Le petit poisson qui voulait devenir grand

Les professionnels de la pêche hauturière ont poussé un ouf de soulagement. Ils ont réussi à convaincre les marins à mettre fin à leur grève déclenchée le 23 avril dernier à l’initiative du Syndicat national des officiers et marins de la pêche hauturière (SNOMPH), affilié à l’union des syndicats démocratiques du FFD de Thami Khyari. Le port d’Agadir, où se concentre le gros de la flotte, a repris donc son activité le 16 mai. Pas celui de Tan Tan toujours bloqué par les grévistes.
Ce mouvement de protestation fait suite aux dysfonctionnements nés de la mise en place depuis deux ans environ du “plan d’aménagement“par le ministère de tutelle. Ce programme a institué un système de quotas annuel pour les ressources poulpières, réparti comme suit : 33.000 tonnes pour la pêche artisanale, 10.000 tonnes pour la pêche côtière et 45.000 tonnes pour la pêche hauturière. Autrement dit, si la quantité dévolue à chaque catégorie est épuisée sur une période de moins d’une année, cela entraîne automatiquement un arrêt de la pêche. C’est ce qui arrive dans la hauturière. Les marins qui avaient l’habitude de travailler à plein temps (autour de 9 mois) ont vu leur activité se réduire à 7 mois cette année. Le reste du temps, ils sont donc condamnés au chômage technique. Sans revenus.
Le ministre Saïd Chbaâtou, en concoctant son projet, n’a pas apparemment prévu cela. Et pourtant, il fallait y penser… Cette cessation de travail, qui intervenait à quelques mois des élections, a profité politiquement au parti de Thami Khyari. Quelque 6000 marins sont concernés, soit autant de voix…“fait remarquer sous couvert de l’anonymat un opérateur du secteur.
Du coup, les victimes du plan de Saïd Chabaâtou se braquent et, encadrés par le syndicat créé par M. Khyari du temps où il était ministre de la pêche, protestent et entrent en grève. Pour compenser la période d’inactivité forcée, on réclame un nouveau mode de rémunération calculé sur la base d’un pourcentage sur le chiffre d’affaires de la société de pêche ou ce que le syndicat appelle la valeur de vente de la capture (VVC), tributaire de la fonction exercée à bord du bateau. Pour le matelot, le graisseur, l’aide cuisinier par exemple, le syndicat propose un pourcentage de 1% sur la VVC.
Pour le chef mécanicien et le capitaine, ce taux est respectivement de 3,1% et de 6%. Les patrons de la pêche hauturière crient au scandale et rejettent cette revendication, arguant que ce système de compensation fait de facto des membres de l’équipage des associés ou à tout le moins des co-gestionnaires de leurs entreprises. Le secrétaire général du syndicat, Abderrahamne El Yazidi, par ailleurs enseignant dans l’institut de pêche d’Agadir, ne l’entend pas de cette oreille. Pour lui, les gens de la mer doivent pouvoir s’assurer un revenu stable qui tienne compte des bénéfices réalisés par les sociétés de pêche.
Le bras de fer ne tarde pas à s’installer entre les grévistes et les patrons. En colère contre Saïd Chabaâtou qu’ils jugent responsable de cette situation, ces derniers s’en remettent à l’arbitrage du Premier ministre et surtout aux bons offices du ministre de l’Intérieur. “C’est Driss Jettou qui a désamorcé la crise“, déclare un armateur, satisfait.
Depuis lundi 20 mai, patrons et syndicats ont amorcé en effet des négociations pour trouver un compromis qui satisfasse les deux parties. “ Pas question d’adopter la proposition du SNOMPH car elle est absurde, expliquent à l’unisson les armateurs. Les marins sont déjà bien payés. Ils arrivent à un salaire mensuel de près de 5.000 Dhs incluant la nourriture et le logement à bord“. Avec l’air de dire : que veut le peuple de plus ?

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