ilias s’obstine à rester.
Hassan brandit son bâton et lui assène un coup sur la tête. Ilias sort son couteau, lui larde la poitrine à trois reprises. Hassan tombe par terre. Ilias prend la poudre d’escampette, et retourne le lendemain, chez lui. Le destin est parfois aussi cruel qu’inéluctable. Ce jeune homme voulait simplement fuir la misère, aller en quête de soi pour qu’il se retrouve avec un crime sur les bras.

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