Les mineurs d’Imini crient au scandale

Les mineurs d’Imini crient au scandale

Ils sont 6 mineurs à croupir en prison depuis le 14 janvier dernier. Ces personnes ont été poursuivies pour « entrave à la liberté de travail, de coups et blessures entraînant un décès délibéré». L’affaire, selon la Commission nationale de soutien des ouvriers des mines d’Imini (Conasomi) est bien plus complexe que cela. Pour mieux comprendre les méandres de cette histoire, un flash back s’impose.
C’est vers le 28 octobre 2002 que les relations entre la Sacem (Société chérifienne des etudes minières) et les ouvriers et les cadres de la mine d’Imini pour l’extraction du manganèse ont commencé à se dégrader sérieusement. C’est en cette date également que la direction de la Sacem a diffusé une note instituant le travail à temps partiel au sein de la mine avec réduction des salaires à hauteur de 50% «Cette mesure, dite de redressement que la Direction a prise unilatéralement sans consultation préalable des représentants du personnel, en vue de réduire, comme elle l’a fait entendre, les charges sociales de la mine», informe Mhamed Khouya militant syndicaliste , membre de l’Association marocaine des droits de l’Homme et conseiller communal GSU.
Mhamed Khouya n’est autre que l’ex-membre du bureau régional coordinateur chargé de l’action syndicale dans le secteur minier de la province. Il était mandaté par les ouvriers à négocier les mesures d’accompagnement social du plan de la continuation de la mine. La Direction l’aurait limogé en s’appuyant sur le secrétaire général de l’UMT régionale. Cette décision aurait poussé quelque 148 ouvriers UMT et cadres des mines d’Imini à se retirer en bloc de l’UMT en date du 5 avril 2004 afin d’adhérer à la CDT. Pour Mhamed Khouya, «la Direction n’a pas hésité à intimider les ouvriers de la mine en montant de toutes pièces une série d’accusations à l’encontre des ouvriers et des représentants syndicaux en vue de mettre en échec la négociation collective». Les mineurs, en guise de protestation se sont mis à organiser des sit-in dans les parages de la mine.
Ce blocage au niveau de la négociation ayant perduré, la situation a atteint son point culminant en date du 15 avril 2004. Un affrontement a eu lieu dans le cadre d’une grève. L’affaire aurait dégénéré en se soldant par la mort d’un homme. Pour Abderrazzak Drissi membre du Conasomi, la vérité est autre. «Le secrétaire général UMT régionale a organisé avec la Direction locale des mines et avec l’assistance et la bénédiction des autorités locales d’Amerzgane, une funèbre caravane d’assaut des mines d’Imini. Pour cela, elle a mobilisé une milice composée d’environ 120 personnes et armés de barres de fer et de couteaux.
On leur a expliqué qu’ils allaient participer au tournage d’un film cinématographique moyennant une rétribution de 100 DH à 500 DH », révèle-t-il. Pour lui, il s’agit purement et simplement d’un assaut organisé par le secrétaire général UMT régionale et quelques fonctionnaires d’Ouarzazate sous l’impulsion de la Direction. L’affaire a viré au tragique avec la mort d’Ahmed Berkoni un ouvrier affilié à l’UMT. Ce dernier aurait été blessé à la main. Il a été transporté le jour même à l’hôpital provincial d’Ourzazate. Sa mort a été déclarée en date du 24 avril. Pour la Conasomi, cette personne aurait décédé pour d’autres raisons qui n’ont rien à voir avec l’affrontement qui a eu lieu. Du coup, les arrestations ont commencé à pleuvoir. Bilan : emprisonnement de 6 ouvriers et leur condamnation à 10 ans de prison ferme. La condamnation a été prononcée par La Chambre criminelle de 1er degré. Elle est tombée comme un couperet en date du 14 janvier dernier. Le comité de défense des 6 ouvriers détenus a présenté une doléance lors d’une séance tenue le 21 février à la Chambre criminelle de 2éme degré à la Cour d’appel d’Ouarzazate. Il a pu obtenir ainsi le report de l’examen de l’affaire au 7 mars. « L’affaire a été reportée au 21 mars. Apparemment certains faux-témoins s’apprêtent à changer leurs versions», précise Abderrazzak Drissi de la Conasomi.
Cette affaire qui a connu plusieurs rebondissements est en train de mobiliser les foules en faveur de ce qu’elles considèrent comme des victimes. Pour rappel, la Conasomi a été créée le 9 février sur initiative d’une centaine d’organisations politiques, syndicales, associatives et de personnalités nationales. Depuis sa création, cette commission n’a de cesse d’élargir le mouvement de solidarité et de lobbying afin d’assurer la libération des 6 ouvriers et de garantir les acquis et droits légitimes pour les travailleurs mineurs. «Nous attendons le dénouement de cette affaire, basée simplement sur la criminalisation de l’action syndicale», a indiqué Abderrazzak Drissi.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *