«Les équilibres financiers menacés»

«Les équilibres financiers menacés»

ALM : Quel regard portez-vous sur l’évolution des systèmes de retraite au Maroc ?
Jaouad Tadlaoui : Il est indéniable que les caisses de retraite créées au Maroc, qu’elles soient destinées aux travailleurs du secteur public ou du secteur privé, ont rempli leur mission sociale consistant à assurer à leurs bénéficiaires un revenu de substitution au salaire durant la période de retraite. Néanmoins, le système de retraite, en vigueur actuellement au Maroc, comporte quelques faiblesses liées notamment aux équilibres financiers à long terme, au manque d’harmonisation entre les différents régimes existants, à la faiblesse quantitative de la population couverte et à l’absence d’une stratégie globale en matière de retraite au Maroc. Mais on a enregistré avec satisfaction la prise de conscience au plus haut niveau des décideurs, de la nécessité d’entreprendre une réforme de l’ensemble du dispositif de retraite au Maroc. Preuve en est l’initiative prise par la Primature d’organiser, en décembre 2003 un colloque traitant de la problématique de la retraite, avec la participation des partenaires sociaux, des départements ministériels concernés, des responsables des différentes Caisses de retraite, et d’institutions internationales dont la Banque mondiale.
Les travaux menés dans le cadre de ce colloque ont débouché sur la création d’une Commission  nationale présidée par le chef du gouvernement, et dans laquelle siègent outre les représentants de plusieurs ministères, des organisations patronales et syndicales. Une deuxième commission dite «technique» a été mise en place, et a pour mission de proposer des scénarii de réforme après avoir établi le diagnostic des différentes Caisses de retraite, qui font également partie de cette commission,  et en avoir fixé les termes de référence. Deux préoccupations majeures  soutiennent les réformes proposées, à savoir l’extension de la couverture à une large population de travailleurs et la fixation d’un taux objectif convenable et équitable de remplacement du dernier salaire.
A ce propos, il convient de préciser qu’actuellement au niveau du secteur privé, 21 % de la population active bénéficient d’une couverture retraite de base, soit le taux le plus bas dans la région du MENA. Parmi cette population, 15 % seulement sont affiliés à la retraite complémentaire de la CIMR. C’est dire le risque de précarité après la cessation d’activité qui plane sur une large frange de la population.

Comment favoriser le passage d’un système basé essentiellement sur la solidarité vers un système de retraite complété par la responsabilité individuelle ?
En l’état actuel d’avancement des travaux de la commission, il est prématuré de préjuger de la technique de gestion qui sera retenue, mais à notre avis, un système de retraite de base obligatoire fondé sur le principe de solidarité et susceptible d’assurer un revenu minimum à l’ensemble des retraités est incontournable, compte tenu du phénomène de « myopie » en matière d’épargne-retraite au Maroc. Un deuxième principe mérite à notre sens d’être observé, il s’agit de l’équité qui veut que chaque salarié retrouve en terme d’allocation de retraite l’équivalent de son effort contributif. Le principe peut être assuré par un deuxième palier obligatoire, et complémentaire au régime de base. Quant à la responsabilité individuelle que vous avez invoquée, elle interviendrait dans le cadre d’un troisième palier sous forme d’épargne retraite facultative gérée en capitalisation par les compagnies d’assurances.

Pensez-vous que la Caisse est prête à ce changement ?
Grâce aux mesures décidées dans le cadre d’une réforme en profondeur de son régime de retraite, entrées en vigueur au début de l’année 2003, la CIMR a pu asseoir sa pérennité sur le long terme. Mieux encore, les bilans actuariels établis par la CIMR ces trois dernières années, ont montré une amélioration constante comparativement aux prévisions. Forte de la solidité de son régime et de son système de gouvernance, la CIMR envisage sereinement la réforme, à laquelle elle participe activement, animée par le souci de rechercher les solutions qui correspondent le mieux à l’intérêt général.

Quelles mesures ont été prises pour encourager d’avantage de bénéficiaires à adhérer au système complémentaire de la CIMR ?
Il convient de rappeler tout d’abord que la CIMR est une institution à but non lucratif, et partant, la recherche de nouveaux adhérents et affiliés procède de sa volonté clairement affichée de remplir pleinement sa vocation sociale, en étendant sa couverture à une large couche de la population salariée. A cet effet, la CIMR privilégie le développement d’une communication axée sur l’information et la sensibilisation à l’importance cruciale de la retraite complémentaire. C’est ainsi qu’en partenariat avec la chaîne de télévision 2M, nous avons diffusé à deux reprises une vingtaine de capsules d’information sur la retraite, qui ont eu un échos très favorable. Nous organisons également des rencontres régulières avec les entreprises, soit individuellement à travers nos conseillers spécialement formés à cet effet, soit collectivement dans le cadre de séminaires d’information.
D’un autre côté, la nouvelle organisation introduite au début de l’année en cours traduit la volonté de la CIMR d’être plus proche des préoccupations du client, avec la mise en place, notamment, d’une agence centrale, d’une implantation régionale et d’un service clients. Par ailleurs, la CIMR a étoffé sur les plans tant qualitatif que quantitatif les informations fournies à ses affiliés. C’est le cas notamment du relevé de points qui dorénavant est plus détaillé, et fait ressortir l’estimation de la pension à 60 ans. De même, des bulletins d’information sont diffusés à intervalles réguliers à nos affiliés et à nos adhérents.

Quels sont les produits qui leur sont destinés ?
Concernant les produits proposés par la CIMR, ils sont très variés et permettent de répondre aux besoins et spécificités de toutes les catégories des bénéficiaires et de leurs employeurs.
Le produit-phare demeure bien entendu le régime de retraite normal, qui offre un éventail de possibilités et de choix en termes de taux de contributions et de leur évolution dans le temps. Ce régime est ouvert à toutes les entreprises qui ont à partir de trois salariés. Compte tenu du niveau du plafond de son assiette de cotisation, qui est de 1.025.240 DH par an, il permet à la majorité des affiliés d’être couverts sur la totalité de leur salaire, et constitue, pour une large partie d’entre eux, l’essentiel de leur revenu à la retraite.
La CIMR propose aussi un régime de retraite dit complémentaire, s’adressant aux affiliés cotisant au taux le plus élevé au titre du régime normal, désireux d’améliorer davantage le niveau de leur pension potentielle. Cette amélioration peut atteindre plus de 33%. Un autre produit mérite d’être signalé, il s’agit d’un régime de retraite qui permet aux salariés qui le désirent de partir en retraite à l’âge de 55 ans au lieu de 60 ans, tout en bénéficiant de l’intégralité de leurs droits.
Il peut aussi être utilisé comme moyen de booster  la pension de retraite puisqu’il donne lieu en cas de départ à 60 ans, à une bonification de 39% de la pension. La combinaison des deux précédents régimes est à même de générer une amélioration de la pension de retraite de plus de 72%. Enfin, la CIMR offre à ses affiliés la possibilité de valider les services passés non couverts, par le truchement d’un rachat de ses services, et ce dans le cadre des régimes normal et complémentaire et à 55 ans sans anticipation.

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