Le terrible marchand d’épées

La rue T’naker et les ruelles qui l’entourent dans l’ancienne médina à Casablanca ne sont jamais calmes. eIles sont toujours peuplés par les marchands de légumes et de poissons, les détaillants de cigarettes et les enfants qui courent à gauche et à droite. C’est la vie de tous les jours.
Dans un coin, près d’un marchand de légumes, donnant sur la rue des Chleuhs, s’assoit toujours un jeune homme barbu, la trentaine. Devant lui, un carton sur lequel est collée une cartouche vide d’une marque de cigarettes. C’est un détaillant de cigarettes depuis qu’il a été relâché de la prison, après avoir purgé une peine d’emprisonnement de cinq ans ferme pour vol qualifié contre des chauffeurs de taxi. Son prénom commence par un M. Il est connu par sa cruauté et sa méchanceté et personne n’ose le toucher. C’est la personne à éviter.
Jeudi 23 janvier 2003. Vers l’après-midi. La rue est à son état normal quand une bagarre éclate entre M et un voisin, S. Personne ne savait au départ les causes de cette bagarre. Quelques-uns parlent d’un simple malentendu dégénéré en échange d’invectives puis de coups de poings et de pieds avant que que l’on en vienne à l’utilisation de l’arme blanche. D’autres avancent l’hypothèse d’un règlement de compte qui remonte à quelques jours puisque les deux, M et S, étaient des voisins et des amis de quartier qui s’enivraient parfois ensemble. Mais ce qui est sûr, c’est que le détaillant de cigarettes a asséné des coups d’une épée de 67 centimètres de long à son ami S, au point que ce dernier a subi des blessures graves, surtout à la tête et la cuisse gauche.
Le blessé a couru à destination des urgences de l’hôpital Averroès où il a subi les soins nécessaires. A son retour, il était dans la rue de Safi, juste devant la porte du 1ère arrondissement de Casablanca-Anfa, pas plus loin que de quelques centaines de mètres du lieu de la bagarre. Il était 16h quand il y est rentré pour déposer une plainte. Remarquant que les blessures sont graves, le chef de l’arrondissement a donné ses instructions à ses adjoints pour mettre l’agresseur hors d’état de nuire. Seulement, ils ne l’ont pas trouvé. Ils ont rebroussé chemin pour retourner le rechercher le lendemain matin, vers 10h. Il était bel et bien chez lui.
Sa femme, suivi de son beau-père, leur a ouvert la porte et lorsqu’elle a appris qu’il s’agit de policiers qui viennent chercher son mari, elle n’a pas hésité une seconde à pousser violemment l’officier qui vient lui parler le premier. Ce dernier est tombé dans les escaliers pour subir une fracture au niveau de sa cheville. Son mari ne l’a pas laissée seule, il est intervenu avec une épée dans une main et un poignard dans l’autre, les menaçant. A ce moment, il s’est avancé vers un deuxième officier, s’est saisi de lui pour le balancer dans les escaliers lui causant deux fractures au bras droit. Le troisième officier qui a été balancé n’a subi que quelques blessures, avant de maîtriser l’agresseur, sa femme et son père.
Vers 11h, la scène est finie laissant trois blessés, tous des policiers, qui ont été évacués à bord des ambulances vers les urgences de l’hôpital Ibn Rochd.
Pendant ce temps, M, accompagné de sa femme et de son père, a été conduit menotté et à pied vers le commissariat.
Le lendemain, samedi, les habitants de quelques quartiers en ancienne médina faisaient des enchères en parlant de l’arrestation d’un islamiste qui dispose d’épées et qui a résisté aux policiers au point qu’il en a blessé trois.

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