Le sens inné du terroir

L’homme dégage l’impression d’une grande sérénité. De sincérité aussi. Mohamed Sajid, un industriel de Casablanca, arbore un air qui tranche avec l’excitation ambiante qui s’est emparée de la plupart des candidats à la députation. Une fièvre qui monte crescendo avec l’approche de la date fatidique.
Le secret de l’assurance affichée par l’intéressé? Il a un fief électoral. Ighrem dont il est député sortant. Beau pays montagneux que celui de M. Sajid. Les douars sont accueillants, les habitants dignes, le paysage fascinant. Situé dans l’arrière-pays de Taroudant, Ighrem, la berbère, n’est ni à droite, ni à gauche. Les gens d’ici connaissent Mohamed Sajid, l’enfant du bled. En fait, ils connaissaient surtout le père, aujourd’hui décédé, qui jouissait d’une bonne réputation et d’un respect jamais démenti auprès des siens. Natif de Settat en 1948, le fils est revenu à ses racines en 1993. Pour se présenter aux législatives sous la bannière de l’UC. C’est un peu le retour du fils prodige. “ Le premier contact fut pour moi un moment de grande émotion. Avant cette date, je ne savais pas à quoi ressemblait la terre de mes ancêtres“, lâche-t-il d’une voix douce. Mais les gens du village qui avaient juste entendu parler de moi auparavant m’ont accueilli avec une joie indescriptible“.
Les électeurs d’Ighrem lui ont fait confiance par deux fois, lors des législatives de 1993 et celles de 1997. Ils n’étaient pas déçus. Ils sont même contents de voir rempiler pour un troisième mandat celui qui passe à leurs yeux pour l’homme providentiel. Celui qui a su mettre à contribution son statut d’élu de la nation pour sortir Ighrem de l’enclavement où elle était maintenue des décennies durant.
Sauf que la situation qui se présente en 2002 à Mohamed Sajid est un peu complexe. En raison du nouveau mode de scrutin (de liste). Ighrem, qui compte entre 40.000 et 50.000 électeurs, s’est effacée devant une immense circonscription d’environ 180.000 voix que se disputeront une multitude de candidats : Taroudant nord dont Ighrem, où Sajid n’a plus besoin de faire campagne pour être réélu, est devenue ainsi un petit bout de terre. “ Il faut plusieurs mois rien que pour découvrir ce nouveau territoire. Cela fait quatre semaines que j’ai commencé le périple“, explique-t-il. Il ajoute : “ Ce n’est pas évident d’autant plus que certains coins sont difficiles d’accès“.
Ce n’est pas le cas d’Ighrem. Contrairement aux autres villages avoisinants, elle est dotée d’un réseau routier de près de 500 kilomètres et d’autres infrastructures de base. C’est là justement où Mohamed Sajid a montré son savoir-faire et son engagement. Dès son premier mandat, il s’est comporté en véritable agent de développement en mettant en place et en cordonnant un large réseau associatif tourné vers les équipements de base. En cela, Mohamed Sajid s’est appuyé sur la culture de solidarité très ancrée dans le Sous. C’est le concept de la démocratie participative où l’État et l’associatif deviennent partenaires pour la réalisation des projets nécessaires. Si le gros du financement est pris en charge par l’État, chaque habitant apporte sa quote-part. C’est comme ça qu’à Ighrem qui manquait de tout avant 1993 ont vu le jour des routes, des dispensaires, des écoles, sans oublier l’électrification des douars et le forage des puits … “Ces équipements importants n’étaient pas programmés dans le budget de l’Etat, explique M. Sajid, mais les pouvoirs publics se sont engagés dès lors qu’ils ont vu que les habitants veulent prendre eux-mêmes en charge le destin de leur région“.
La mise en place des infrastructures de base n’est pas une fin en soi. Elles ne sont qu’un moyen pour faciliter la vie aux habitants à travers des ac,tivités en relation avec les spécificités du terroir. “ Nous sommes en train d’élaborer un programme de réhabilitation des villages en vue d’y favoriser le tourisme rural et de permettre aux gens de disposer d’un revenu stable et durable“, précise le député d’Ighrem, par ailleurs président de la commune Azaghar Nirs (7000 habitants).
Même les adversaires de Mohamed Sajid s’inclinent devant son sens du devoir. Certains partis les plus en vue veulent bien le voir rejoindre leurs rangs. Mais M. Sajid, qui n’a rien du notable du cru classique, est conscient que l’étiquette politique ne fait pas le député et qu’il est élu en ce qui le concerne sur son crédit personnel. Grâce à sa militance pour le bien-être de ses électeurs avec lesquels il est en contact permanent. “ J’explique à ces derniers que cette élection est la leur. Pas la mienne. A eux de faire le bon choix“, indique-t-il, la mine toujours aussi paisible.

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