Les médiateurs en quête de reconnaissance

Ils étaient une soixantaine de lycéens, collégiens et écoliers à renoncer à une matinée de repos, ce dimanche 18 mars, pour se retrouver à 9h30 au centre culturel Mohammed Hajji à Sala El Jadida. Tous voulaient assouvir une curiosité : connaître les médiateurs de quartiers. «C’est le but. Nous voulons présenter le médiateur, son action et ses prérogatives au sein du quartier. Cette phase est essentielle pour confirmer sa crédibilité et la pertinence de son rôle», explique Abdenbi Idrissi, à l’issue de cette rencontre, dont il est l’initiateur. Ce jeune militant associatif de 27 ans, au sein de l’association Tamesna du Réseau Maillage, assume la fonction de médiateur à Hay Rahma, l’un des quartiers les plus populaires de Salé. Pour Abdenbi, cette rencontre avec les autres devait, certes, servir de lien de proximité, mais surtout de preuve à l’intérêt que représente la médiation dans les quartiers. «C’est une mission que je qualifierai de noble. Elle permet de résoudre des conflits qui transforment parfois les quartiers en enfer. Les médiateurs parviennent à des résultats extraordinaires grâce à des techniques fusionnées au bon sens», estime-t-il.
Urgence oblige. Le Réseau Maillage et l’association des Jeunes de la Citoyenneté ont entrepris, en collaboration avec l’ONG internationale Search for Common Ground (SFCG), de sensibiliser les premiers concernés : habitants des quartiers. Les médiateurs de la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaer ont été conviés à témoigner de leur expérience. «C’est une première rencontre du genre qu’engagent ces jeunes médiateurs, à la suite de leur formation. Ils ont même concocté un menu très varié, alliant théâtre et poésie, pour agrémenter la manifestation et faire passer le message», déclare Kawtar Amraoui, coordinatrice de programme SFCG. Agréablement surprise, cette dernière ne cache pas son bonheur de voir un tel enthousiasme s’afficher dans les rangs des participants et des médiateurs. SFCG cueille les fruits de son labeur tout simplement. A la demande du Réseau Maillage, cette ONG internationale a réalisé une initiative pilote à travers l’organisation d’un cycle de formation au profit d’un groupe de 15 jeunes des quartiers défavorisés de Casablanca. Poursuivant ce projet de renforcement des capacités des jeunes, la deuxième escale a été celle de la région de Rabat. 15 autres jeunes ont été formés en matière de techniques de médiation des conflits dans les communautés et sont en activité depuis moins d’un trimestre. «Nous leur offrons toujours notre soutien s’ils en ont besoin, mais nous n’intervenons jamais sur le terrain. Cela reste leur tâche à eux seuls», souligne Mme Amraoui.
De ce terrain qu’est le quartier, plusieurs expériences de médiation ont été présentées. Variées, anodines, parfois même rigolotes, mais toutes témoignant d’une réussite commune méritée. «Une fois, un enfant de 10 ou 11 ans est venu me voir pour me confier que ses parents lui font vivre un enfer parce qu’ils sont tout le temps en conflit. Alors, je lui ai expliqué qu’il devait les réunir pour leur dire qu’il les aime et qu’il ne veut pas devenir leur victime», raconte ce médiateur. Oui, c’est cela aussi résoudre les conflits dans les quartiers : être de bon conseil et ces 15 jeunes le sont. Ils ont appris à se faire connaître dans leur entourage, à maîtriser leurs émotions, à faire preuve de rationalité. Et ils sont même prêts à y investir leurs propres moyens, comme cette médiatrice à Guich Oudayas (Rabat) qui a dû acheter des fils pour permettre à deux voisines de tendre leur linge à parts égales dans la terrasse commune, sans avoir à se chamailler. «Vous savez, quand on devient médiateur dans un quartier, on l’est 7jours/7 et 24h/24. Veiller à ce que les relations restent seines représente un énorme travail où il faut avant tout savoir convaincre», insiste M. Idrissi.
Comme lui, les jeunes médiateurs puisent leur force de leur volonté. Et leur place au sein des quartiers suscite déjà chez les enfants le rêve de devenir médiateur quand ils seront grands !

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