L’emancipation de la femme, enjeu majeur de la société

Aujourd’hui Le Maroc : Le 8 mars de chaque année, tous les projecteurs sont braqués sur la question de la femme. A cette occasion, quel bilan faites-vous des actions entreprises jusqu’à présent dans ce sens ?
Nouzha Skalli : Le premier des progrès qui saute aux yeux des « vieilles » militantes féministes que nous sommes, c’est l’immense intérêt qui est porté aujourd’hui à la condition féminine. C’est clair qu’il y a une prise de conscience importante que la question des femmes constitue un enjeu majeur de société qui interpelle fortement tous ceux et celles qui espèrent contribuer à construire un Maroc de progrès de démocratie, de modernité et de développement durable. A première vue, le projet de plan d’action pour l’intégration des femmes au développement a constitué un rendez vous manqué avec le progrès pour les droits des femmes et par conséquent pour toute la société.
Mais la bataille autour du plan d’action a constitué une occasion de renforcement et de maturation du mouvement pour les droits des femmes et a permis d’élargir les champs de la militance en faveur des femmes. Aujourd’hui de larges pans de la société ont été davantage sensibilisés à la réalité des problèmes féminins et sont tout à fait réceptifs et favorables à l’idée de réformes profondes en faveur des femmes. Cela ne signifie pas pour autant que le courant conservateur ait baissé les bras.
A propos de la «Moudawana», êtes-vous, en tant que militante associative, satisfaite de la révision en marche actuellement ?
La réforme de la Moudawana a été confiée à une commission consultative constituée par S.M. le Roi. Cette nomination a fait suite à l’accueil réservé par le Souverain à une quarantaine de femmes militantes représentant les partis politiques et les associations féminines à la veille du 8 mars 2000, autrement dit à l’occasion d’une journée qui symbolise la lutte des femmes pour leurs droits légitimes. Cette commission, où siègent trois femmes sur un ensemble de 15 membres a procédé à une large concertation avec les différentes composantes du mouvement pour les droits des femmes. Le mouvement féminin a exprimé une inquiétude légitime quant à la lenteur avec laquelle progresse le travail de ladite commission. Cela fera bientôt un an que la commission travaille. Il est urgent que les réformes attendues voient le jour car des milliers de femmes pâtissent quotidiennement et vivent des injustices et des drames car leurs droits sont bafoués par des lois iniques et inadaptées aux conditions actuelles de notre société.
A l’occasion de cette Journée mondiale de la femme, comment aimeriez-vous voir la situation de la femme marocaine dans le proche avenir, dans un contexte où les traditions, la religion et la mentalité de la société dominent encore ?
Nous sommes nombreux, hommes et femmes au Maroc, qui aspirons à voir évoluer notre pays vers la démocratie et l’Etat de droit. La mentalité dont vous parlez est conditionnée par les traditions, la religion et la culture d’une façon générale. Mais les lois contribuent à forger ces mentalités et jouent également un rôle décisif à côté de l’éducation pour les faire évoluer. Si la loi par exemple, n’interdit pas à un homme de battre sa femme et qu’elle ne le punit pas s’il se montre violent, comment cet homme-là peut-il évoluer et intégrer qu’il est « mal » (et non pas mâle) de battre sa femme. Le Maroc actuel a beaucoup de mal à trouver la voie de la démocratie et du développement durable. La situation des femmes et les conséquences de ce déficit en droit se répercutent sur les enfants et par conséquent sur les jeunes et les adultes y sont pour beaucoup. Je pense sincèrement que notre pays dans toutes ses composantes a beaucoup à gagner d’une mise à niveau de la situation des femmes. Des progrès se sont manifestés dans le domaine de la participation des femmes à la prise de décision politique. Les partis politiques démocratiques ont réalisé un progrès important en ouvrant leurs portes aux femmes . La proposition du gouvernement en matière de quotas aux élections constitue un premier pas pour une entrée des femmes à l’instance législative. Mon voeu est de voir ces acquis consolidés et élargis. Ce ne sont pas les femmes qui en auraient le bénéfice, mais le Maroc tout entier qui en sortira grandi.

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