Le pouvoir de Khamenei menacé par les divisions internes

Le pouvoir de Khamenei menacé par les divisions internes

«Le désarroi et les divisions entre les religieux au pouvoir sont sans précédent», a estimé Abbas Milani, de l’université de Stanford (Californie, ouest), qui témoignait devant le Congrès sur la situation en Iran après que M. Rafsandjani a émis des doutes sur la réélection du président ultraconservateur sortant Mahmoud Ahmadinejad. «Nous pouvons dire que les jours de M. Khamenei comme leader absolu, dont les déclarations avaient force de loi, sont révolus», a ajouté M. Milani. Le numéro un iranien est confronté à la plus grave crise traversée par l’Iran depuis la révolution islamique de 1979. Les manifestations qui ont suivi la réélection le 12 juin de M. Ahmadinejad avec 63% des voix ont fait au moins 20 morts.
Les divisions ont gagné le sommet de l’Etat lorsque M. Khamenei a dénoncé les manifestants, apporté un soutien inconditionnel à M. Ahmadinejad et déclaré le scrutin légal. M. Rafsandjani, qui dirige deux institutions clés du régime, l’Assemblée des experts et le Conseil de discernement, a estimé que le régime avait perdu la confiance du peuple. Et l’Association des religieux combattants (ARC), dirigée par un autre ancien président, Mohammad Khatami, a demandé l’organisation d’un référendum pour sortir de la crise.
«De nombreux religieux éminents (…) ont non seulement défié M. Khamenei mais remis en cause sa capacité à assumer le poste de Guide Suprême», a souligné Abbas Milani, citant les ayatollahs dissidents Hossein Ali Montazeri, Jalaluddin Taheri, Youssouf Sanei et Javad Amoli. «Il est possible que M. Khamenei reste au pouvoir, mais ce ne sera qu’à la tête d’un triumvirat comprenant également Ahmadinejad et les commandants du corps des Gardiens de la Révolution», a-t-il ajouté. Un avis partagé par Suzanne Maloney, de la Brookings Institution, qui a fait état devant les élus américains de «divisions intenses et peut-être irréparables au sein du régime» iranien. «Une composante cruciale de l’élite iranienne a commencé à se séparer du régime pour promouvoir le programme d’opposition d’un mouvement de masse naissant», a déclaré Mme Maloney. Ces défections représentent «la fin des chamailleries sans conséquences entre factions iraniennes et la première salve d’une nouvelle phase de lutte à mort dans les antichambres du pouvoir», a-t-elle ajouté. M. Khamenei a perdu toute légitimité au sein du régime, a renchéri Karim Sadjadpour, du Carnegie Endowment for international peace, qui témoignait lui aussi devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants. «Pendant 20 ans, Khamenei a toujours soigneusement cultivé une image de guide magnanime qui se maintenait au-dessus des querelles politiques, ce qui lui permettait de rejeter sur d’autres la responsabilité de l’aggravation du malaise économique et de la répression politique et sociale», a souligné cet expert. «Ces jours sont révolus», a-t-il ajouté. Comme son collègue de Stanford, M. Sadjadpour considère les Gardiens de la Révolution comme le dernier rempart protégeant le pouvoir du Guide suprême iranien. «Il est certain que les fissures et la dissidence croissantes parmi les plus hauts responsables religieux de Qom sont inquiétantes pour Khamenei, mais une dissidence et des fissures au sein du commandement des Gardiens de la Révolution lui seraient fatales», a-t-il noté.

Par Sylvie Lanteaume
AFP

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