Le prix de la vengeance

Ce n’est pas la première fois que Omar, vingt-quatre ans, se tient devant les juges ou purge une peine d’emprisonnement. Il a déjà fait de la prison à trois reprises pour trafic de drogue, coups et blessures et vol qualifié. Seulement, il n’a jamais encouru que des peines légères, dont la plus lourde était de 8 mois de prison. Cette fois-ci, en revanche, son crime est plus grave et le châtiment sera par conséquent plus lourd.
C’est la raison pour laquelle quand le président de la chambre criminelle près la Cour d’appel de Fès entame son interrogatoire, le jeune homme fond en larmes. «J’étais en état de légitime défense…», tente-t-il de se justifier. La légitime défense aurait été invoquée s’il avait tué la victime au moment où celle-ci l’attaquait, lui explique le juge. Omar baisse sa tête, alors que les larmes coulent encore de ses yeux. Il regrette son acte. Il n’aurait pas dû utiliser son couteau, pense-t-il.  Trop tard pour avoir des regrets.
Un samedi du mois de janvier, il a rendez-vous avec sa maîtresse. Fouzia est une prostituée dont il vient défaire la connaissance. Elle profite de sa générosité, puisqu’il ne lui refuse rien. En contrepartie, elle se tient à sa disposition à n’importe quel moment. Ils passent quelques moments au cinéma, puis au café avant de décider de faire un tour dans la forêt, située à proximité de D’har Lmahraze. Ils avaient l’intention d’y passer quelques moments d’intimité. En arrivant, ils sont surpris par trois jeunes hommes qui commencent à faire des avances à Fouzia. Omar se sent provoqué, surtout qu’ils agissent comme s’il ignoraient sa présence.
Il se tourne vers eux, leur demande de les laisser tranquilles, de prendre sa présence en considération. «Mais, tu n’es pas un homme!», lui répond un des membres du trio. Une provocation. Hors de lui, il s’avance vers eux, pour laver son honneur.  Battu violemment, Omar tombe par terre, se relève puis court à son domicile. Les trois jeunes conduisent la fille dans la forêt, la violent à tour de rôle avant de l’abandonner à son sort.  Omar rentre chez lui, se dirige vers la cuisine, ouvre un tiroir et saisit un couteau. Il retourne par la suite dans la forêt en quête du trio. Mais, il ne trouve que sa maîtresse, dans un état lamentable. Il l’aide à rentrer chez elle et retourne rechercher les trois voyous. Il passe toute la nuit à les traquer. Mais en vain. Le lendemain, dimanche, il les cherche encore, le couteau sous ses vêtements. Tout-à-coup, vers 10h du matin, ses yeux fixent un jeune qui s’enivre près d’une boutique, au quartier D’har Lmahraz, à Fès. C’est l’un de leurs trois agresseurs. Il se remémore la scène de la veille avant d’avancer vers lui. Son cœur bat la chamade. Seule la vengeance peut le calmer. Il n’a pas d’autre choix, pense-t-il. Le voyou ne se rend compte de rien, il est dans un autre monde. A l’improviste, il lui assène un coup de couteau. Le voyou pousse un hurlement. Enragé, Omar multiplie les coups. Les riverains ne peuvent pas intervenir. Craignant d’être blessés, ils se contentent de regarder la scène.
Omar tourne la tête à droite et à gauche, menace les badauds avant de prendre la poudre d’escampette. Criblé de coups, le voyou rend l’âme. Alertée, la police se rend sur les lieux, entame les investigations et arrête Omar cinq jours plus tard. Sa maîtresse et les deux autres voyous qui l’ont violée sont également arrêtés.  «Mah’kama !», crie l’agent du tribunal quand la cour entre dans la salle d’audience après les délibérations. Omar et les autres se lèvent des bancs des accusés et entendent leur jugement. Jugé coupable pour homicide volontaire avec préméditation et guet-apens, Omar est condamné à 30 ans de réclusion criminelle. Les deux autres voyous et Fouzia écopent respectivement de deux ans et de six mois de prison ferme.

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