Le seuil de l’intolérable ou le phénomène Tamek

En effet, dans une interview accordée à l’hebdomadaire Maroc Hebdo (N° 590 du 30 janvier au 5 février 2004), l’ex-détenu sahraoui affiche sa tendance séparatiste en parlant de «peuple sahraoui» dont il se dit issu (au lieu de parler du peuple marocain en tant que nation englobant les Sahraouis comme les Rifains et les Berbères (Amazighs) entre autres ethnies). Il conclura ses confessions en prétendant qu’il est «grand temps que le régime marocain permette aux Sahraouis l’exercice de leur droit à l’autodétermination en respectant le résultat quel qu’il soit (…)». Autrement dit, avec l’option «indépendance». Haussant le ton outrageusement dans une deuxième interview accordée au quotidien espagnol El Periodico, M. Tamek déclare : «Nous les Sahraouis, nous avons déposé notre confiance dans la direction du polisario».
Le caractère politique injurieux des affirmations de Tamek n’a d‘égal que le degré de leur fausseté substantielle et de leurs contradictions essentielles. Il se livre d’abord à un jeu de mots sans se soucier des résultats politiques équivalents auxquels aboutiraient certains termes qu’il évoque en cas d’application réelle sur le terrain. Comme lorsqu’il distingue par exemple la notion de «séparatisme» de celle «d’indépendance» pour les Sahraouis marocains, sous prétexte que «tous les rapports de l’ONU emploient le terme «indépendance», (et que) nous devons respecter l’appareil conceptuel de l’ONU, car elle représente la légalité internationale».
Etrange raisonnement qui voudrait que le Maroc respecte en 2004 les plans et les rapports de l’ONU quand ils servent les adversaires de son intégrité territoriale en bafouant les avis et les résolutions émanant en 1975 de cette même organisation qui soutiennent l’intégrité territoriale marocaine. Au fond, la question à laquelle M. Tamek devrait répondre aujourd’hui devant ses concitoyens et l’opinion publique internationale est la suivante : «Existe-t-il, dans l’affaire du Sahara, deux types de «légalité internationale» contradictoires au sein de l’ONU ? A savoir :
1) Une légalité internationale exprimée par l’avis consultatif de la C.I.J. du 16 octobre 1975, la résolution n°379 du Conseil de sécurité adoptée le 2 novembre 1975 sur le Sahara et dans laquelle l’ONU invitait les parties concernées (Le Maroc, la Mauritanie et l’Espagne) à entreprendre des négociations, et la résolution N°3458 (b) de l’Assemblée générale de l’ONU par laquelle elle «prenait acte de l’accord conclu par les parties concernées et stipulant le retour de ce territoire à ses ayants droit conformément à la légalité internationale». Cette résolution, rappelons-le, faisait suite à la communication de l’accord de Madrid à l’ONU en date du 10 décembre 1975.
2) Une légalité internationale exprimée par les plans de James Baker et les rapports du Secrétaire général de l’ONU M. Kofi Anan en vue d’une solution politique entre le Maroc et l’Algérie (par polisario interposé).Ensuite, Tamek pousse l’effronterie à un degré frisant le dégoût de la félonie contre la patrie et atteignant le seuil de l’intolérable quand il réaffirme carrément « son hostilité à l’intégrité territoriale marocaine», et utilise des termes on ne peut plus arrogants tels que : «Intifada sahraouie», «occupation marocaine», «territoire occupé» et «colons marocains».
Au fond, les dérapages que l’on remarque souvent chez des individus en matière des droits de l’Homme s’expliquent parfois par des comportements irresponsables, dénotant un mépris ou une méconnaissance des prérogatives et des responsabilités qu’assume un Etat pour garantir la dignité de la nation et la stabilité du pays.
Car pour l’intérêt général, l’Etat a des droits auxquels il doit s’attacher autant que les citoyens peuvent se cramponner aux droits de l’Homme. Mais l’interaction salutaire de ces obligations et droits réciproques ne peut s’opérer qu’avec des «principes inviolables» («lignes rouges») pour la permanence même de l’Etat et de ses institutions constitutionnelles. Ces «principes inviolables» peuvent s’appeler «Valeurs sacrées du Royaume» comme le cas du Maroc avec la trilogie : ‘ Dieu, la Patrie, le Roi ‘ ou encore «Valeurs essentielles de la République» comme le cas de la France. Par conséquent, il n’y a pas de honte pour un Etat démocratique à imposer la considération de ses «valeurs sacrées», dans le strict respect de l’Etat de droit.
Regardons sans complexe du côté des pays occidentaux réputés démocratiques pour se convaincre de cette évidence d’ordre public.
L’Etat de la France Libre n’avait-il pas puni, après la libération en 1945, les traîtres français qui avaient collaboré perfidement avec les Nazis sous le gouvernement de Vichy, à commencer par le maréchal Pétain et ses proches complices politiques ? Le général de Gaulle ne plaisantait pas avec «la souveraineté nationale de la France» ni avec «l’honneur de la France», devant quiconque. Et qui peut dire aujourd’hui parmi les Français que les provinces d’Alsace et de Lorraine ne sont pas françaises, après leur récupération en 1919 de l’occupation allemande ?
Ces provinces françaises sont restées sous domination étrangère pendant 48 ans (depuis 1871) tandis que les provinces de Oued Addahab et Dakhla sont restées sous occupation étrangère durant 91 ans. C’est par cette unique différence de durée que les deux situations diffèrent.L’Etat espagnol ne combat-il pas aujourd’hui, à l’intérieur même de l’Espagne, les séparatistes basques que représente l’E.T.A. créé en 1959 ?
L’Etat du Royaume-Uni ne combat-il pas toujours «l’IRA provisoire» qui poursuit une action violente contre les Protestants et l’armée britannique ? Et plus récemment, durant la deuxième guerre du Golfe contre le régime de Saddam Hussein (février 2003), le gouvernement des Etats-Unis avait imposé une certaine censure aux médias américains, les empêchant de diffuser des paroles ou des images jugées «offensants pour les sentiments nationaux des Américains» ou jugés «en faveur de l’ennemi des Etats-Unis» (le régime de Saddam) ou susceptibles de servir le terrorisme international contre les intérêts stratégiques des U.S.A». Dans ce contexte général exceptionnel, certains intellectuels et artistes aux idées controversées (dont la très célèbre Madonna) n’avaient pas eu le droit à la parole ni au chant avant la chute du régime irakien et la prise de Baghdad.
Tous ces exemples nous prouvent que les Etats civilisés ou démocratiques ne badinent pas avec leur intégrité territoriale, leur souveraineté nationale et l’intérêt suprême de leurs peuples.
Les gouvernements des pays précités ne se sont jamais montrés indulgents ni déficients devant les mouvements séparatistes qui menacent leur intégrité territoriale ou face à des organisations terroristes qui troublent leur sécurité nationale.
Le Maroc devrait-il se montrer moins conscient et moins ferme que les Etats-Unis, la France, l’Espagne ou le Royaume-Uni d’Angleterre pour son Sahara ?
Non point. Le Sahara marocain, récupéré pacifiquement et juridiquement, devrait-il être moins intégrable à la mère-patrie que la région du Biafra en 1970 par rapport au Nigeria, après s’être placée en état de sécession armée en 1967 ? Non point. Et S.M. le Roi est le premier à le confirmer en déclarant que son pays «ne cédera aucun pouce du Sahara».
En somme, les déclarations très discutables de Tamek sont diamétralement opposées à la réalité et à la légalité. C’est-à-dire en totale contradiction avec l’Histoire, avec l’avis consultatif de la Cour Internationale de Justice (C.I.J.) et avec l’accord tripartite de Madrid lesquels reconnaissent la marocanité du Sahara dit «ex-occidental».
N’est-ce pas une aberration criante d’entendre ce jeune homme du Sud marocain coller aux Marocains le qualificatif de «colons» ? Un qualificatif que l’ancienne puissance coloniale elle-même, c’est-à-dire l’Espagne, avait originellement et complètement écarté à l’endroit du Maroc, en lui rétrocédant paisiblement son Sahara ? Depuis quand un pays récupérant une partie de son territoire de l’occupant peut devenir son propre occupant ?
Et puis, Tamek continue sa divagation intellectuelle en comparant le Sahara marocain aux territoires palestiniens occupés par Israël.
Décidément, ce jeune homme est inqualifiable. Quel lien historico-politique peut rapprocher les deux situations et y a-t-il lieu de comparaison entre elles ? Non point. Mais cela Ali Salem Tamek doit l’ignorer certainement. C’est peut-être une question de culture et de morale, mais c’est aussi un manque de «vertu publique». D’ailleurs, il serait utile de signaler que lorsque la Marche Verte commença, Ali Salem Tamek était un bébé de deux ans qui tétait le lait de sa mère. Il ne pouvait comprendre le sens de cette épopée ni sentir le sentiment des Marcheurs, puisqu’il n’avait rien vu ni entendu. Et jusqu’à aujourd’hui encore, rien ne semble prouver le contraire.
Cela dit, on pourrait qualifier Tamek de «terroriste politique anti-marocain sans armes à feux». Mais son arme, celle de sa langue, ne serait pas moins redoutable auprès d’une catégorie insuffisamment avisée de la jeunesse marocaine.
En réalité, le terrorisme n’est pas plus dangereux que le séparatisme pour une nation pacifique, attachée à son unité. Le premier mine la patrie à l’intérieur même venant de l’extérieur, le second menace son intégrité territoriale, qu’il provienne de l’intérieur ou de l’extérieur. Ces deux fléaux sont donc à combattre sans merci, par toutes les forces vives du pays, à commencer par l’Etat. Toute sorte de relâchement dans ce devoir national sacré serait critiquable et incompréhensible, voire fatal. Un affaiblissement de l’Etat face au séparatisme comme face au terrorisme, conduirait inéluctablement au pire, tôt ou tard. Conscient de ce principe, S.M. Mohammed VI avait affirmé aux Marocains que le temps du laxisme était révolu. La fin de ce laisser-aller ne concerne pas uniquement le terrorisme. Il touche les autres formes de périls qui menacent la société et les institutions constitutionnelles. Et le séparatisme est le pire ennemi de l’unité nationale. Il appartient donc aux autorités compétentes de réagir quand elles le jugeront nécessaire, mais avant qu’il, ne soit un peu tard. Rappelons-nous encore les germes intellectuels indirects du Polisario à travers ses premiers promoteurs sahraouis à l’intérieur même du Maroc, avant la récupération du Sahara. Tamek chercherait-il une nouvelle édition de ce séparatisme après la réunification du Maroc, en voulant suivre le même cheminement que ses aînés de l’autre côté du Maroc oriental ?
Une telle tentative séparatiste, individuelle ou partisane, espérant évoluer au sein d’une nation unioniste est en tout cas inadmissible. Ali Salem Tamek, par ses déclarations très condamnables, affiche une «traîtrise notoire» et offense non seulement les 350000 citoyennes et citoyens qui ont accompli la Marche Verte et ceux qui en ont prononcé le serment historique, mais particulièrement les victimes qui ont sacrifié leur vie au champ d’honneur pour l’unité du pays. Bref, il insulte toute la nation marocaine. Ses sorties médiatiques injurieuses ne devraient pas être ignorées ni négligées, en impunité totale. Pourquoi ? Parce que le séparatisme armé commence presque toujours par un séparatisme théorique ou conceptuel (avec une idéologie ou par mercenariat ) et la tendance sécessionniste active débute quasiment par une mentalité séparatiste nourrie ou par un esprit de schisme pourri. Rappelons-nous la genèse des mouvements indépendantistes de l’E.T.A, de l’IRA, du Biafra, etc. Chez ces séparatistes européens et africains, les effets déflagrants et meurtriers de leurs bombes brûlantes avaient commencé par des idées propagandistes explosives ou par des paroles démagogiques dangereuses.
Ainsi, un Ali Salem Tamek qui « revendique publiquement son appartenance au «peuple sahraoui» de Abdelaziz El Marrakchi risquerait d’être le germe d’un séparatisme violent et préluderait à un mouvement terroriste indépendantiste, si les responsables sécuritaires et la Justice n’y prêtaient pas suffisamment attention en agissant vite et efficacement, dans la stricte légalité islamique et constitutionnelle. Car en clamant à l’intérieur du Maroc son séparatisme et son obédience envers le polisario Ali Salem Tamek viole carrément le devoir de défense envers la patrie au regard de l’Islam (verset coranique 55, Sourat 24) et au regard de l’article 16 de la Constitution qui stipule clairement : «Tous les citoyens contribuent à la défense de la patrie». Voilà peut-être des justifications hautement légales pour lui demander de rendre compte de ses actes devant le peuple et devant la Justice avant que le phénomène n’atteigne un degré de gravité avancé. Il vaut mieux étouffer le mal à l’oeuf.

• Par Dr. Issa Babana El Alaoui
Docteur d’Etat en science politique

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *