Le ministère de la santé est censé accorder le droit de substitution au pharmacien

Le ministère de la santé est censé accorder le droit de substitution au pharmacien

ALM : Vous avez dernièrement lancé le site adwyiaty.ma, quels en sont les dessous ?
 

Khalid Lahsaini : Il s’agit du premier comparateur de prix de médicaments au Maroc. Il permet aux visiteurs (médecins, pharmaciens, étudiants, préparateurs en pharmacie, infirmiers et patients, etc.) de prendre connaissance de la panoplie de médicaments existant dans le marché. C’est aussi un moteur de recherche qui aidera au quotidien pour trouver quel médicament générique correspond un princeps et vice versa.
Pour rechercher un médicament sur ce site, il suffit d’en saisir le nom commercial. Les résultats de cette recherche ressortent le médicament recherché, ainsi que tous les médicaments, princeps ou génériques, contenant la même substance active que le premier. Sur le site, les princeps sont dotés de la lettre P en rouge et les génériques sont munis de la lettre G. Le tout avec des prix assez détaillés pour l’ensemble des médicaments. D’où l’appellation de site comparateur de prix. Par la suite, le visiteur du site est appelé à préciser le dosage et la voie d’administration pour avoir plus amples informations. Après quoi, le site défile les médicaments en allant du moins cher au plus cher.

Comment avez-vous eu l’idée de créer ce site ?

J’ai pensé à lancer ce site après une longue expérience en pharmacie hospitalière en France. D’autant plus que j’ai vu de près les souffrances des patients marocains, surtout ceux qui n’ont pas de sécurité sociale et souffrent de maladies chroniques ou graves comme le cancer. Alors que le recours aux génériques permet une économie qui peut dépasser les 50% pour certains médicaments anticancéreux.

Quelle est la différence entre un princeps et un générique ? Et qu’est-ce qui fait que le premier soit plus cher ?

Un médicament générique a la même composition en principe actif que son médicament de référence ou princeps. La fabrication de la substance active en elle-même n est pas chère. D’ailleurs, quand on fait de la recherche et des études à propos d’un nouveau médicament, cela prend une dizaine d années et nécessite un investissement lourd d environ 1 milliard de $, soit 10 milliards de Dh. Et c est là que réside l’avantage du générique puisque si le brevet tombe dans le domaine public, alors le principe actif du médicament d’origine peut être utilisé par un autre laboratoire notamment un génériqueur sans subir les frais exorbitants de la recherche et développement du médicament princeps.

Que répondez-vous aux médecins qui recommandent les princeps et non les génériques?

Vous savez, ce n’est ni le nom commercial, ni la couleur d’un médicament qui soigne. C’est plutôt sa substance active.

Or les citoyens sont attirés par un médicament dont ils ont entendu parler depuis belle lurette, alors que si l’on prend une substance active d’un médicament connu et qu’on la met dans un autre portant une nouvelle appellation, on aura le même effet thérapeutique. D’autant plus qu’un générique n’est pas un médicament en rabais. Que celui-ci coûte 300 ou 900 DH, le patient sera rétabli de la même façon en fonction de sa réaction à ce médicament. Et si le générique ne coûte pas cher c’est parce qu’il ne fait pas l’objet d’une longue période de recherche très coûteuse. Aussi, le générique est un médicament qui a une autorisation de mise sur le marché. En vertu de cette autorisation, ce générique doit répondre aux mêmes critères que le médicament de référence.

Comment inciter médecins, pharmaciens et citoyens à opter pour le générique ?

Si le médecin prescrit les médicaments, le patient, surtout celui qui n’a pas de sécurité sociale, est appelé à avoir un sens d’intelligence en optant pour le médicament générique le moins cher et en accord avec son médecin ou pharmacien. Aussi, en cas d’automédication, les patients sont aptes à exiger un générique au pharmacien. Le hic c’est que certaines personnes souffrent de maladies chroniques (diabète, hypertension artérielle, etc.) et d’autres de maladies nécessitant un traitement coûteux (cancers). Alors pourquoi ne pas leur prescrire des médicaments moins chers ?! A son tour, le ministère de la santé, qui a reconnu que les génériques permettent des économies importantes, est censé accorder le droit de substitution au pharmacien. Par là, le médecin prescrit le médicament princeps et le pharmacien peut délivrer au patient le médicament générique correspondant.

Quelle est la valeur ajoutée de ce site pour vous ?

Mon apport consiste à ce que celui qui n’a pas de sécurité sociale ainsi que les moyens puisse prendre un médicament moins cher. D’ailleurs la différence de prix génère des économies pour l’assurance-maladie qui encourage leur utilisation dans un objectif de maîtrise des dépenses publiques.

Aussi, le développement du marché des médicaments génériques permettra, de par les économies réalisées, d’offrir à tous les patients la possibilité d’accéder aux nouveaux médicaments coûteux pour des pathologies graves et de construire de nouveaux centres de soins et les équiper en appareils coûteux de dernières technologies (un système de soin optimal doit comporter 60% de matériel de moins de 5 ans, 30% de 5 à 10 ans   et 10% au maximum d’appareil de plus de 10 ans !).

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