Les grandes interviews d’ALM : «Le Maroc a besoin d’un sursaut patriotique»

Les grandes interviews d’ALM : «Le Maroc a besoin d’un sursaut patriotique»

ALM : Vous venez de clore la quatrième édition du programme «Vacances pour tous». En êtes-vous satisfait ?
Mohamed El Gahs : Absolument. Au moment où l’on est en train de faire cet entretien, on vient de boucler la quatrième édition de ce programme qui a bénéficié à plus de 200.000 jeunes de tous les âges, des adolescents, des enfants qui ont vécu des vacances à travers toutes les régions du pays et dans des conditions pédagogiques, artistiques d’un niveau plus que satisfaisant. Il est clair qu’enregistrer un tel exploit est source de satisfaction et de fierté non pas uniquement pour le ministre ou la personne qui a la charge de mener à bien cette opération, mais pour l’Etat, la société et tous les gens qui ont participé à cette œuvre d’éducation populaire.

Le programme «Vacances pour tous» semble avoir fini par être perçu comme l’unique mission de votre département. Qu’en est-il pour le reste des autres programmes ?
Par nature, nous l’avons voulu comme cela parce que nous savons qu’il y a une demande énorme dans la société et que la vocation de l’Etat, aujourd’hui, est d’agir massivement parce qu’il y a des besoins et que nous avons constaté des défaillances, des retards, voire une espèce de démission dans le domaine de la jeunesse. Alors, nous avons élaboré, il y a quatre ans, une nouvelle politique de la jeunesse. L’idée étant de bien comprendre d’abord que la mission d’un tel ministère est d’accompagner la jeunesse, de lui donner les clés de l’engagement, de la participation et de la réussite individuelle, mais aussi la réussite de l’intégration de chacune et de chacun dans les grands desseins collectifs qui rejoignent la notion d’appartenance à la Nation et la contribution au destin collectif qui forge toute idée de patriotisme. De ce point de vue, l’action en faveur de la lecture et du livre, la création des clubs de théâtre pour jeunes, le programme sur le cinéma pour les jeunes, la musique, «Ajial.Com» concernant l’initiation et l’appropriation des NTIC, sport pour tous, les voyages à l’étranger de nos jeunes et les échanges avec les autres jeunes qui viennent chez nous, la création d’un institut comme l’INJD (Institut national de la jeunesse et de la démocratie), les cafés littéraires, les universités populaires, mais également la redéfinition des missions des maisons de jeunes, des clubs d’enfants, des crèches, des foyers féminins, la formation professionnelle, l’alphabétisation etc, tout cela constitue les éléments cohérents et complémentaires d’une véritable politique nationale de la jeunesse. Les colonies de vacances sont un élément de tout cet édifice.

Et si l’on vous posait la classique question des perspectives d’avenir ?
Nous sommes effectivement dans cette réflexion parce que cela fait quatre ans que nous travaillons et que notre mandat se termine, légalement, dans moins d’un an. Aujourd’hui, le temps est venu pour se donner les moyens de pérenniser ce qui a été fait. Par ailleurs, le processus de la nouvelle politique de la jeunesse continue avec des projets au moins aussi importants que ceux réalisés jusque-là. Je peux vous citer à titre d’exemple, le projet de création, pour la première fois au Maroc, d’un réseau ou institution nationale du volontariat et du bénévolat.
Nous avons en chantier la création d’un grand centre national d’informations jeunesse où les jeunes pourront avoir accès à toute information les concernant : de l’orientation scolaire au tourisme en passant par les perspectives de carrière, la santé, les arts et la culture… Nous préparons aussi une grande enquête nationale sur la jeunesse qui, à la fois, nous donnerait les attentes, l’état d’esprit, le comportement, les tendances de cette jeunesse, mais aussi une évaluation objective et à très grande échelle de ce que nous avons réalisé.
Il y a d’autres idées qui vont dans le sens du développement de la nouvelle politique de la jeunesse. Pour résumer, le mot d’ordre pour 2007, c’est de poursuivre, de consolider ce qui a été fait et prouvé sa pertinence et, en même temps, innover à la lumière des attentes que nous avons ressenties et des objectifs qui sont ceux de l’Etat en matière de jeunesse.

Le Maroc, selon l’écrasante majorité des intervenants, vient de vivre un sombre épisode avec les élections partielles du 8 septembre et l’usage massif de la corruption. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Il y a dans cette affaire quelque chose qui menace fondamentalement et dangereusement l’idée même de démocratie. L’argent qui corrompt, qui pourrit, qui avilit, qui mine et annihile la conscience des hommes, c’est déjà l’ennemi dans la vie publique et dans la vie tout court.
Mais, lorsque l’argent se propose de devenir l’unique argument et le "régulateur" suprême de la vie politique, donc du destin collectif, on est devant une véritable négation de l’idéal politique, de l’idée même de démocratie et donc devant un complot mafieux qui prétend pousser le mépris de la souveraineté populaire jusqu’à l’infamie de la considérer comme achetable, donc soluble dans le marécage plus que trouble de l’argent douteux et de ses milieux qui ne le sont pas moins. Maintenant, si les faits sont avérés, et quelle que soit leur ampleur, ce phénomène détestable appelle à un sursaut patriotique pour réhabiliter la politique dans ce qu’elle a de plus noble sans la moindre complaisance et avec le courage et l’intransigeance éthique de tous les démocrates et de l’ensemble de la Nation parce que c’est cela que l’argent arrogant et dominateur veut salir pour mieux asservir.

Le gouvernement dont vous êtes membre vient de subir une nouvelle série de critiques sur le volet social notamment. Qu’est-ce que vous en pensez, dans la conjoncture actuelle ?
On vient de parler d’un contexte dans lequel la manière dont est perçue, conçue et pratiquée la politique est assez lamentable. N’importe quoi prend, par n’importe qui, des proportions inouïes dans cette espèce de spectacle pathétique. Que le gouvernement soit critiqué, contesté par ses détracteurs, ses opposants, il n’y a là rien de plus normal en démocratie. Mais, lorsqu’on occulte les faits, quand on bafoue la vérité, quand on nie la réalité et l’ampleur du travail réalisé ; quand on s’éloigne délibérément du sujet du débat qui est l’intérêt public et l’action effective, on n’est plus dans la critique légitime, même si contestable par nature, mais dans la démagogie, le mensonge, le dénigrement, voire, trop souvent, dans les attaques personnelles, la diffamation et le n’importe quoi. Maintenant, le rôle d’un gouvernement, son devoir, c’est de maintenir le cap, de faire ce qu’il a dit et de dire ce qu’il a fait, de s’adresser au peuple qui est autre chose que la foule, les lobbies, les corporatismes, les aigris ou les poseurs.

Le terrorisme est encore d’actualité au Maroc et l’on assiste cette fois encore à une remise en cause du travail des services de sécurité et de l’action de la justice. Quel est votre avis là-dessus ?
Le terrorisme est la pire des barbaries. Il est la négation de la vie. Autrement dit, la négation et le mépris de ce qui fonde l’humanité. De ce point de vue-là, le terrorisme ne se justifie pas, ne se comprend pas, il se combat. Le Maroc est visé et cela depuis très longtemps par ce fascisme sanguinaire. Ceux qui croient, par complicité objective, par ignorance, par opportunisme ou par lâcheté, instrumentaliser la barbarie terroriste pour s’auto-décerner des brevets droits de l’hommistes ou des postures pseudo-savantes, sont dans l’erreur, mais j’ai peur qu’ils ne se réveillent un jour à la fois dans le remords et dans le suicide. Le terrorisme se combat donc avec fermeté et intransigeance, de tous et de tous les instants. Par la sécurité d’abord, qui est le premier des droits de l’Homme véritables. Par le renseignement, la prévention, la traque, la dissuasion et la sanction. Il est là l’acte urgentissime de la préservation, de la quiétude, de la stabilité et de la sécurité de notre pays et de nos concitoyens.
Maintenant, le terrorisme est le mode opératoire inhumain et barbare d’une idéologie qui n’a rien à voir ni avec les conditions sociales, ni avec les injustices, certes souvent intolérables de la vie, mais qui relèvent du combat politique, démocratique, pacifique et civilisé. Non, le terrorisme est le moyen fasciste d’imposer une idéologie totalitaire qui entend, par la terreur, paralyser une ou des sociétés pour s’emparer du pouvoir et y instaurer les pires régimes liberticides, obscurantistes et dictatoriaux jusqu’à la caricature dramatique que peuvent nous fournir les Talibans et tous les autres "Absurdistan" du monde. Alors, le combat est aussi idéologique, culturel pour faire triompher la Vie, l’Humanisme, la Raison, la Tolérance,  la Liberté, la Paix contre l’idéologie du chaos et de la mort.

Ces derniers temps, on a l’impression que vous n’êtes plus à l’aise au sein de votre parti, l’USFP. Qu’en est-il exactement ?
Les proportions qu’on donne parfois à cette histoire me font sourire comme elles peuvent parfois finir par agacer. Mon engagement politique est d’abord celui d’un idéal. Il dure depuis bientôt trente ans. Alors, c’est peu que de vous dire que je ne me suis jamais senti aussi à l’aise dans ma famille politique de gauche d’abord et socialiste plus particulièrement. Maintenant, l’essence même de cette appartenance est synonyme de liberté, d’indépendance d’esprit, de courage de ses idées, surtout pour quelqu’un comme moi qui a, par la force des choses et la nature de ses fonctions, de son statut, le devoir et la mission de contribuer, par la réflexion, le débat, les propositions, l’exemple, au triomphe de l’idéal socialiste y compris en pensant contre soi-même quand il le faut, en agitant des idées, en donnant envie aux nouvelles générations de croire et d’adhérer, en prouvant, par l’action, que changer la vie et inventer le possible est le propre même de l’action politique et de l’engagement intellectuel. Sur ce point, j’ai le bonheur et l’honneur de susciter l’approbation et l’adhésion de l’écrasante majorité de ma famille politique et, au-delà, de la gauche et des démocrates. Que peut espérer de plus un modeste militant du progrès qui a eu l’immense privilège de pouvoir servir ses idéaux et sa Patrie ?…

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