Les malheurs de Samira

Berrechid. Dans l’après-midi d’un jour du mois d’avril. Le téléphone de la salle de trafic sonne. Au bout du fil, l’administration de l’hôpital de la ville. Sans autre explication, la voix affirme que la situation nécessite l’intervention de la police. Les éléments de la brigade policière montent dans la fourgonnette à destination de l’hôpital. A leur arrivée, ils sont conduits au service de la maternité. Entourée d’un médecin et de plusieurs infirmiers, une jeune fille âgée de 18 ans se tient debout près d’un lit, sur lequel dort un bébé de sexe féminin. Quelques patientes se tiennent un peu plus loin, observant la scène avec curiosité. Le chef de la brigade s’avance vers la jeune la fille, la scrute de bas en haut. Aussitôt, les larmes de l’adolescente coulent en cascade. Elle ne peut pas les retenir.
Le chef de la brigade se tourne vers le médecin, lui demande des explications. «Elle vient d’accoucher de cette petite fille et elle a tenté de l’abandonner et de fuir… Heureusement, des patientes s’en sont rendues compte et ont alerté une infirmière…». Le policier lui demande des explications. Elle se contente de lancer de temps en temps des regards vers son lit et de fixer son enfant. L’officier lui demande de répondre. Mais en vain. Et il finit par la conduire vers l’un des bureaux de l’hôpital pour l’interroger, loin des regards des patientes, en tentant de la calmer et de lui assurer qu’il ne l’emmènerait pas en prison. Et elle commence à débiter son récit.
Issue d’une famille pauvre, elle est née dans un douar situé à une dizaine de kilomètres de Berrechid.  A l’instar de ses neuf frères et sœurs, elle n’a jamais mis les pieds à l’école, ni même à l’école coranique. La misère ne permet à ses parents de penser qu’à la nourriture. Et à rien d’autre. Chaque fois que l’un de ses frères et sœurs arrive à un certain âge, il rejoint les champs pour gagner sa vie et participer aux charges du foyer familial. Samira rejoint également les champs.
Au fil des mois, les jeunes du douar commencent à s’intéresser à elle, à sa taille, à sa beauté. Ils n’hésitent pas à lui faire des avances, à lui exprimer leur désir et lui demandent juste d’échanger quelques mots. Quant à elle, elle est très heureuse d’avoir autant de jeunes admirateurs, qui la désirent, qui s’intéressent à elle. Certes, elle tente de cacher son sentiment. Seulement Abdellah est arrivé à le dévoiler. Il ose un jour s’approcher d’elle, lui exprimer ses sentiments et lui promettre le mariage, au point qu’elle le croit.  Elle le croit tellement qu’elle finit par lui céder. Dès lors, les jeunes tourtereaux  commencent à saisir la moindre occasion pour s’isoler, loin des yeux des curieux, pour avoir des moments d’intimité.
Au fil des jours, la jeune fille  tombe enceinte. Elle avise Abdellah. Sans vergogne, ce dernier lui tourne le dos. Les promesses de mariage s’envolent. Tout n’était que mensonges. Que faire ? Elle se confie à sa mère. Elle n’avait pas le choix. C’est la seule personne qui peut l’aider, la soutenir jusqu’au bout. Aussitôt, la mère s’adresse à Abdellah, lui demande de sauver l’honneur de sa fille. «Je ne suis pas le seul qui fréquente ta fille !». La réponse laisse bouche-bée la mère, qui retourne chez elle, en compagnie de sa fille. Elle finit par l’accompagner chez sa tante à Berrechid, où elle doit rester jusqu’au jour de son accouchement. Le jour J, Samira est conduite par sa tante à l’hôpital. Personne ne sait qui lui a conseillé d’abandonner son nourrisson. En tout cas, ce n’est ni sa mère, ni sa tante. «C’est moi qui y ai pensé…Mon père et mes frères vont me tuer s’ils apprennent  qu’elle est ma fille…», répond-elle à l’officier. Ce dernier dresse un procès verbal et la conduit, avec son nourrisson entre les bras, devant le procureur du Roi près le tribunal de première instance. Celui-ci la laisse repartir librement. A la suite de son arrestation, Abdellah reconnaît être le père biologique de la petite fille.

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