«Les députés ne vont pas changer le monde»

Aujourd’hui le Maroc : Vous êtes connu pour votre passion pour l’économie. Aujourd’hui, vous portez un intérêt à la politique…
Lahcen Mouzouni : Je ne me rappelle pas avoir été un jour a-politique. J.P Sartre l’a déjà dit. Choisir de ne pas choisir, c’est encore faire un choix. La politique est vécue de deux manières au Maroc. Ceux qui la pratiquent par le verbe et ceux qui la pratiquent par l’action. Par le verbe, les Marocains expriment leur intérêt, leur façon de voir le monde et les gens mais boudent les partis et les urnes car ne croyant ni en les institutions ni en les politiques. Par l’action, l’autre catégorie des Marocains, massivement présents dans toutes les organisations, aspire au changement en le préparant et en y participant. J’ai suivi presque le même parcours et je me trouve aujourd’hui à la station du changement. La pratique de la politique reste un exercice intellectuel si elle ne vise pas à changer les conditions sociales et politiques, à participer au débat d’idées et préparer le Maroc de demain.
Comment expliquez-vous votre choix d’adhérer au Parti Socialiste Démocratique ?
Pour au moins trois raisons. C’est un groupe d’intellectuels qui le 13 septembre 1996 ont compris le sens de l’histoire et ont pris la décision de créer une nouvelle mouvance de la gauche plurielle au Maroc. Par cet acte douloureux et téméraire en même temps, ils ont anticipé le Maroc d’aujourd’hui. Aussi, le choix de la pensée socialiste est décisif. C’est elle qui répond le mieux, à mon avis, aux spécificités de la culture marocaine. Elle est à mi-chemin d’un libéralisme hybride, déshumanisé et d’un socialisme anachronique. Enfin, dans sa forme actuelle, le parti est une structure souple, ouverte, non clanique acceptant les nouvelles sensibilités et les nouvelles idées. C’est une plate-forme idéale pour tous les Marocains qui pratiquent la vie politique comme une force de propositions, de projets et d’idées.
Quelles ont été vos motivations pour prendre part aux élections?
Le Maroc moderne et celui de demain n’est viable que par des institutions crédibles. Nous avons tous l’obligation de participer à leur mise en place, à leur adaptation et à leur pérennité. La politique de l’autruche est inacceptable car elle favorise le retour du dogmatisme. Il ne faut pas être idéaliste. Les parlementaires ne vont pas changer le monde, encore moins résoudre tous les problèmes en suspens. Par contre, ils confirment la démocratie. Or, la démocratie ne se décrète pas. Elle est d’abord et avant tout une attitude mentale d’un groupe donnée. Elle passe par l’enseignement et l’apprentissage. D’où l’immensité du travail pédagogique qui doit être fait en profondeur.
Il s’agit aujourd’hui de former une nouvelle génération respectueuse des valeurs universelles et ayant comme credo le débat d’idées à l’intérieur d’institutions bien établies. Si le Parlement peut apporter en plus un bien-être au citoyen, c’est un plus. La priorité pour moi se situe au niveau de l’avènement d’une nouvelle génération.

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