Le sommet de toutes les rencontres

Le sommet de toutes les rencontres

Même en récusant toute «concurrence» au Maghreb entre l’Europe et les Etats-Unis, comme l’a fait, mercredi dernier, le président français, Jacques Chirac lors d’une conférence de presse, au premier jour de sa visite d’Etat en Tunisie, en souhaitant que l’intérêt de Washington pour la région du Maghreb contribue à son développement, il n’en demeure pas moins important de souligner, que de tels propos n’excluent en rien le fait que les liens du Maghreb avec l’Europe sont marqués par une forte emprise sur les échanges (capitaux, tourisme, migration), attisant la convoitise des Etats-Unis. La visite-éclair de Colin Powell, secrétaire d’Etat américain, dans les trois principaux pays du Maghreb, à savoir la Tunisie, le Maroc et l’Algérie, à la veille du sommet euromaghrébin dit du dialogue 5+5, qui regroupe les trois pays précités en plus de la Libye et de la Mauritanie du côté maghrébin, et les cinq pays européens riverains de la Méditerranée occidentale, c’est-à-dire, l’Espagne, la France, l’Italie, Malte et le Portugal, s’inscrit sans nul doute dans le cadre d’une concurrence stratégique entre les puissances mondiales sur cette région du monde. Cette région qui ne cesse d’avoir de l’importance, en raison de sa position géopolitique, de ses liens avec les grandes puissances et les promesses dont elle est porteuse en ce qui concerne la défense de la paix mondiale. Si la Tunisie accueille, ce 1er Sommet euromaghrébin, consacré à la sécurité et à la coopération en Méditerranée, c’est bien parce qu’elle est le pays qui a le moins de problèmes avec ses voisins. Donc, le plus qualifié dans la conjoncture actuelle à jouer un rôle de médiateur dans le sens de l’édification du Maghreb arabe, d’une part, et la coopération entre cette entité régionale avec la Communauté européenne, le rapprochement et l’entente entre l’ensemble des peuples du bassin méditerranée, d’autre part. Selon des communiqués officiels, l’ordre du jour de ce sommet, qui se tient les 5 et 6 décembre à Tunis, sera consacré à l’examen de questions relatives à la sécurité, la stabilité, la concertation politique, la coopération économique et l’intégration régionale, outre les volets social, culturel. En effet, depuis les attentats de Djerba et de Casablanca la menace terroriste est devenue réelle au Maghreb et ne se limite plus à l’Algérie ; et ce, même si aucune comparaison n’est possible à ce niveau, vu que l’Algérie sombre depuis plus d’une décennie dans une guerre meurtrière qui a fait plus de 150.000 morts. Bien entendu, le terrorisme est devenu un terme régulièrement abordé dans les relations entre les pays du Maghreb avec l’Europe et les autres puissances mondiales, dont en premier lieu les Etats –Unis d’Amérique.. L’autre point non moins important, qui sera largement examiné lors de ce sommet, n’est autre que celui du flux migratoire. Chaque année, plus de 100.000 personnes tentent de traverser le détroit de Gibraltar dont une grande majorité sont des étrangers venus au Maroc à cet effet. Le directeur des services de renseignements militaires italiens (SISMI), Nicolo Pollari, a avancé, récemment , qu’« il y a au moins un à 1,5 million de personnes prêtes potentiellement à quitter le nord de l’Afrique pour gagner l’Europe via le détroit de Sicile ». Face à la gravité de cette situation, l’Europe commence à vouloir prendre des mesures draconiennes pour arrêter le flux migratoire. Les ministres de l’Intérieur des cinq plus grands pays de l’UE (Italie, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne et France) ont discuté le mois d’octobre dernier l’idée de construire « une zone de sécurité » avec la participation de la France, l’Italie et l’Espagne et les pays du Maghreb De son côté, le Maroc a abrité, les 22 et 23 octobre dernier, la 2-ème conférence ministérielle des Etats membres du «Dialogue 5+5» sur la migration en Méditerranée occidentale. Lors de cette rencontre, il a appelé au traitement des flux migratoires à travers une approche globale qui préconise une gestion concertée du mouvement des personnes et un renforcement des échanges humains et qui place la personne humaine au centre des préoccupations. Dans cette optique, les deux Chambres du Parlement ont adopté une nouvelle loi sanctionnant la migration clandestine et illégale. A ces deux volets fondamentaux, ; s’ajoute, évidemment, les questions relevant de la coopération entre les pays précités. Selon un communiqué de l’ambassade de Tunisie à Dakar, le prochain sommet est une occasion pour raffermir la coopération et le dialogue euro-Méditerranée occidentale sur la base «du respect mutuel et d’une perception partagée des défis, en vue de renforcer davantage la confiance et la compréhension mutuelle et de faire de cette région un espace solidaire de paix, de co-prospérité et de stabilité». Aussi, il est probable qu’il y ait une rencontre entre S.M. le Roi Mohammed VI et le président Abdelaziz Bouteflika à l’ordre du jour. Car, sans une entente entre le Maroc et l’Algérie sur la question du Sahara marocain, aucune paix ne sera juste et durable au Maghreb. Mais, faut-il encore que du côté algérien, l’on soit en mesure de transcender les aléas conjoncturels liés à la situation interne du pays et d’aller de l’avant dans l’édification d’un véritable Maghreb des peuples.

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