Le regard du professeur (1)

Hatim Betioui : J’aimerais que vous nous esquissiez les portraits de certaines personnalités qui ont participé au premier gouvernement. Que pouvez-vous nous dire d’Ahmed Balafrej, ministre des Affaires étrangères ?
Abdelhadi Boutaleb : Il n’a pas fait partie des ministres au moment de la formation du gouvernement au lendemain du retour d’exil de Mohammed V. Il les a joints 5 mois plus tard, lorsque la France s’est résignée à admettre que la Maroc se dote d’un ministre des Affaires étrangères, c’est-à-dire après la signature du traité d’indépendance. Balafrej a été le premier ministre des affaires étrangères. Il tenait à appliquer la diplomatie du XIXème siècle et du début du Xxème siècle.
En d’autres termes, il il utilisait le style élégant et parfois enrobé et implicite pour atteindre son objectif. Il était très attaché aux cérémonies protocolaires et peu friand des déclarations. Il ne ressemblait pas aux autres ministres que nous avons connus dans d’autres pays arabes qui, pour un oui pour un non accouraient aux stations de radio pour faire des déclarations.
Balafrej était secrétaire général du PI et , arrivé au gouvernement, il n’a pas caché son souhait de le vouloir se transformer en un gouvernement homogène où le pouvoir serait entre les seuls mains du PI. Ainsi dès les premières semaines, il a entrepris de talonner le roi Mohammed V pour changer le gouvernement. D’ailleurs, il ne semblait pas bien à l’aise avec les autres membres de l’équipe. Quand il atteint le sommet de la hiérarchie ministérielle, en devenant représentant personnel du Roi Hassan II, il a cessé d’être l’homme du parti pour devenir celui du palais.
Qu’en est-il d’abdallah Ibrahim ?
Il a occupé le poste de secrétaire d’etat à l’information. Membre dirigeant du Mouvement National depuis sa fondation, son nom a émergé dans les années 30 comme représentant du comité d’Action Marocaine puis du Parti National, à Marrakech. Il était connu pour ses positions nationalistes face aux autorités françaises du protectorat. Il a connu les épreuves de la torture dès son jeune âge. En outre, il s’est distingué par sa culture arabe authentique, qu’il a enrichie d’une culture étrangère, et à travers ses écrits transparaît la haute littérature arabe. Il a subi l’influence du parti Baath de l’Orient arabe.
Il a participé au premier gouvernement en dirigeant le secrétariat d’Etat à l’information, qui était censé dépendre du chef du gouvernement. Cependant, dès le début, les deux secrétaires d’Etat ont bénéficié de leur indépendance politique vis-à-vis du président du Conseil Bekkaï même si, du point de vue protocolaire, ils en dépendaient. Ainsi, Abdallah Ibrahim avait une liberté d’action absolue dans son ministère qui, d’après l’organigramme du gouvernement, relevait de l’autorité du président .
Il en était de même avec Ahmed Bensouda qui était secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports dépendant du chef du gouvernement et jouis d’une autonomie totale dans son ministère. Ce qui distinguait Abdallah Ibrahim, c’est qu’il était un patriote avant d’être membre d’un parti. On ne lui a pas connu de fanatisme ou d’animosité à l’égard de ses adverssaires ; il était aimable et d’une haute moralité. C’était un nationaliste ascète, comme l’était Mohamed yazidi, dans le PI. De même, ali Laraki, membre du bureau politique du PDI, était considéré comme une école d’ascétisme, de piété et de foi.

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