Les chroniques Marocaines

Du troisième étage d’un immeuble sis à la place Alaouites, à Rabat, Stephen Hughes voit défiler l’histoire contemporaine du Maroc, du bout de son stylo de journaliste et de son regard de témoin des évènements. Depuis un demi-siècle, il rapporte ce qu’il a vu et entendu. «On m’a appris que le lecteur avait très peu à faire de mon opinion personnelle. Le journaliste ne juge pas, il rapporte des faits et seulement des faits», dit-il avec son délicieux accent britannique en soulignant qu’à l’agence de presse Reuters, où il a pendant longtemps exercé comme correspondant au Maroc, certains adjectifs sont absolument bannis, «car susceptibles d’être porteurs de jugement de valeur». De ce qu’il vu et entendu, Stephen Hughes a publié un livre, «Morocco under King Hassan». Une chronique des événements, rédigée en anglais et dont la traduction en français est à paraître prochainement aux éditions Du Rocher- que le journaliste a observé et vécu à travers les acteurs de l’histoire du Maroc. En un peu moins de 400 pages, cet indigène celte, berbère britannique, comme il se plaît à se qualifier avec un humour grinçant, -«mon père est gallois, ma mère est irlandaise et je suis né en Grande-Bretagne par accident»- le Maroc défile. L’exil de Mohammed V, le mouvement de résistance, le retour de la famille royale, la guerre maroco-algérienne, Benbarka, Oufkir, la Marche Verte, etc, les chapitres livrent des tranches de l’histoire d’un pays qui continue de coller à la peau d’un correspondant étranger qui a débarqué au Maroc un matin de l’été 1952 pour ne plus jamais le quitter. « Ce livre n’est pas une autobiographie ou des mémoires personnelles. Ce sont des évènements que j’ai couverts en tant que journaliste ». A travers ces couvertures d’une actualité chaude, le journaliste est plus que jamais historien de l’instant, témoin de son temps, observateur des acteurs et des événements que les pages de l’Histoire, celle qui s’écrit toujours avec un grand H, rapporteront. Stephen Hughes-Steve pour tous ces amis et ils sont très nombreux- est de ceux là. Le journaliste qui, après 55 ans de métier, vit l’information comme un drogue- a publié une sorte de journal du Maroc sous le règne du Roi défunt Hassan II. Des faits, toujours des faits, pour donner des clés de compréhension au lecteur. Alors S. Hughes, celui qui sera le premier journaliste à donner le scoop mondial selon lequel Hassan II, avait échappé au coup d’Etat de Skhirat –«alors que la radio marocaine diffusait en boucle de la musique militaire, Radio Tanger en reprenant ma dépêche Reuters annonçait que Hassan II était vivant-, se souvient-il avec beaucoup de fierté- remonte le temps mais aussi le fil de sa carrière : les procès politiques, celui de Dlimi et Oufkir après l’enlèvement à Paris de Mehdi Benbarka, (ce chapitre consacré à la disparition du leader de l’UNFP est plus développé dans la traduction française de l’ouvrage), la Marche Verte. «C’est ce dernier événements qui est à mes yeux le plus important. A l’occasion de la Marche Verte, le peuple, les partis, les syndicats se sont ralliés autour du Roi. Ce n’était pas un coup de poker mais un coup de génie. La paix politique s’est installée et cela dure depuis un quart de siècle». Stephen Hughes est un inconditionnel de l’info. Et même quand il évoque sa date de naissance, l’info n’est jamais loin. «Je suis né le jour de la mort de Lénine et je suis l’aîné de deux mois de Abderrahmane Youssoufi».

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