L’enfance assassinée

L’enfance assassinée

Se venger en tuant l’innocence ? C’est aberrant. Mais c’est ce qui est arrivé, dernièrement, à Fès. Au départ, c’est une dispute entre Zahra et Fatima, deux voisines. Durant des années, elles étaient tellement unies que leur relation, qui semblait bien soudée, suscitait la jalousie des autres voisines du quartier. Seulement, le soleil a laissé place à l’orage. C’est ce qui est arrivé à cette belle relation. La raison n’est autre qu’un malentendu, disent les uns, tandis que d’autres avancent la jalousie pour explication. Mais rien n’est certain. Car, aucune raison n’était assez convaincante pour justifier ce brusque changement d’attitude, nourri, jour après jour, par le mépris et la haine au point que l’une ne supporte plus de voir ou croiser l’autre sur son chemin et ne peut plus entendre le nom de l’autre. Tous les voisins étaient au courant. Mais personne n’est intervenu pour les raisonner, les rapprocher et les convaincre qu’il ne s’agit que d’un malentendu futile, qui ne mérite pas d’en arriver là. Au lieu de cela, la médisance allait bon train. Les jours passaient sans rien changer. Et le coeur de Zahra brûlait de haine. Elle ne peut plus supporter de voir son amie d’hier et ennemie d’aujourd’hui vivre sa vie sans problèmes, calme et tranquille. Elle ne supportait plus de voir ce sourire qui illuminait son visage. Chaque fois qu’elle la croisait sur son chemin, elle sentait l’animosité la brûler de l’intérieur. «Il me faut lui rendre la vie noire, sans goût», s’est-elle dit. Mais comment ? s’interroge-t-elle. La haine peut-elle à ce point la métamorphoser en une personne sans pitié ? Puis, elle a décidé de passer à l’acte. Par quel moyen ? C’est une question qui lui a hanté l’esprit durant toute une nuit pour arriver à la solution. Le seul moyen de détruire la vie d’une mère est de porter atteinte à l’un de ses enfants, a-t-elle pensé. Et elle a décidé de tuer l’un des enfants de son ennemie. Pour cela, elle a acheté à quelques dirhams la «takkaout», un produit disponible à bas prix chez les herboristes et utilisé le plus souvent par les désespérés qui veulent se suicider. Zahra a préparé un verre de lait où elle avait dissous de la «takkaout» et elle l’a donné à boire à un chat qui est mort sur-le-champ. Convaincue de l’efficacité du produit, elle a aussitôt commencé à guetter l’occasion opportune pour exécuter son crime. Dernièrement, elle a aperçu vers 9h du matin, Hamza, le fils de Fatima, âgé de 4 ans, qui passait près de chez elle. Elle l’a appelé. Avec son innocence enfantine, il l’a rejointe. «Tu veux jouer avec mon fils ? », lui a-t-elle demandé. Hamza n’a pas refusé. Il était plein de joie et il a avancé vers l’intérieur de la maison. Aussitôt, Zahra est entrée dans la cuisine pour lui apporter un verre de lait. Elle y a ajouté «takkaout». « Tiens mon enfant », lui a-t-elle dit. L’enfant a pris le verre et il a commencé à boire le lait à petites gorgées, en souriant. Après quoi, elle lui a demandé de rentrer chez lui. Une fois à la maison, Fatima a remarqué que son fils se sentait mal, se plaignant de violents maux d’estomac. Evacué à l’hôpital, il a rendu l’âme quelques heures plus tard. Le médecin qui l’a ausculté a attesté que l’enfant était mort après avoir bu de la «takkaout». Les témoignages ont attesté que Hamza était chez l’ennemie de sa mère. L’enquête policière est arrivée à élucider l’affaire en concluant que Zahra était l’auteur de ce crime atroce.

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