L’Ebola à nos portes

L’Ebola  à nos portes

«Nous avons pris toutes les mesures nécessaires mais le Maroc n’est pas à l’abri». C’est en substance le message qu’a fait passer le ministre de la santé, El Houssaine Louardi, au sujet du virus Ebola lors de sa rencontre avec les médias mercredi. Avec un ton rassurant mais réaliste, le ministre a expliqué que la procédure entamée par le Maroc comprend 4 types de mesures allant de la prévention, à la sensibilisation, en passant par la gestion des cas suspects ou des cas confirmés.

Les mesures de prévention actuellement en vigueur pour empêcher l’introduction du virus au Maroc sont surtout mises en place dans les aéroports, les ports et les régions frontalières (notamment à Guergarate, à la frontière avec la Mauritanie). «Les voyageurs peuvent ne pas le remarquer, mais nous opérons un suivi à distance via des caméras infrarouges installées dans les avions de la Royal Air Maroc, dans les aéroports et dans tout endroit susceptible de recevoir des personnes arrivant de pays touchés par l’épidémie», a déclaré le ministre. Les 26 avions hebdomadaires arrivant de pays africains, dont 3 de pays comportant des foyers épidémiques (Guinée-Bissau, Sierra Leone et Liberia) font l’objet de contrôles minutieux. Les voyageurs ayant emprunté ces vols, dont le nombre est autour de 36 chaque semaine, font l’objet de test, notamment de prise de température et sont même «traqués» par le ministère de la santé durant le début de leur séjour au Maroc. «Nous suivons ces personnes de près lorsqu’elles sont au Maroc (…) Vous devez comprendre que le problème avec le virus Ebola, c’est que c’est un virus trompeur. Sa période d’incubation peut varier entre 1 et 21 jours. Cela veut dire qu’une personne peut porter le virus pendant 21 jours sans présenter aucun symptôme», a déclaré le ministre.

Lorsqu’un cas de contamination par le virus est suspecté, des tests sont immédiatement effectués dans l’un des quatre laboratoires équipés à cet effet: le laboratoire de l’institut Pasteur à Casablanca, ceux des hôpitaux militaires de Rabat et Guelmim et celui de la gendarmerie royale. Le ministre de la santé a également tenu à expliquer que «même si le virus réussit à entrer au Maroc, il n’y aura pas d’épidémie, les cas seront contenus parce que nous n’avons pas de foyer épidémique».  

Parmi les mesures citées par le ministre, certaines sont relatives aux ressortissants des pays touchés vivant au Maroc. Si ceux-ci ont récemment visité leurs pays d’origine, leurs enfants ne peuvent être admis dans les écoles marocaines qu’après plus de 21 jours et avec un accord délivré par le ministère de la santé. Dissipant toute confusion, El Houssaine Louardi a néanmoins tenu à préciser que l’Ebola n’avait «rien à voir avec les ressortissants subsahariens» et que ce genre d’idées ne faisait qu’alimenter la polémique.

S’agissant de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations de football (CAN), Louardi s’est voulu intransigeant. «Notre rôle est de protéger les Marocains(…) le football n’est en fin de compte qu’un jeu, ce virus met des vies en danger», a-t-il affirmé, ajoutant qu’il n’acceptera pas de mettre la vie d’aucun Marocain en danger. Le ministre a également rappelé que l’Organisation mondiale de la santé mettait clairement en garde contre les groupements surtout lorsque des personnes arrivant de pays touchés par l’épidémie sont présentes.

«Nous arrivons aujourd’hui à gérer les 36 personnes qui nous arrivent chaque semaine de ces pays, la Confédération africaine de football (CAF) table sur 1 million de spectateurs durant cette compétition. Comment est-ce que vous imaginez que le Maroc va gérer ça?» a-t-il ajouté, expliquant que la tâche est extrêmement difficile.

Questionné sur ses prévisions quant à la question de l’organisation de la CAN, Louardi a déclaré que son département avait rempli son rôle en recommandant au gouvernement le report de la compétition, «toutefois, personnellement, je pense que la CAF ne voudra pas mettre toutes ces vies en danger et finira par prendre une position raisonnable», a-t-il ajouté.

La médecine d’urgence et la santé mentale: Deux priorités de Louardi

Dans l’énorme chantier qu’est le secteur de la santé au Maroc, certains axes sont prioritaires pour le ministère de tutelle. La médecine d’urgence en fait partie. «Les services des Urgences posaient un réel problème dans les hôpitaux au Maroc et nous devions prendre des mesures pressantes», a déclaré le ministre de la santé, El Houssaine Louardi, durant la conférence de presse tenue hier. Usant de l’exemple des accidents de la route, Louardi a évoqué sur des chiffres du ministère de l’équipement qui attestent que 76% jusqu’à 80% des décès suite à des accidents surviennent sur place ou pendant le trajet vers l’hôpital. Le ministre a ainsi expliqué que les efforts de son département se concentraient sur l’équipement des moyens de transport en urgence. Précisant que deux hélicoptères de plus sont opérationnels en 2014, le ministre a tout de même déclaré que le problème des urgences était plus lié à la gestion et aux ressources humaines qu’aux moyens financiers.
La santé mentale est également l’un des axes prioritaires pour le ministère de la santé. «Il faut arrêter de stigmatiser les personnes souffrant de troubles mentaux», a déclaré le ministre, tout en évoquant sur le bilan en infrastructures dans le secteur. Il a ainsi rappelé les 120 lits dont dispose le tout nouveau CHU d’Oujda pour le service de psychiatrie, la mise en place d’un Centre psychothérapeutique du jour fin décembre à Marrakech et les travaux en cours pour la construction d’un hôpital psychiatrique pouvant accueillir 120 malades à Kelaât Sraghna.

Un renouveau pour la formation aux métiers de la santé

La formation des professionnels de la santé connaît une réelle réforme, notamment en ce qui concerne le domaine paramédical. L’Institut de formation aux carrières de santé, qui forme les infirmiers, kinésithérapeutes et autres métiers des professionnels de la santé, a ainsi adopté le système Licence Master Doctorat (LMD) et est devenu l’Institut supérieur des professions infirmières et techniques de santé (ISPITS). Similairement, l’Institut national d’administration sanitaire (INAS) est devenu l’Ecole nationale de santé publique (ENSP). Ce passage a été accompagné d’une augmentation du nombre d’étudiants formés aux études paramédicales de près de 77%. El Houssaine Louardi a également précisé que le nombre de postes budgétaires avait, lui aussi, augmenté, arrivant à 4.000. Un nombre qui, selon lui, reste néanmoins insuffisant. Autre évolution notable à ce sujet, la régionalisation des concours de recrutement pour les professions paramédicales: en 2014, au lieu d’un concours national, les lauréats de ces instituts ont pu passer des concours régionaux, leur permettant de choisir la région où ils seront embauchés.

 

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