«Le recensement aide la démocratie»

«Le recensement aide la démocratie»

ALM : Quels sont les délais que vous vous êtes fixés en matière de traitement des données du recensement ?
Ahmed Lahlimi : Tout d’abord, je tiens à préciser que le Maroc va pouvoir opérer, grâce à ce recensement, une actualisation des données socio-économiques qui prévalent aux échelles nationale, régionale et locale.
Pour ce qui est des résultats, rappelons que le recensement s’achèvera vers la fin septembre. Je pense que moins d’un mois plus tard, nous aurons les chiffres concernant la population légale. Et dans un délai de six à sept mois, nous aurons les données socio-économiques, aux échelles les plus fines.
Quel est l’intérêt pour le Maroc d’organiser un tel recensement sachant que le dernier du genre n’ait été exploité que, dix ans plus tard, et à hauteur de 25 %?
À partir de ce recensement, le Maroc va disposer d’un échantillon-maître actualisé qui lui permettra de mener, rapidement et efficacement, toute enquête ou étude indispensables à son développement.
A partir de la base de données que ce recensement va fournir, le Maroc pourra élaborer une politique efficiente en matière de développement humain, et ce, conformément aux instructions de SM le Roi. Par ailleurs, le recensement est une contribution à la démocratisation puisque les citoyens vont pouvoir évaluer le travail de leurs mandataires, c’est-à-dire les élus locaux, régionaux et nationaux. Les partis politiques, les syndicats et les acteurs de la société civile vont également y trouver leur compte.
Pensez-vous qu’avec plus d’informations, l’action politique peut être améliorée ?
Je pense sincèrement que les gestionnaires de la chose publique vont bénéficier à travers le recensement d’un outil nécessaire à toute planification sérieuse. Car la base de données, que le recensement fournira, permettra aux candidats aux élections de mettre au point des programmes réalistes et réalisables, et non pas des inventaires de voeux pieux.
Le recensement va-t-il aider à résorber ne serait-ce qu’en partie, la problématique du chômage ?
Je tiens à vous rappeler que le plan quinquennal qui est en cours d’achèvement avait prévu un taux de croissance de 5,5% et un taux de chômage de l’ordre de 12%.
Il s’est avéré par la suite que la croissance n’a été que de 3,8%, alors que le taux de chômage s’est stabilisé autour des 12%. Ceci pour vous dire que la baisse du chômage et l’amélioration du niveau de vie des citoyens n’est pas dépendante uniquement du niveau du taux de croissance.
C’est la qualité de cette croissance qui est déterminante. Elle doit être le fruit de la participation de la plus large majorité de la population, notamment les
Certains économistes soutiennent que l’essor économique du Maroc passe par l’exportation. Qu’en pensez-vous ?
Soyons réalistes. Convenons que la mise à niveau du secteur exportateur, formé dans sa majorité d’entreprises qui renouvellent leurs équipements et leurs technologies, se fera, souvent, au détriment de l’emploi. Aussi, nous n’avons pas la certitude que les effets induits de l’exportation sur les autres secteurs contribueront à la création d’un pouvoir d’achat suffisamment fort pour entraîner une croissance créatrice d’emploi. Il faut donc être attentif à la nature de notre croissance et des autres secteurs qu’il faut impliquer.
Justement, que pensez-vous de la série d’accords de libre-échange que le Maroc a signés ?
Il s’agit d’axes qui vont inéluctablement tirer vers le haut les entreprises capables de se mettre rapidement à niveau. Mais il faut prévoir un certain nombre de mesures pour accompagner ces entreprises. Je pense essentiellement aux petites et moyennes entreprises dont la production est destinée au marché intérieur, et, on l’oublie souvent, le secteur agricole. Je suis catégorique sur ce point: une véritable mise à niveau nationale sera, à côté des grandes entreprises, par le biais des PME et de l’agriculture, ou ne le sera pas.
Pourquoi l’agriculture ?
J’ai commandé dernièrement aux cadres du Haut commissariat au Plan une étude relative à l’impact de la production agricole sur les autres secteurs. Nous avons constaté que le taux d’élasticité est non seulement très faible, mais il a tendance à baisser d’année en année. En clair, que l’année agricole soit bonne ou mauvaise, l’effet sur les autres secteurs est quasiment le même. En fait, les structures d’exploitation sont tellement rigides que l’impact de l’agriculture, en termes de revenus monétaires, demeure quasi constant.
Quels sont, selon vous, les remèdes appropriés au problème de l’informel ?
Contrairement à ce que l’on pense, le secteur informel s’approvisionne et fournit des marchandises et des services au secteur formel, parfois même à de grandes entreprises.
A mon avis, le but est de favoriser la mise en place de l’informel dans une antichambre du secteur formel. Il s’agira de promouvoir une politique fiscale attrayante, une formation adaptée et une organisation socioprofessionnelle appropriée comme la promotion des coopératives.
Hormis la question de l’éradication des bidonvilles, que pensez-vous du problème de l’habitat dont souffrent bon nombre de Marocains ?
Sur cette question, le recensement nous fournira des données beaucoup plus précises que celles dont nous disposons aujourd’hui. Mais d’ores et déjà nous devons être attentifs à la qualité de l’offre immobilière. Il ne faut pas remplacer des bidonvilles par des HLM, ou des ghettos.
Pensez-vous que les décideurs marocains ont beaucoup plus besoin de données scientifiques sur le Maroc profond que d’une réelle volonté politique ?
Ce qui me rend particulièrement optimiste c’est que le Maroc dispose d’un leadership très impliqué. Certes, les relais ne sont pas toujours au rendez-vous, notamment à cause de l’analphabétisme et de la pauvreté. Mais aussi à cause de la faiblesse de la réactivité des opérateurs politiques pour être au niveau de la force d’entraînement que représente l’action du Souverain.
Que pensez-vous du dernier remaniement ministériel?
Vous savez, le remaniement est une affaire du Premier ministre. Il a jugé que ce remaniement répondait à un besoin. Il a été validé par SM le Roi.
L’heure des partis politiques a-t-elle sonné, selon-vous ?
Il ne faudrait pas qu’un gouvernement politique devienne un gouvernement de partis. Le gouvernement peut légitimement regrouper d’autres forces, dès lors que les partis au gouvernement soutiennent le programme du Premier Ministre. Celui-ci est en droit de choisir l’équipe avec laquelle il va travailler.
Vous considérez-vous comme un technocrate ou un politique?
Je ne sais pas ce que veut dire un technocrate. Si le technocrate, c’est celui qui pense que la technologie est indispensable à la conduite d’une politique, alors j’en suis un. Si, par contre, c’est celui qui estime que tout ne se résout que par la technique et que la politique est seulement une cerise sur le gâteau, alors je ne suis pas un technocrate.
Ceci dit, j’ai toujours eu des idéaux politiques. Les appareils ce n’est pas ma tasse de thé.
Pourtant vous n’êtes pas ce qu’on appellerai un militant de base.
Je n’ai jamais été un apparatchik. Je ne m’en serais jamais accommodé, c’est souvent mortel.
Quel rapport entretenez-vous avec l’USFP, après le départ de Me Abderrahmane Youssoufi ?
D’excellents rapports. À l’USFP, j’ai été un conseiller permanent auprès des responsables du parti, un producteur et un promoteur d’idées, beaucoup plus qu’un agitateur politique. J’ai de l’estime pour les dirigeants et les cadres de ce parti et pour Si Mohamed Elyazghi. Celui-ci a, à plus d’un titre, la légitimité de succéder à Si Abderrahmane Youssoufi, malgré les vicissitudes qui ont caractérisé leurs rapports avant le départ de ce dernier.
Justement, que pensez-vous des désaccords nés entre deux hommes qui ont eu un si long passé commun ?
C’est, semble-t-il, cela la malédiction de la politique.

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