Le sommet de la réconciliation

La Guinée, pays côtier d’Afrique de l’Ouest, est devenue une République en 1958 avec pour capitale Conakry. Sa population (estimée à 8 millions d’habitants), qui regroupe une vingtaine d’ethnie dont les plus importantes sont les Soussous (Sud), les Peuls, les Malinké et les Kissi (Nord). Avec pour langue officielle le français, cette mosaïque de peuplement est de confession majoritairement musulmane (85%). Si la Guinée possède un riche sous-sol et des activités minières très importantes, son économie est dévastée par le passage de différents régimes politiques.
Les Portugais ont été les premiers – au Xvème siècle – à établir des comptoirs (commerce de l’or, de l’ivoire et des esclaves), mais les Français les ont rapidement supplantés pour faire de la Guinée leur colonie en 1890. Après 1945, et surtout à partir de 1952, le Parti démocratique de Guinée (PDG) dirigé par Sékou Tour, lutte pour l’indépendance du pays, qu’il obtient le 2 octobre 1958. Jusqu’à la mort de son chef Touré en 1984, la Guinée s’enferme dans un système totalitaire dirigé par une caste d’origine malinké enrichie aux dépens de la population. L’opposition exilée tente plusieurs fois de renverser le dictateur. En vain. Touré mort, le colonel Lansana Conté s’empare alors du pouvoir et engage une série de réformes en 1985, puis un processus de démocratisation en 1990. Sa victoire contestée à l’élection présidentielle du 19 décembre 1993 marque le retour des affrontements entre ethnies, et de nouvelles tentatives de coups d’État, et la formation de groupes rebelles armés soutenus par le Libéria.
Son voisin du Sud-Est, le Libéria, ancien rêve des philanthropes américains du XIXème siècle, est aujourd’hui à la dérive. Avec seulement 2,3 millions d’habitants – dont un tiers concentré dans la capitale Monrovia -, le Liberia est peuplé d’« Américano-Libériens », descendants d’anciens esclaves transportés dans la région, mais surtout par les ethnies Mandé (Centre, Nord), Krou (Est) et Kissi. L’économie du pays, dévastée par la guerre, repose sur ses grandes ressources en fer. Première république d’Afrique noire créée au en 1847 par des Afro-américains (multipartisme, deux chambres parlementaires), le Liberia a toujours été le théâtre de violences entre immigrés et autochtones.
En 1980, un coup d’État militaire organisé par les descendants d’esclaves (minoritaires mais très riches), a placé le pays sous influence américaine (langue anglaise, monnaie etc.) Une sanglante guerre civile est par la suite déclenchée en 1990 entre plusieurs factions rebelles, organisées sur des bases culturelles et régionales, et le gouvernement intérimaire de l’époque. Etendu au sous-continent, le conflit nécessite l’intervention de la Force ouest-africaine (ECOMOG). Celle-ci n’empêche pas les nombreux massacres et l’appauvrissement d’une population qui ne survit que grâce à l’aide de l’ONU. Après un accord de paix signé en 1993, des institutions de transition devaient préparer des élections en 1994. Mais les combats reprennent. Le pouvoir de Charles Taylor, élu à la tête de l’Etat en 1997, est menacé par le LURD (Union libérienne pour la réconciliation et la démocratie) sorti de ses bases de Guinée en 1999.
Le troisième Etat du Fleuve Mano, situé à l’Ouest du Libéria, est lui aussi né de l’esprit humaniste, britannique cette fois-ci. Et la Sierra Leone est également un Etat en faillite. Avec environ 5,5 millions d’habitants, le pays rassemble deux grands groupes. Minoritaires, les anciens esclaves installés à Freetown, la capitale (formant une communauté appelée « Krios », anglicisée et christianisée), sont dominés par les ethnies de l’intérieur du pays, les Mendés et les Temnés. Par ailleurs, si la Sierra Leone est parmi les pays les plus pauvres au monde, elle possède d’importants gisements diamantifères (dans l’Est). Découverte par les Portugais en 1462, la « Montagne du Lion » a d’abord servi de plate-forme pour la traite des Noirs avant de devenir la terre d’accueil des esclaves américains réfugiés au Royaume-Uni.
Indépendante en 1961, placée au sein du Commonwealth, la Sierra Leone ne réussit pas à pacifier les relations entre « Krios » et Mandé (Mendés et Temnés), ce qui freine la construction nationale et favorise alors les pouvoirs autoritaires. Après le règne de Siaka Stevens (1971-1985), le général Momoh s’empare du pouvoir avant d’être lui-même évincé par le capitaine Valentine Strasser (1992-1996). Malgré une importante rébellion entre 1992 et 1995, les autorités permettent la tenue d’élections et Ahmad Kabbah est élu président en 1996.
Le président essuie deux coups d’Etat, en 1997 et 1999, menés par les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF). Le nombre de victimes dépasse bientôt les 20 000 et près de la moitié de la population a fui les combats vers les pays voisins.
Le 7 juillet 2000, un accord de paix entre le président Kabbah et le RUF annonce un partage du pouvoir et de l’exploitation des diamants.
L’ONU envoie alors six mille Casques bleus (MINUSIL) pour désarmer les rebelles qui, réfractaires, relancent les combats.

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