Le retour à la case départ

C’est tout une histoire d’amour déçu qui a n’a de cesse lier l’Union socialiste des forces populaires (USFP) à la Confédération démocratique du travail (CDT).
L’origine de cette relation ambiguë et passionnante entre le parti du Premier ministre, Abderrahman Youssoufi, et le monde syndical remonte loin dans l’histoire du Maroc moderne. Quelques mois après l’euphorie de l’indépendance du Royaume, les prémices des premières tractations se sont fait jour après la destitution du gouvernement de Abdallâh Ibrahim en mai 1960.
En juin 1961, la direction de l’UMT allait briser les premiers cordons qui la liaient à l’UNFP, en renonçant à l’appel à une grève générale qui devait avoir lieu au niveau de la Fonction publique. Le défunt Omar Benjelluoun, à l’époque jeune cadre de l’UNFP appartenant aux PTT, allait être victime d’une tentative d’enlèvement et de dures séquences de «tortures dans les caves de l’UMT», dit-il, dans une lettre adressée à Mahjoub Benseddik, en 1962.
Dix années plus tard, le parti précité allait rompre définitivement avec le dédoublement organisationnel. En même temps l’accent a été mis sur la nécessité de réviser sa stratégie syndicale. En 1978, huit syndicats nationaux, dont essentiellement l’Enseignement, la Santé, les Phosphates, les PTT, et les Chemins de fer ont annoncé leur indépendance vis-à-vis de la centrale de M. Benseddik. Dans une dynamique d’ouverture politique, marquée par la reprise de l’action parlementaire et communale, la levée de l’interdiction de l’UNEM (Union nationale des étudiants du Maroc), la libération de plusieurs détenus politiques et le retour de bon nombre d’exilés, la CDT fut finalement créée par l’USFP . Moins de cinq mois plus tard, le SNE (Syndicat national de l’enseignement) et le SNSP (Syndicat national de la santé publique) vont livrer la première grève générale depuis 18 ans. Une grève qui s’est soldée par l’arrestation et la révocation de milliers de syndicalistes dans l’ensemble du territoire national.
Le 20 juin 1981, la CDT récidive, mais cette fois en appelant à un débrayage sur le plan national et dans tous les secteurs. A partir de ce moment, cette centrale a commencé à occuper une place importante dans l’échiquier politique et son secrétaire général, Noubir Amaoui s’érigea, depuis lors, en acteur politique, allant jusqu’à prendre, des fois, en otage son propre parti. En 1989, ses «adeptes» ont pris d’assaut l’une des commissions les plus importantes du Vème congrès de l’USFP. Une victoire de courte durée pour l’aile syndicale, qui a conduit finalement à son échec fatal. Particulièrement en raison d’un cumul de faits.
Après la grève générale du 14 décembre 1990, M. Amaoui commença à se comporter comme les anarcho-syndicalistes (dits syndicalistes révolutionnaires) du XIX ème siècle qui réduisent toute action syndicale à son aspect revendicatif et contestataire. En même temps, il alterna le chaud et le froid. Pour avoir traité des membres de gouvernement de «mangantes» (voleurs), il a écopé d’une peine de deux ans de prison ferme. En 1997, en revanche, la CDT invite, dans une «volte-face» qui constitue une première au Maroc, le ministre de l’Intérieur à la séance d’ouverture de son IV ème congrès. Dans le même moment, hormis le secrétaire de la centrale et son adjoint, Abdelmajid Bouzoubâa, tous les anciens membres du Bureau exécutif ont été écartés du centre de décision. A moins de quinze jours du congrès de l’USFP , en mars 2001, la CDT tint son congrès national à Laayoune. Une erreur fatale qui a permis à la direction du parti de baliser le terrain à la marginalisation du «bloc» de Amaoui. Ce dernier quitte le parti et constitue sa propre formation, le CNI (Congrès national ittihadi). Ainsi, la progression du radicalisme a fini par le divorce avec les modérés.

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