Le salaire de la débauche

A 84 Km de Sud-Ouest de Marrakech, c’est Kelaât Sraghna. Un village qui fait partie des régions abandonnées, délaissées où il n’y a pas d’activités économiques. Les habitants se débrouillent pour gagner leur pain hors du village, sinon c’est la prostitution et le proxénétisme.
Khadija, la cinquantaine, est l’une de ses femmes qui n’a pas honte de servir les chercheurs du plaisir et du sexe, au quartier Boudraâ. Et pourtant elle garde un respect très particulier envers ses voisins. Elle les aide, les soutient, elle est généreuse avec eux. Ils l’aiment. Seulement Khadija n’a pas donné signe de vie depuis dimanche 28 octobre 2001. Où est-elle partie ?
Seuls Mohamed, ses deux amis et leurs deux amantes sont au courant.
Ce dimanche, Mohamed lui téléphone : “je viendrai ce soir avec mes deux amis et deux filles de joie. Mais tu dois te débrouiller pour me trouver une belle fille, je vais te verser la somme qui convienne, d’accord ?” “D’accord, soyez les bienvenus chez moi, ma demeure est la tienne“ lui répond-t-elle avec galanterie. Le soir, vers 21h. Mohamed, ses deux amis et les filles de joie se rendent chez elle. Khadija les accueille chaleureusement. Elle a déjà préparé le dîner.
Mohamed se retire avec elle vers la cuisine. Il lui livre un billet de cent dirhams: “Tiens, tu dois me chercher“Ras Assouk” sinon…”. Il n’a rien ajouté. Mais Khadija sourit, considérant ses paroles comme une blague.
Mohamed quitte la demeure, se rend chez un guerrabe, achète du Mahia (eau de vie) et rebrousse chemin. Avant d’y arriver il a libéré son imagination pour enluminer la fille de joie qui partagera le lit avec lui; une fille de dix-huit ans environ, avec des beaux yeux, un nez comme l’aiguille, une bouche comme la bague de Salomon, une peau blanche comme la neige, des dents blanches comme l’ivoire, des petits seins comme les pommes, des cheveux noirs qui flottent sur le dos comme la soie.
Il arrive, frappe à la porte. La patronne ouvre. Il se presse pour voir l’ange qu’il l’attend, tourne ses yeux autour de la chambre.
“Où est la fille?” s’interroge-t-il énervé. “Je n’ai pas trouvé la fille qui te convienne“, lui répond-elle calmement.
Son enthousiasme se transforme en déception. Ses amis commencent à rire, à se moquer de lui. Il se tourne vers Khadija, la surprend par un coup de poing au visage. Elle perd l’équilibre, tombe. Il saisit une bouteille vide de vin rouge. L’un de ses deux amis intervient. Il le repousse. Il tombe. Mohammed la casse la bouteille en la frappant contre le mur, larde d’un coup de tesson son cou. Le sang gicle. Khadija ronronne comme un mouton qui vient d’être égorgé. La nuit qui devait être rouge devient noire. Les deux amis et les deux filles de joie restent bouches-bées. Ils tentent de s’enfuir. Mohamed les menace : “ Si quelqu’un veut s’en aller avant qu’il m’aide, je vais le tuer”.
Khadija devient un corps sans âme. Perturbés, ils ne savent quoi faire. C’est un moment inattendu. “Qu’est-ce qu’on va faire maintenant”, crie l’une des deux filles. Mohamed la gifle, lui demande de se taire. Il leur dicte ce qu’ils doivent faire calmement. Ils allongent le cadavre sur le lit, tiennent sa tête sur l’oreiller comme si elle dort, lavent le sang et partent. Mercredi 30 octobre, une odeur nauséabonde pique les nez de tout individu qui passe près de la demeure de la patronne.
Les habitants alertent la gendarmerie. Elle se dépêche sur le lieu, frappe à la porte. Personne n’ouvre. Le procureur du Roi leur donne ses instructions de l’ouvrir. Vers 16h, elle découvre le cadavre de Khadija en décomposition avancée.
Mohamed est actuellement avec ses deux amis et les filles de joies qui attendent d’être jugés.

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