Les courtiers de la campagne électorale

Le terrain est chaud à l’approche des élections législatives. Un bon nombre de mercenaires et d’escrocs font sortir leurs griffes et leur savoir-faire. Leurs griffes puisque les proies ne manquent pas et l’occasion ne se présente qu’une fois tous les cinq ans. Le plus intelligent est celui qui arrive à tirer le plus de gain possible. Leur savoir est de vendre le produit « candidat » à la population et de le monnayer en faisant comprendre aux prétendus candidats sans assises populaires qu’ils ont leur mot à dire parmi leurs voisins et dans l’ensemble du village ou de la tribu.
Ce phénomène frappant dans la campagne et les quartiers pauvres fait des espaces de négoce son terrain d’action. Dans les temps qui courent, les souks hebdomadaires commencent à s’animer d’une façon vertigineuse et les futurs candidats sont faciles à repérer, puisqu’ils ont presque tous le même profil et les mêmes signaux d’exhibition : voiture de luxe, élégance, téléphone portable en main et surtout le sourire au visage. Dès l’arrivée de l’un d’eux, les courtiers professionnels lui tendent la main et l’entourent.
A l’ordre du jour, la propagande et la bouffe. Les vendeurs ambulants de viande hachée s’approvisionnent en grande quantité, les bouchers de souk égorgent plus de vaches, de taureaux, que d’agneaux. C’est la viande hachée qui tient le monopole en ces circonstances. Les patrons des cafés, qui rarement à la compagne ont l’habitude de servir des jus, rendent visite au marché de gros pour s’approvisionner eux aussi en bananes, pommes, avocats, oranges et autres fruits. Le client devient exigeant. Le café, le thé, la limonade sont des boissons reléguées au dernier plan. On fait le tour des tables pour bien entendre l’interlocuteur, le futur parlementaire. Les tables sont garnies de jus. Les meneurs de la compagne électorale doivent prendre des vitamines pour parcourir les douars, les tribus. Il faut que l’ami de lutte soit en bonne et parfaite forme.
La réussite est avancée. Et on fait comprendre déjà que le candidat au Parlement est censé les quitter pour les laisser accomplir leur mission. Sa présence, disent-ils, pourrait tourner au vinaigre au cas où d’autres candidats arrivent. Si un deuxième candidat se pointe à l’horizon, on le reconnaît facilement. Il n’est pas de la région, il cherche des partenaires, on l’accueille avec le même protocole que son précédent et avec les mêmes attitudes. Ainsi du jour au soir, l’on assiste aux mêmes scénarios dans tous les souks hebdomadaires pendant cette période de pré-compagne électorale. Mais dès le quatorze septembre, tout le monde sera appelé à passer à une seconde vitesse, et les courtiers et les candidats ainsi que les agents de l’autorité.

• Lahcen Meddas
Correspondance régionale

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