Le tribut d’une candidature rejetée

Une première, c’est ainsi que l’on peut qualifier la plainte déposée par Me Amina Messaoudi Houari, avocate au barreau de Rabat, au nom de sa cliente Amal Ziadi, contre la direction du parti de l’Union Démocratique, en la personne de son président Bouazza Ikken.
Mme Ziadi, membre du Bureau politique de l’UD considère que le rejet de sa candidature aux législatives par la seule volonté du président lui a porté un préjudice moral et financier considérable. « Cela s’est traduit par des pertes financières sèches de ma cliente, son commerce a frôlé la ruine et sa santé est plus que déplorable », note l’avocate.
Au lieu de se contenter des procédures internes d’ordre politique, pour réclamer ses droits, Mme Ziadi a choisi la voie de la justice non pas pour crier à l’incapacité du président à gérer les affaires du parti, mais pour le poursuivre selon la procédure des contrats et des engagements, demandant réparation. La plainte déposée énumère les problèmes rencontrés par Mme Ziadi dans sa vie de partisane, les sommes qu’elle a dépensées pour la bonne marche du parti, le détournement de sa contribution pour le lancement du journal du parti vers un compte personnel, et surtout le refus pur et simple du président de sa demande de candidature aux législatives du 27 septembre alors qu’elle a été déclarée tête de liste nationale…
Le tribunal de première instance de Rabat, qui devra tenir la première audience de cette plainte, mardi 19 novembre, est appelée à statuer sur un cas qui n’est pas courant. Comment le refus d’une candidature peut-il constituer un préjudice financier et moral ? Et le code des obligations et des contrats dans tout cela, est-il valable, alors que les partis restent régis par les dahirs sur les libertés publiques?… « Ce cas fera certainement figure d’une jurisprudence. Nonobstant son caractère politique, que seule ma cliente peut en parler, le bien fondé juridique ne fait pas l’ombre d’un doute. Il faut bien qu’un chef de parti se conforme au corpus juridique en vigueur dans la gestion des affaires du parti. Et puis comment un ancien procureur se permet-il de bafouer de la sorte la loi », dit Me Messaoudi.
Côté réparation, la plaignante réclame la restitution des 20 000 dirhams donnés à titre de contribution pour le journal, 50 000 dirhams que le président lui avait promis de rendre pour ses dépenses lors de la Journée mondiale de la femme et 2 000 000 dirhams à titre de dommages et intérêts. Qui dit mieux ? sûrement pas la direction de l’UD.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *