L’enfance assassinée

Chambre criminelle près la Cour d’appel de Settat. La salle d’audience est archicomble. La majorité de l’assistance vient assister au procès d’Aïcha, 39 ans, mère de trois enfants. Elle est soutenue par des voisins, bien que son crime soit abominable. Ils disent qu’elle est une brave femme jouissant d’une bonne réputation. Ils savent aussi qu’elle est très nerveuse. Elle s’emporte pour la moindre raison. Elle reconnaît, elle-même, son défaut. Mais, elle n’y peut rien. C’est un comportement qu’elle a depuis son enfance, notamment après la répudiation de sa mère. Elle avait quatre ans et elle est restée à la charge de son père. Ce dernier s’est remarié une année plus tard. Privée de tendresse et d’affection, Aïcha ne savait plus à qui se confier. Sa mère ? Son père l’empêchait de la voir, bien qu’il l’ait placée comme domestique chez sa belle-mère. Aïcha se souvient du comportement de cette dernière. Elle lui réservait des séances de fouet à n’importe quel moment et pour la moindre raison; elle ne la laissait pas dormir avant qu’elle n’achève toutes les tâches du foyer. Elle a enduré ce calvaire jusqu’à ce qu’elle se décide enfin à aller chez sa mère. Quelques années plus tard, elle rejoint sa tante à Tanger qui lui a trouvé un boulot dans une pâtisserie. Là, elle a séduit un jeune homme, originaire de Settat, qui était en visite dans cette ville du Détroit. Le jeune homme, un prénommé Mohamed, lui a demandé de l’épouser. Mohamed n’a pas perdu son temps pour aller chez sa mère à Berrechid et la demander en mariage. Tout s’est vite passé. Aïcha a rejoint le foyer de Mohamed à Settat. Une belle vie a commencé sous le même toit qui a été égayé au fil des années par deux garçons et une fille. «Tu es accusée de coups et blessures ayant entraîné la mort de Hasna…», lui rappelle le président de la Cour. Aïcha fond en larmes. Elle ne sait quoi répondre. Qui est d’abord Hasna ? Elle est issue d’une famille indigente, demeurant dans une localité de Kelaât Sraghna. Elle n’a jamais été à l’école. À l’âge de sept ans elle a été confiée à une famille casablancaise comme bonne contre une somme dérisoire de 300 dirhams/ mois. Plus tard, elle est retournée chez elle pour être confiée cette fois à Aïcha. Certes, elle la traitait comme ses trois enfants. Sauf qu’elle s’emporte chaque fois que Hasna ne répond pas à son attente. Aïcha n’hésite pas à lui administrer des coups de fouet. Hasna finit par tomber malade. Aïcha n’a pas alerté sa famille; elle l’a gardée chez elle en attendant que sa santé s’améliore. Seulement, son état de santé empirait de jour en jour, ce qui a nécessité son transfert chez un médecin. Ce dernier lui a prescrit des médicaments que Aïcha a achetés. Hasna a avalé les comprimés, mais refusé les suppositoires, raison pour laquelle Aïcha s’est énervée et a cogné la tête de Hasna contre le mur. Hasna a perdu aussitôt conscience pour rendre l’âme quelque temps après. Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ? la conclusion du rapport médico-légal affirme que le crâne de Hasna a été fracassé. Ce qui lui a causé une hémorragie cérébrale et provoqué sa mort. Aïcha n’a rien nié et la Cour l’a jugée coupable et condamnée à 20 ans de réclusion criminelle.

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