Les écumeurs de poubelles

Les écumeurs des poubelles et des points noirs à Casablanca. Un autre phénomène de société. Tôt le matin et tard le soir, des enfants et des adultes, portant des habits complètement maculés, exposés aux multiples vicissitudes, arpentent les rues et les ruelles de la capitale économique et fouillent les moindres poubelles et les petits points noirs. Ils passent des heures à fouiner minutieusement le moindre sac en plastique contenant quelque chose qui pourrait rapporter. Ils ne soucient pas des passants qui les regardent, toujours concentrés sur leur «travail». Les uns cherchent uniquement les objets en plastique et des boîtes de conserve, les autres visent des morceaux de carton ou des bouteilles en verre, etc.
L’essentiel est que l’objet déniché peut être revendu dans le marché aux puces ou à des marchands de ferraille, en contrepartie de quelques sous leur permettant de subvenir au minimum vital.
Certains sont responsables de toute une famille. D’autres ne s’intéressent qu’aux restes des légumes et fruits qu’ils ramassent pour leurs bêtes qui n’ont plus rien à manger. Ces écumeurs sont victimes de la pauvreté, de l’analphabétisme ou de la dislocation de la cellule familiale. Le phénomène en question est apparu à cause des années consécutives de sécheresse. La pauvreté et le vide absolu ont poussé les habitants de la périphérie et des bidonvilles à se lancer dans cette nouvelle «activité» pour survivre. C’est ainsi que s’est répandu ce nouveau «gagne-pain» grâce aux restes des plus chanceux dans la ville. El Mehdi, 46 ans, responsable d’une famille de sept membres, à Hay Mohammadi, souligne que depuis plus de deux ans qu’il fouille les poubelles et les petits points noirs dans ce quartier mythique. «Un tour, le matin et tard le soir, me permet de récupérer certains objets que je lave avant de les revendre à des marchands de ferraille.
Au début, je transportais le tout sur mon dos, mais par la suite je me suis procuré cette charrette. Je n’ai pas le choix pour subvenir aux besoins de ma famille. Avant, je travaillais comme ouvrier dans la construction, mais aujourd’hui je ne peux plus exercer des travaux qui demandent beaucoup d’efforts physiques». Des cas comme El Mehdi sont légion. On les rencontre tous les jours dans les rues et parfois même dans les grands boulevards de la métropole avec leurs petites charrettes qu’ils tirent eux-mêmes. Un spectacle pitoyable. Ils connaissent très bien le terrain et savent parfaitement les endroits des poubelles pouvant contenir les objets recherchés. Les plus anciens utilisent des gants pour se protéger, les jeunes, notamment les enfants furètent les poubelles avec leurs propres mains sans aucune protection contre les saletés. Chacun connaît son secteur. Des fois, des altercations sont provoquées lorsque l’un d’eux dépasse ses «frontières» pour aller piocher dans le secteur d’un autre. La grande décharge publique sur la route de Médiouna a ses propres écumeurs. Ces derniers sont de grands professionnels en la matière. Ils ne permettent pas aux autres d’y accéder. Il faut dire que le phénomène est en passe de devenir une profession de cette frange de la société.

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